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Dimanche 20 janvier 2013 7 20 /01 /Jan /2013 00:29

On reprend les bonnes habitudes sur GTTM, avec le top intégral des fllms de l'année 2012. 127 films inédits vus en salles et/ou rattrapés en DVD avant le 31 décembre 2012 à 23h59min59s.

 

1. GO GO TALES d'Abel Ferrara

2. THE DAY HE ARRIVES / IN ANOTHER COUNTRY de Hong Sangsoo

4. TABOU de Miguel Gomes

5. LAURENCE ANYWAYS de Xavier Dolan
6. J. EDGAR de Clint Eastwood

7. LA CABANE DANS LES BOIS de Drew Goddard / TUCKER & DALE FIGHTENT LE MAL d'Eli Craig

9. THE WE AND THE I de Michel Gondry

10. SAUDADE de Katsuya Tomita

11. DAMSELS IN DISRESS de Whit Stillman

12. LES BETES DU SUD SAUVAGE de Behn Zeitlin / TAKE SHELTER de Jeff Nichols

14. WRONG de Quentin Dupieux

15. THREE STOOGES de Peter & Bob Farrelly

16. OSLO, 31 AOUT de Joachim Trier

17. LES ADIEUX A LA REINE de Benoit Jacquot

18. MARTHA MARCY MAY MARLENE de Sean Durkin

19. NINO, UNE ADOLESCENCE IMAGINAIRE DE NINO FERRER de Thomas Bardinet

20. 4h44, DERNIER JOUR SU TERRE d'Abel Ferrara

21. WEEK END d'Andrew Haigh
22. AVÉ de Konstantin Bojanov
23. LES LIGNES DE WELLINGTON de Valeria Sarmiento
24. HOLY MOTORS de Léos Carax
25. I WISH - NOS VOEUX SECRETS de Koreeda Hirokazu
26. CAMILLE REDOUBLE de Noémie Lovsky

27. ANNA KARENINE de Joe Wright / LES HAUTS DE HURLEVENT d'Andrea Arnold
29. LOOPER de Ryan Johnson
30. AU DELA DES COLLINES de Cristian Mungiu

31. LES ENFANTS LOUPS – AME & YUKI de Mamoru Hosoda
32. 21 JUMP STREET de Phil Lord & Chris Miller
33. UN MONDE SANS FEMMES de Guillaume Brac
34. COSMOPOLIS de David Cronenberg
35. JE SUIS d'Emmanuel Finkiel
36. LOW LIFE de Nicolas Klotz & Elisabeth Perceval
37. A PERDRE LA RAISON de Joachim Lafosse

38. MOONRISE KINGDOM de Wes Anderson
39. ULYSSE, SOUVIENS TOI ! de Guy Maddin
40. MISS BALA de Gerardo Naranjo
41. WE BOUGHT A ZOO de Cameron Crowe
42. MILLENIUM de David Fincher
43. AMOUR de Michael Haneke
44. WALK AWAY RENEE de Jonathan Caouette
45. A MOI SEULE de Frédéric Videau
46. ADIEU BERTHE – L'ENTERREMENT DE MÉMÉ de Bruno Podalydès
47. BARBARA de Christian Petzold
48. TWIXT de Francis Ford Coppola

49. L'AMOUR ET RIEN D'AUTRE de Jan Schiomburg
50. YOUNG ADULT de Jason Reitman
51. SUGAR MAN de Malik Bendjelloul / LE SOMMEIL D'OR de Davy Chou
53. DANS LA MAISON de François Ozon
54. TED de Seth MacFarlane
55. LES CHANTS DE MANDRIN de Rabah Ameur-Zaimeche

56. 5 ANS DE REFLEXION de Nicholas Stoller
57. CLOCLO de Florent-Emilio Siri
58. LA DÉSINTÉGRATION de Philippe Faucon
59. LE HOBBIT – UN VOYAGE INATTENDU de Peter Jackson
60. KEEP THE LIGHTS ON d'Ira Sachs
61. LE GRAND SOIR de Benoît Delépine et Gustave Kervern
62. L'ÉTÉ DE GIACOMO d'Alessandro Comodin
63. LA COLLINE AUX COQUELICOTS de Goro Myazaki
64. SKYFALL de Sam Mendes
65. TATSUMI d'Eric Khoo
66. PROMETHEUS de Ridley Scott / JOHN CARTER
d'Andrew Stanton
68. LA VIDA UTIL de Federico Veiroj
69. L'ENFANT D'EN HAUT d'Ursula Meier
70. PIÉGÉE de Steven Soderbergh
71. THE DARK KNIGHT RISES de Christopher Nolan
72. SUR LA PLANCHE de Leila Kilani
73. CHERCHER LE GARCON
de Dorothée Sebbagh
74. LA PART DES ANGES de Ken Loach
75. HANEZU de Naomi Kawase
76. JACK REACHER
de Christopher MacQuarrie
77. HISTORIAS de Julia Murat
78. LES ACACIAS de Pablo Giorgelli
79. THE SAPPHIRES de Wayne Blair
80. CHEVAL DE GUERRE de Steven Spielberg
81. 38 TÉMOINS de Lucas Belvaux
82. LIKE SOMEONE IN LOVE d'Abbas Kiarostami
83. ROCK'N'LOVE de David MacKenzie
84. BELLFLOWER d'Evan Glodell
85. TWILIGHT 5 de Bill Condon
86. BOVINES d'Emmanuel Gras
87. DE ROUILLE ET D'OS de Jacques Audiard
88. L'OISEAU d'Yves Caumon
89. HUNGER GAMES de Gary Ross
90. BITCH SLAP de Rick Jacobson
91. CHRONICLE de Josh Trank
92. DARK SHADOWS de Tim Burton
93. PRES DU FEU d'Alenjandro Fernandez Almendras
94. LA TERRE OUTRAGÉE de Michale Boganim
95. ROCK FOREVER d'Adam Shankman
96. ANONYMOUS de Roland Emmerich
97. JANE EYRE de Cary Fukunaga
98. JASON BOURNE : L'HÉRITAGE de Tony Gilroy
99. ANOTHER HAPPY DAY
de Sam Levinson
100. HOWL de Rob Epstein & Jeffrey Friedman
101. BYE BYE BLONDIE de Virgine Despentes
102. INTO THE ABYSS de Werner Herzog
103. TO ROME WITH LOVE de Woody Allen
104. APRES MAI d'Olivier Assayas

105. ROYAL AFFAIRde Nikolaj Arcel
106. LA FEMME QUI AIMAIT LES HOMMESde Hagar Ben Asher
107. ET SI ON VIVAIT TOUS ENSEMBLE ?de Stéphane Robelin
108. L'ÂGE DE GLACE 4 de Steve Martino et Mike Thurmeier
109. PORTRAIT AU CRÉPUSCULEd'Angelina Nikonova
110. RENGAINE de Rachid Djaïdani
111. LA VÉRITÉ SI JE MENS ! 3
de Thomas Gilou
112. L'AMOUR DURE 3 ANS de Frédéric Beigbeder
113. AMERICAN PIE 4de Jon Hurwitz & Hayden Schlossberg
114. THE DESCENDANTSd'Alexander Payne
115. LE PARADIS DES BÊTESd'Estelle Larrivaz
116. ZARAFA de Rémi Besançon et Jean-Christophe Lie
117. SÉCURITÉ RAPPROCHÉEde Daniel Espinosa
118. PROJET X deNima Nourizadeh
119. COGAN - KILLING THEM SOFTLY d'Andrew Dominik
120. LA CHASSE de Thomas Vinterberg
121. KILLER JOE de William Friedkin
122. BEL AMI de
Declan Donellan & Nick Ormerod
123. LE CAPITAL de Costa Gavras
124. DETACHMENT de Tony Kaye
125. JE ME SUIS FAIT TOUT PETIT
de Cécila Rouaud
126. MA PREMIERE FOIS de Marie-Castille Mention-Schaar
127. 360 de Fernando Mereilles

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Samedi 5 janvier 2013 6 05 /01 /Jan /2013 23:39

journal-de-france.jpg

 

Il y a plusieurs films dans Journal de France. Voyage et rétrospective, portrait d'un pays et déclaration d'amour tout à la fois, ce film à deux voix (celles de Raymond Depardon et de sa compagne et collaboratrice de toujours Claudine Nougaret) fait le pari de fondre en un seul deux projets de films.


Il y a, d'abord, Depardon qui s'offre un voyage en solitaire sur les routes de France, une expédition automobile durant laquelle il photographie inlassablement les lieux et les gens de la France des villes et des villages qu'il n'a cessé de raconter et d'inventer. Cet assez plaisant road trip est scandé d'images d'archives plus (les débuts derrière la caméra, Depardon filmant Nougaret) ou moins (extraits de ses célèbres et célébrés 1974 une partie de campagne, Reporters, 10e chambre instants d'audience...) inédites - que Nougaret, restée à Paris pendant ce temps, commente en un retour chronologique et linéaire sur la carrière de son cinéaste adoré.

La superposition de ces deux idées pour le moins dissemblables n'est cependant guère féconde et aboutit tristement à une œuvre extrêmement scolaire et répétitive où rien ne dialogue véritablement. Le voyage de Raymond et le récit de Claudine, le présent et le passé, sont juxtaposés sans que rien ne naisse de leur rencontre pourtant potentiellement « choc » (un bonhomme taiseux déambulant dans le désert français, le chaos du monde qu'il a autrefois capturé et raconté). Sous son titre très ronflant, rien ne se cache dans Journal de France qu'une rétrospective quasiment dénuée de point de vue : on peine à voir ce que ce « journal » nous apprend, sur la France, sur Depardon (à moins ne pas du tout le connaître) ou sur Nougaret. Si l'on entend par endroits, dans les commentaires de celle-ci en voix off, une tendresse et une admiration émouvantes, ils sont malheureusement dans l'ensemble d'une platitude lénifiante.

Par moments, nécessairement, on est pris en à peine quelques secondes par la puissance des images, même celles vues et revues, de Depardon - par l'actualité de son cinéma, par sa capacité à capter des bouts de réels fascinants et bouleversants. On n'avait cependant pas besoin de Journal de France pour cela. La partie la plus singulière et touchante du film reste le voyage de Depardon, son personnage de routier affable et modeste, ces instants où il commente ses propres gestes d'artiste, s'adresse à ses modèles ou fait une remarque discrètement mélancolique en arrêtant sa camionnette sur le bas-côté. Le film émeut également par endroits lorsqu'il nous dévoile ce qu'il a échoué ou renoncé à être : un vibrant autoportrait de couple (les images de Nougaret jeune filmée par Depardon sont magnifiques). C'est cependant bien peu au regard de la déception que fait naître ce Journal de France aux raccords artificiels et au déroulement redondant.

Il y a bien plusieurs films dans Journal de France. Mais Le portrait amoureux et la plongée dans l'histoire contemporaine de la France, le road trip de Raymond et le montage d'archives se parasitent les uns les autres, si bien que le film finit par s'effondrer et ne plus rien dire. Reste la singularité d'un regard de cinéaste, qui pointe par moment sous cette forme ingrate, et émeut malgré tout.

Notes sur le DVD


Un intéressant petit document, « La France de Raymond Depardon », dans lequel le cinéaste explicite le projet et la genèse du film




Sorti en DVD et Blu-Ray chez Arte le 5 novembre.

 

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par Cinetrafic. Découvrez d’autres oeuvres sur Cinetrafic dans des catégories aussi diverses que la liste liée au documentaire ou celle nommée sortie cinema]

 

25étoiles

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Mercredi 7 novembre 2012 3 07 /11 /Nov /2012 19:45

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Inclassable Michael Winterbottom. Pour preuve, on trouve parmi ses derniers films sortis en France, un thriller (The Killer inside me), une road trip comique (The Trip), une film érotique (9 songs), un drame politique (Un cœur invaincu)... Inclassable et inégal, car pour quelques réussites, on trouve aussi dans sa filmographie des films d'une effrayante médiocrité (Un été italien, pour ne citer que lui). Aussi ne sait-on a pas vraiment à quoi s'attendre en lançant Trishna, adaptation libre de Tess d'Urberville de Thomas Hardy (comme l'était le Tess de Roman Polanski).

Winterbottom transpose l'action du roman de nos jours, dans la province indienne du Rajasthan où l'héroïne éponyme (Freida Pinto), paysanne pauvre, fait la rencontre d'un jeune homme fortuné, Jay (Riz Ahmed). Puis, c'est un mélodrame où la passion amoureuse va se heurter aux traditions, aux rapports de classe et à la cruauté inattendue de Jay. Sujet tout autant banal et cliché que potentiellement sublime.

On déchante rapidement tant le film est d'emblée dépourvu de la moindre passion, de la moindre fougue, non seulement dans la mise en scène (indigente), mais aussi dans le récit même. Le réalisateur se contente de filmer quelques saynètes expliquant le contexte à chaque fois que celui-ci change, avant de lancer une ellipse platement illustrative matinée de musique, Bollywood style. On a rarement vu manière aussi paresseuse de marquer le passage du temps dans un film. Les inconséquences du récit sont terribles car elles noient l'éventuel propos sociologico-politique du film (la dualité tradition/modernité, un regard sur l'Inde contemporaine), mais aussi tout intérêt pour le destin des personnages, et notamment celui de Trishna elle-même.

S'attacher à une jeune femme dont les rêves et les ambitions sont sans cesse menacés et brisés par l'ordre social, rien de plus facile a priori. Et pourtant. À aucun moment cette héroïne insupportablement passive et soumise ne suscite la moindre empathie. C'est que le récit est tellement elliptique et allusif qu'il ne donne jamais l'occasion d'accéder à l'intériorité de ses personnages. Et quand Winterbottom se permet, sans même nous avoir autorisé à l'aimer quelque peu, de torturer son héroïne au cours de quelques séquences affreusement voyeuristes, le film, de médiocre devient carrément obscène. La pauvre Freida Pinto n'a alors plus grand chose à défendre... Même réflexion du côté du personnage masculin, profondément antipathique et dont on ne comprend jamais les changements d'humeur (Winterbottom a semble-t-il fondu en un seul plusieurs personnages distincts du roman de Hardy).

Et l'Inde dans tout ça ? Winterbottom se complaît dans un exotisme franchement agaçant. Il se contente de capter platement les décors (pittoresques, évidemment), les couleurs (vives et nombreuses, naturellement) et les musiques (typiques, constamment). On ne voit rien de l'Inde, ou si peu : palais sublimes versus slums délabrés, séquences Bollywood versus naturalisme de pacotille... Impossible alors de comprendre en quoi l'idée de greffer l'esprit européen de Tess sur l'Inde d'aujourd'hui et sur Bollywood a le moindre intérêt. Clairement, elle n'en a pas, en tout cas pas sous cette forme, et pas dans ce film indigne, grossier et désagréable.

Notes sur le DVD

En bonus, un entretien avec le réalisateur qui évoque notamment son attachement au roman de Thomas Hardy et son point de vue sur la pertinence d'une adaptation en Inde. Peu fouillé, mais pas inintéressant, il permet de mettre en perspective l'échec total du film...

 

Sorti le 18 octobre chez Bac Films.

 

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par Cinetrafic. Découvrez-y d'autres films dans la catégorie Film d'amour]

 

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Dimanche 4 novembre 2012 7 04 /11 /Nov /2012 16:13

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Études sur Paris est un film retrouvé. Très bien reçu à sa sortie en 1928, et même déjà perçu comme le document précieux, le poème urbain avant-gardiste qu'il est effectivement, il tombe pourtant dans l'oubli pendant des décennies avant d'être l'objet d'un travail de réhabilitation et de restauration aboutissant aujourd'hui à l'édition par Carlotta de ce très beau DVD. Son auteur ? Le bordelais André Sauvage, artiste multiple (poète, écrivain, peintre) et tristement oublié. Études sur Paris est son troisième film.

Sauvage y propose une visite du Paris des Années Folles. Cinq visites successives, en fait, puisque le film est scindé en cinq parties, géographiques et thématiques : « Paris-Port », « Nord-Sud », « Îles de Paris », « Petite Ceinture », « De la tour Saint-Jacques à la montagne Sainte-Geneviève ». Le cinéaste adopte une attitude de promeneur, de flâneur, à la recherche tout à la fois de la bizarrerie, du sordide, de la beauté et de la drôlerie de la ville. Flâneur, cela ne veut pas dire touriste, au contraire. Le regard cherche à épuiser tous les aspects d'une ville protéiforme et en mutation. Monuments, voies de communication (rues, fleuve, voies ferrées), lieux de travail (commerces, chantiers) ou de loisirs (parcs, piscine), tout est observé avec la même attention. Le film nous plonge dans le présent d'une ville, avec ces moments saisis au vol, ces images furtives de lieux et de personnes qui auront disparu demain. C'est bouleversant.

Mais bien entendu, Études sur Paris est bien plus qu'un simple témoignage d'une époque. Ce qui frappe et bouleverse également (et même surtout), c'est la puissance visuelle du film, son incroyable inventivité formelle. On sent la fascination du cinéaste pour les signes de la modernité qui se multiplient dans la ville et se coulent dans la matière même du film. En cela, et en beaucoup d'autres points, Études sur Paris fait évidemment penser à L'homme à la caméra de Dziga Vertov, avec son montage astucieux, volontiers poétique et abstrait sans pour autant être trop « signifiant ».

Les vues urbaines de Sauvage ne sont jamais statiques. La caméra est régulièrement placée sur des supports en mouvement (notamment des bateaux), ou bien au milieu d'éléments mobiles (comme dans ces plans fascinants de rues où se bousculent les gens et les véhicules). Vitesse et mouvement sont les maîtres mots d'un film à la fois monumental et aérien, imposant et léger. Cette fresque urbaine aux vertus hypnotiques fait d'André Sauvage l'égal de Vertov ou de Vigo (À propos de Nice) pour rendre justice à l'incroyable pouvoir de captation du réel qui est celui du cinéma.

 

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Notes sur le DVD


La très belle édition DVD de Carlotta inclut un très instructif livret revenant sur le parcours et l’œuvre de l'artiste, ainsi que sur la réception du film à l'époque. En bonus, des rushes et des morceaux retrouvés de films divers tournés par Sauvage entre 1923 et 1930.

Côté documentaire, La traversée du Grépon, dont seules sept minutes ont subsisté, présente d'impressionnantes images d'alpinisme. Bien que leur valeur cinématographique ne soit pas exactement manifeste, on ne peut s'empêcher d'être ému par ces tout petits bouts de film, seuls restes d'une œuvre désormais perdue et qu'on ne pourra jamais juger dans son ensemble. Même chose pour Portrait de la Grêce (dont les extraits encore existant sont tout de même plus conséquents – environ une demie heure). Comme dans Études sur Paris, Sauvage tente d'embrasser les facettes multiples du pays, visitant à la fois les lieux vivants (le présent, la ville, les travailleurs) et les lieux « morts » (plans « touristiques » de monuments célèbres).

Pour finir, deux plaisantes fictions qui révèlent le goût du cinéaste pour le burlesque. Edouard Goerc à Cély est un amusant portrait à la fois vaudevillesque et mélodramatique, dans lequel Sauvage tient le rôle principal. Quant à Pivoine déménage, avec Michel Simon en clochard, c'est une « scène de la vie parisienne » qui pourrait être un complément fictionnel et parlant des Etudes. (le film était sonore mais sa bande son a disparu, ô ironie !). Dans les deux cas, les films amusent mais valent également pour leur aspect documentaire, escapade à la campagne d'un côté, belles vues urbaines de l'autre.


[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par l'excellent site Cinetrafic. Découvrez-y d'autres films, dans les catégories Documentaire et Meilleurs films] 

 

45étoiles

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Lundi 17 septembre 2012 1 17 /09 /Sep /2012 15:55

On en a tous fait l’expérience dans une salle de cinéma : à la vue d’une scène qui nous paraît absolument bouleversante, ou profonde, ou stupéfiante, entendre soudain s’esclaffer son voisin de siège. Se sentir, alors, blessé que quelqu’un puisse percevoir au second degré ce que nous recevions au premier. Avoir l’impression d’une frontière que l’autre a passé et que nous nous sommes obstinés (à tort ?) à ne pas voir. C’est que la beauté, en tout cas une certaine forme de beauté, a tellement à voir avec l’excès et la folie, qu’elle prend sans cesse le risque d’être perçue comme grotesque, outrancière, ridicule et kitsch. Un grand nombre de cinéastes ont volontairement joué les funambules sur ce « fil du rasoir » du kitsch. Que l’on songe par exemple à l’outrance des gialli italiens de Dario Argento et des films maniéristes de Brian de Palma (Phantom of the Paradise), ou encore, dans un genre différent, aux mélodrames flamboyants de Douglas Sirk (l’insurpassable Mirage de la vie). Il semble que certains genres cinématographiques (la comédie musicale, le mélodrame, l’horreur), témoignent particulièrement de cette ténuité de la frontière entre le ridicule et le sublime – peut-être parce qu’ils sont par définition des genres de l’excès et du mélange.
 

 

Comme art par essence populaire, il me semble que le cinéma est un espace privilégié du kitsch. C’est en lui que cohabitent avec le plus d’évidence le trivial (le quotidien) et le sublime (ce qui le dépasse). Avec les chansons populaires, ce sont d’ailleurs des films dont on dit le plus souvent qu’ils ont vieilli, – et cette notion ringardise est étroitement liée au kitsch. Dans son essai Film Bodies : Gender, Genre, and Excess, la théoricienne américaine du cinéma Linda Williams appelle « body genres » (genres corporels) les genres qui existent avant tout pour créer une réaction physique chez leur spectateur. En d’autres termes, les films des body genres s’adressent directement aux corps. Ces genres sont principalement le mélodrame (dont le but est de faire pleurer), l’horreur (dont le but est de faire peur) et la pornographie (dont le but est de susciter l’excitation sexuelle). Les films des body genres se caractérisent par une implication excessive dans la sensation et l’émotion, ils procurent un plaisir très direct. Ces films sont généralement considérés comme bas dans l’« échelle culturelle » car s’adressant à un public populaire, et n’appliquant pas la mise à distance intellectualisante censée caractériser l’art « vrai » et « pur ». Les body genres ne sont pas raffinés ou subtiles, ils ne manifestent pas ladistance esthétique convenable. Ils sont triviaux, vulgaires et tape-à-l’œil, – tout ce qui caractérise le kitsch.

Pourquoi ce détour par Linda Williams et les body genres pour évoquer le cinéma de Jacques Demy, dont les films ont peu à voir avec l’horreur et la pornographie (mais un peu plus, il est vrai, avec le mélodrame) ? En outre, le cinéma de Jacques Demy est tout à fait raffiné, et il n’est vraiment kitsch qu’à de rares moments. C’est que les films de Demy me semblent jouer le jeu du genre, qui est celui de l’outrance des sentiments (difficile de ne pas pleurer toutes les larmes de son corps devant le destin tragique des amants desParapluies de Cherbourg ou d’Une chambre en ville) et de l’affolement des sens (couleurs, décors, costumes, danse, musique). Le cinéaste prend le risque du kitsch, du grotesque et de la mièvrerie, et c’est ce risque qui fait en grande partie la valeur de ses œuvres. Il existe certainement des gens pour trouver parfaitement nigaude l’histoire d’amour des Parapluies de Cherbourg, risible les destins croisés des Demoiselles de Rochefort ou mièvre le monde de conte de fée de Peau d’âne. Ils ne voient pas que ce qui est en apparence naïf ou caricatural est de part et d’autre travaillé par une tristesse et une intelligence stupéfiantes.

 

Ce qui sauve les films de Demy d’une potentielle mièvrerie, c’est, derrière cette immense capacité à enchanter le monde, à le couvrir de couleurs et de musique, leur terrible lucidité et mélancolie. Dans le magnifique documentaire L’Univers de Jacques Demy qu’Agnès Varda consacra en 1991 à l’œuvre de son compagnon décédé peu de temps auparavant, la jeune Camille Taboulay (auteure du livre Le Cinéma enchanté de Jacques Demy) lit un extrait d’une lettre qu’elle écrivit à Demy et n’envoya que de façon posthume. Elle y résume brillamment ce qui fait la beauté du cinéma de Demy : « J’ai appris par vos films à regarder la vie en superposant une volonté d’enchantement à une lucidité acide. Oui, vos films exhortent à se précipiter dans la rue pour la repeindre du regard. […] La vie y est à la fois exaltée et percée à jour, cruelle et enchantée ». Ce que ne voient pas les gens qui trouvent les films de Demy naïfs et « cul-culs », ce sont les thèmes profondément tristes voire pervers qui traversent son cinéma : la menace de la perte, les effets dévastateurs du temps, les barrières de classes, l’inceste, etc. Les amants desParapluies ne se retrouvent pas après la guerre, le joueur de flûte ne trouve sur son chemin que l’intégrisme et l’abjection, la mère des Demoiselles est rongée par le regret…

Ce qui permet de transcender cette apparente mièvrerie, c’est aussi et avant tout la mise en scène de Demy qui, tout en « en chantant » le monde (« en chanté » est l’expression avec laquelle Demy désignait Les Parapluies de Cherbourg, film entièrement chanté), lui insuffle une lancinante tristesse. Ainsi des admirables travellings arrière qui forment l’armature de la scène de la séparation dans Les Parapluies de Cherbourg. C’est littéralement la caméra qui éloigne les amants et crée ce sentiment diffus de mélancolie et de perte. Cette cohabitation de la joie et la tristesse, de la croyance en le bonheur et de la conscience de la fuite, est merveilleusement illustrée (dans la grande majorité des films de Demy) par la musique de Michel Legrand. Son style lyrique et suave se situe toujours au bord de la mièvrerie (j’imagine bien qu’on puisse s’esclaffer en entendant l’enflammé « Mon amour, je t’attendrai toute ma vie » des Parapluies), risque parfois le kitsch mais n’y tombe que rarement. En cela, il s’accorde parfaitement avec les films du cinéaste nantais. Il faut ici bien noter que cette analyse ne vaut pas pour l’intégralité des films de Demy : les plus secs et réalistes, tels La Baie des anges ou Model shop, ne se démarquent pas par leur outrance et on voit mal qui pourrait les appeler « kitsch ». Cependant, il demeure en eux une dimension passionnelle qui fait cohabiter l’enchantement du monde et un désespoir latent.

Du point de vue de l’outrance, le film le plus radical de Demy est certainement Une chambre en ville. Film rêvé par Jacques Demy depuis ses débuts de cinéaste et finalement tourné en 1982, il évoque sur un mode opératique les grèves d’ouvriers qui ont secoué sa ville natale, Nantes, en 1955. C’est une relecture sur un mode plus « romantique » et jusqu’au-boutiste, des Parapluies de Cherbourg, où les amants préfèrent au final mourir que de renoncer à leur idéal amoureux. Comme les Parapluies, c’est un film entièrement chanté, – sur une musique de Michel Colombier, et non de Michel Legrand, cette fois. La direction artistique est admirable, avec un jeu fascinant de contraste sur les couleurs. Là encore, les décors et costumes théâtraux pourront paraître grotesques à un spectateur inattentif ou, pire, cynique (voir le costume vert « caca d’oie » de Michel Piccoli ou l’inoubliable manteau de fourrure de Dominique Sanda)… Dans sonTraité du sublime, Longin fait de l’amplification l’essence même du sublime, – mais cette amplification doit contenir une « certaine élévation spirituelle », faute de quoi le sublime, victime de son enflure, s’abîme en son contraire, le kitsch. Or dans Une chambre en ville, Demy reste totalement du côté de cette élévation spirituelle. Le cinéaste met en scène l’incandescence furieuse de la passion d’une manière bouleversante, que l’on ressent dans son corps même de spectateur, et qui ne tolère aucune demi-mesure.
 
une-chambre-en-ville-demy1.jpg

Certes, il y a parfois des ratages dans le cinéma de Demy. Sa pratique de la surcharge et de la fioriture débouche sur quelques erreurs de parcours. Le kitsch est kitsch aussi par rétrospection : sorti de l’époque où l’œuvre a été réalisée, on en perçoit toutes les outrances et les fautes de goût. Deux films en particulier me semblent subir ce destin chez Demy : L’événement le plus important depuis que l’homme a marché sur la lune etParking. Dans le premier, comédie où Marcello Mastroianni tombe « enceint » sous les yeux ébahis de Catherine Deneuve, le cinéaste tente de faire une œuvre sociétale – commentaires sur le féminisme, l’écologie, les médias, etc. –, et oublie quelque peu, en chemin, d’ « en chanter » le réel qu’il filme, comme il sait si bien le faire. Les décors et les costumes sont d’un kitsch achevé, caricatural du style seventies. La présence de Mireille Mathieu interprétant la chanson éponyme ne manque pas d’ajouter à l’effet de ringardise que procure ce film, cependant plaisant trente-cinq ans après sa réalisation. Quant àParking, il est le plus raté et le plus kitsch des films de Demy, en partie parce qu’il s’inscrit tellement dans son époque (les terribles années 1980 avec leur légendaire mauvais goût) qu’il a aujourd’hui, lui aussi, terriblement vieilli. Les chansons de Michel Legrand sont, pour la première fois, assez faibles avec leur synthétiseur improbable ; la direction artistique laisse à désirer (décors de la maison du héros Orphée ou des fêtes qu’il fréquente). Difficile, même pour un fan de Jacques Demy, d’aimer ce film quelque peu ingrat qui a échappé à la volonté du cinéaste. Mais on y retrouve, dans quelques scènes, un souffle de passion et de mélancolie qui n’appartient qu’à lui…

A l’instar des mélodrames de Douglas Sirk, les films des Jacques Demy sont à la recherche du sommet de l’absolu et du romantisme, ce point où les sentiments, les sons, les images, les sens, sont portés à leur plus haut degré d’incandescence mais où ils restent assez tenus pour ne pas sombrer dans la mièvrerie, l’enflure ou l’artificialité. Cette position artistique est excessivement difficile à tenir et il faut tout le talent de mise en scène du cinéaste et la qualité de son regard sur le monde pour remplir cette promesse. Le cinéma de Jacques Demy est ample et absolu, il ne supporte ni le second degré ni le cynisme. Chaque spectateur possède sa propre frontière du kitsch, ce moment où l’on passe de l’intérêt au premier degré à la moquerie au second, où ce qui est grandiose nous paraît soudain risible. Pour ma part, j’essaie de repousser le plus loin possible cette frontière, car ils sont rares les artistes qui savent prendre le risque d’être ridicules tout en restant du côté du sublime.

[Texte écrit à l'origine pour Alter/Réalités, revue sur les images en mouvement qui s'est malheureusement arrêtée récemment, d'où la publication ici]

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Dimanche 1 juillet 2012 7 01 /07 /Juil /2012 14:31

FESTIVAL DE CANNES 2012 - Un Certain Regard

 

Selon que l'on sache ou pas en quoi consiste le fait divers dont le Belge Joachim Lafosse a tiré le scénario de son dernier film, il y a de fortes chances pour que l'impression laissée par À perdre la raison soit radicalement différente. Le film démarre comme la chronique d'un amour banal mais beau entre deux trentenaires, Emilie Dequenne et Tahar Rahim, dont les relations vont rapidement être compliquées par la figure très envahissante du père adoptif de ce dernier (Niels Arestrup).

La progression dramatique d'À perdre la raison est remarquable. Alors que l'on commence au bout d'un moment à se demander où cette histoire va bien nous mener, l'attention est maintenue par une tension permanente, une montée en puissance extrêmement bien orchestrée par le cinéaste. Trop bien peut-être : le film devient à terme un peu trop programmatique, et probablement davantage si l'on sait de quelle terrible histoire est adapté le film. La linéarité est ici à la fois une faiblesse et une force : l'intrigue est péniblement prévisible, mais troublante parce qu'inéluctable.


http://photo.parismatch.com/media/photos2/5-photos-festival-de-cannes/un-certain-regard2/a-perdre-la-raison2/4768163-1-fre-FR/a-perdre-la-raison2_galleryphoto_paysage_std.jpg

 

Tandis que la vie familiale devient un carcan étouffant et que l’héroïne sombre progressivement et de manière très réaliste dans la maladie mentale, on sent imperceptiblement que le film ne pourra s'achever que dans l'horreur. L'écriture très fine des personnages y est pour beaucoup, ainsi que l'interprétation de haute volée. Dequenne est sublime, toute de fébrilité et de douleur rentrée. Quant à Rahim et Arestrup, ils rejouent sur un mode mineur leurs liens père-fils très ambigus déjà tissés dans Un prophète de Jacques Audiard.

Les personnages restent tous dignes, même si Lafosse se place nettement du côté des femmes ; il accompagne avec empathie chaque pas de son héroïne. Il nous fait vivre l’oppression, l'étouffement qu'elle ressent, entourée de ces hommes aux personnalités toxiques et perverses. Tout en restant simple et discret dans sa mise en scène, le réalisateur parvient à des moments de grâce, tels l'avant-dernier plan, absolument saisissant et bouleversant. Une œuvre très maîtrisée et fascinante.

 

35étoiles

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Samedi 30 juin 2012 6 30 /06 /Juin /2012 16:50

Du 29 juin au 10 juillet, la 10ème édition du Festival Paris Cinéma agitera la capitale avec sa programmation éclectique : huit films en compétition, des avant-premières en tout genre, des rétrospectives Leos Carax, Raul Ruiz, Olivier Assayas, Johnnie To, et un focus sur le cinéma hong-kongais.

Mais ce qu'il y a de vraiment exceptionnel pour moi cette année ? Je ferai partie du jury des blogueurs et du web en compagnie de quatre autres célèbres plumes de l'internet cinéphile :
Chris pour Accreds
Fred de Les nuits du chasseur de films
Valérie pour Shunrize
Noémie pour Mauvaises Langues 

 

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Récit épique et critiques à la pelle à venir, donc.

À voir :
Le programme de la compét'.
Le festival live sur Vodkaster. 

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Jeudi 14 juin 2012 4 14 /06 /Juin /2012 01:43

FESTIVAL DE CANNES 2012 - Quinzaine des réalisateurs

 

C'est la fin du dernier jour de classe de l'année. Une meute de lycéens du Bronx s'engouffre dans le bus pour leur dernier trajet avant les vacances. Ce sont leurs gestes, leurs mots, leurs comportements que Michel Gondry recueille et observe pendant une heure et demie, tandis que le véhicule parcourt la ville et les dépose tour à tour. Décor urbain mobile, ce bus est un microcosme passionnant qui organise une géographie sentimentale absolument délicieuse à regarder.

The We and the I
est un quasi huis clos, mais qui n'a aucun scrupule à s'autoriser des échappées dans les rues, accompagnant notamment les derniers instants à l'écran des kids qui descendent du bus pour commencer leurs vacances pour de vrai. À l'intérieur, c'est comme une mini démocratie où chacun s'exprime à sa manière, même si cette démocratie est sans cesse menacée par la tyrannie de quelques uns : les « bullies » assis au fond du bus, sur lesquels Gondry s'attardent longuement. Ils sont à la fois très drôles et très terrifiants, humiliant volontiers leurs camarades plus ou moins sensibles à leurs pitreries. Le regard du cinéaste est plein d'empathie, mais pas de connivence, il est juste et ouvert. Le film donne ainsi à sentir l'âge adolescent dans toutes ses déclinaisons : cruauté, inventivité, vitalité, bêtise, naïveté, créativité, conformisme, lucidité s'invitent toué à tour dans les mots et les gestes des protagonistes. Les ados n'imitent pas les adultes, ils créent leur propre monde, cet entre-deux à la fois frémissant et épuisant.

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The We and the I est aussi une sorte de symphonie, parfois désaccordée, où les voix des kids se mêlent au rap énergique de la bande son, aux bruits de la ville. Le décor du bus est idéal pour cela : les fenêtres ouvertes sur le monde sont partout, on respire. Le film se déroule sans ellipse, en temps réel voire plus : le temps est étiré au maximum, comme pour garder, capter aux mieux ce qui se passe à l'écran, ces échanges anodins mais décisifs, sitcom et poème tout à la fois. The We and the I foisonne d'idées. L'écran du téléphone portable est par exemple omniprésent dans le film, il devient le centre de la plupart des interactions entre le jeunes : échanges de textos, vidéos qui circulent... Un motif très pertinent mais que Gondry n'utilise pas sur le mode du simple commentaire sociologique ; son film est avant tout extrêmement ludique.

Au bruit et à l'agitation qui nous assaillent au début répond une fin très sentimentale (comme l'était par exemple celle de Be kind rewind) ; le film suit une structure qui se dirige vers une sorte d'apaisement : du « We » vers le « I » (mais aussi peut-être vers un « We » différent, plus apaisé, qui autorise l'intimité), du groove à une certaine mélancolie, du jour à la nuit, du brouhaha au silence qui invite à une parole plus sincère. Une merveille de grand film ouvert.

 

À lire aussi sur GTTM : critiques des films de Michel Gondy La science des rêves, Be kind rewind et Tokyo!

 

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Mardi 5 juin 2012 2 05 /06 /Juin /2012 00:45

FESTIVAL DE CANNES 2012 - En compétition.

 

Ceux qui souviennent encore de l'éblouissement que fut pour eux le sublime western crépusculaire d'Andrew Dominik, L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, il y a cinq ans, attendaient avec impatience sa nouvelle livraison, un film de gangsters qui, c'était sûr, allait poser un regard beau, profond voire novateur sur le genre. C'est peu dire que Killing them softly est de ce point de vue une déception. L'intelligence y est devenu cynisme, et la maîtrise formelle, stylisation insupportable. Histoire ultra classique du genre : des gangsters de seconde zone deviennent les cibles de la mafia et sont traqués par un tueur sans foi ni loi. Pourquoi pas, d'autant que le casting (Brad Pitt, Richard Jenkins, Ray Liotta, James « Soprano » Gandolfini) vend du rêve et fait le job honorablement. Malheureusement, le réalisateur lui ne peut s'empêcher de faire le petit malin.

Puisqu'il faut se donner un minimum de cachet stylistique, la mise en scène de Dominik conserve dans l'ensemble une certaine élégance, sauf lors de scènes d'actions ou de défonce totalement interminables et complaisantes, avec moult ralentis de circonstance. D'une manière générale, les facilités sont légions dans le film. Un exemple avec l'utilisation de la musique. Lors d'une scène de shoot à l'héroïne, on entend Heroin du Velvet Underground ; sur le générique de fin, juste après une réplique qui se veut définitive : « America is business », c'est Money (that's what I want) de Barrett Strong qui emplit la bande son. Bienvenue au pays du premier degré concon.

 

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Et ce n'est pas par la profondeur de son propos que le film se sauve de ce premier degré, bien au contraire. Tout du long, Andrew Dominik se complaît dans un cynisme insipide et surjoué, accompagné d'un discours ni original ni profond sur l'époque, la crise, l'individualisme, tout ça. Pour redoubler inutilement les propos de ses gangsters « philosophes », le cinéaste choisit d'ancrer historiquement son récit en le plaçant à l'époque de la campagne présidentielle d'Obama en 2008. Ainsi les discours du futur président faisant appel à la nation, à l'unité, à la solidarité sont sans cesse contredits par les gestes et les mots des personnages. Ce procédé est récurrent tout au long du film et finit par être épuisant de facilité et de lourdeur.

Dans l'ensemble, Dominik ne retient du genre qu'il reprend et de ses grands représentants que des gimmicks et des poses. C'est en tout cas ce que laisse à penser, entre autres, ces kilomètres de dialogues prétendument drôles et provocateurs qui singent Tarantino sans atteindre une seconde sa virtuosité, sa poésie. Quelques éléments ça et là, tels les deux personnages de voyous un peu tartes qui occupent l'essentiel du début du film, s'avèrent réjouissants, mais dans l'ensemble Killing them softly donne une impression de fausseté et de vanité, de formalisme désespérément vide. Un pastiche superficiel et sans âme.

 

À lire aussi sur GTTM : critique de L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford.

 

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Mardi 8 mai 2012 2 08 /05 /Mai /2012 14:08

Panic sur Floirda Beach tient à la fois du teen movie tendre et drôle, de l'hommage nostalgique et de la satyre délirante. Ce film étonnant et méconnu, probablement le plus personnel de Joe Dante, se déroule à Key West en Floride en 1962 en pleine crise de Cuba. Le jeune protagoniste, Gene, est un collégien de son époque, nerd sur les bords, qui s'inquiète pour son père militaire, parti en mission. Il passe le plus clair de son temps au cinéma avec son groupe d'amis. Le titre original, Matinee (le titre français n'a strictement rien à voir avec l'original mais pastiche de façon plaisante les titres des séries B d'antan) désigne d'ailleurs les séances de cinéma de l'après-midi, dont les billets étaient très peu chers et où les adolescents se rendaient en bande.


http://intervistamag.com/wp-content/uploads/2011/11/joe-dante-derric3a8re-le-cinc3a9ma.jpg

 

Panic sur Florida Beach est un hommage aux séries B voire Z américaines, ces films fantastiques à budget modeste que les studios produisaient à la chaîne (La créature du lac, L'homme qui rétrécit, L'attaque de la femme de cinquante pieds et autres merveilles). Il y a d'ailleurs un film dans le film, petit chef d’œuvre parodique intitulé Mant ! L'homme-fourmi que son producteur et réalisateur interprété par John Goodman vient présenter à Key West (une hilarante version de quinze minutes est disponible dans les bonus du DVD). Le film de Joe Dante, nostalgique sans être passéiste, décrit avec tendresse la fin d'une époque (on est en 1962, l'âge d'or de ces productions est en passe de s'achever).

La reconstitution est plaisante, rassemblant tous les signes de l'époque (costumes, décors, musique etc.), et Dante livre un commentaire pertinent sur les États-Unis de la Guerre Froide : menace atomique, chasse aux sorcières, paranoïa ambiante. Le regard posé par le cinéaste sur les personnages et le monde qu'il filme est tout à la fois drôle et bouleversant.

En supplément du DVD, un entretien très éclairant et passionné avec Joe Dante. Le cinéaste retrace le parcours difficile d'un film désespérément « difficile à vendre » tant il est singulier. On apprend que le film devait au départ contenir des éléments de fantastique et d'horreur, tels qu'un vampire projectionniste, avant devenir un hommage plus réaliste aux séries B qui ont bercé son enfance. Dante exprime ici comme dans tous ses films son amour du public, de la salle de cinéma, de l'écran, du projecteur, en bref du cinéma comme expérience partagée.

 

Panic sur Florida Beach / Matinee (Joe Dante)
USA, 1993, 99 min
Avec John Goodman, Cathy Moriarty, Simon Fenton
DVD sorti le 1er juin 2011 chez Carlotta

 

4étoiles

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