Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 01:16

L'homosexualité refoulée de J. Edgar Hoover, légendaire patron du FBI, dans un film de... Clint Eastwood ? C'est peu dire que le sujet paraît singulier, au regard de l'image que l'on se fait du cinéaste. Malgré tout, J. Edgar ne ressemble pas tout à fait à ce qu'on aurait pu en attendre. Pourquoi, d'ailleurs, suis-je sortie si bouleversée de ce film dont les trente premières minutes m'ont tant exaspérée ? C'est, je pense, que J. Edgar entretient des rapports relativement ambigus avec son propre statut de biopic. Tout ce qui relève des conventions du genre biographique est au mieux ennuyeux, au pire agaçant : les maquillages de vieillissement, la voix off pontifiante, la structure en flash back incessants... Mais le film me semble au final plus tordu et moins académique qu'on pourrait le croire (en passant, si j'avais eu le temps d'écrire sur la Dangerous Method de Cronenberg, j'aurais pu faire cette même remarque).

Le scénario de J. Edgar est l’œuvre de Dustin Lance Black, auteur ouvertement gay et militant, déjà à l'écriture du Milk de Gus Van Sant (dont J. Edgar est en quelque sorte l'envers, le « refoulé »). Le récit parcourt tout un pan de l'histoire américaine du XXème siècle, dont Hoover, en poste de 1924 à 1972, a été un témoin privilégié. Il y a un geste fou dans cette tentative d'embrasser ainsi, à toute vitesse, l'histoire politique d'un pays et de la faire résonner dans un même mouvement avec l'intimité de l'un de ses représentants. Le film nous fait découvrir, et c'est assez plaisant, les origines de pratiques policières que nous connaissons tous pour les avoir vues au cinéma, et que Hoover a mis en place : fichage des individus, relevé des empreintes digitales, « ne touchez à rien de la scène du crime »... Mais au fond, que Hoover soit un salaud paranoïaque et narcissique, que ses méthodes soient à la limite du totalitarisme, le film le montre sans vraiment l'aborder : ce n'est pas son sujet, ou alors secrètement. J. Edgar s'intéresse surtout à ce que le refoulement de la vie intime du personnage implique, dans sa vie publique, de pulsions répressives, punitives. Cette piste psychanalytique est cependant rendue un peu trop évidente dans la description des rapports du personnage à sa mère tyrannique (peut-être les scènes les moins intéressantes du film).

http://3.bp.blogspot.com/-_aVzI9--Wdw/TY6R44pvSlI/AAAAAAAAAAw/Ef1t8ODr5dI/s1600/J%2BEdgar%2BDiCaprio%2B%25284%2529.jpg
Un des aspects passionnants du film, c'est qu'il n'accomplit pas tout à fait le programme de son scénario. Mise en scène et scénario se répondent, s'opposent, se cherchent sans cesse... Un tout autre cinéaste aurait pu avec ce scénario produire un film plus à charge, plus cliché ou plus systématique. Or Eastwood, avec le grand classicisme qu'on lui connaît, pose ici un regard très beau sur son personnage, plein à la fois d'empathie et d'ironie. Il dessine le portrait fascinant d'un homme qui passa sa vie à compiler les secrets des autres et à dissimuler les siens, y compris à lui-même. Il faut ici louer encore et toujours DiCaprio qui, quand il n'est pas occupé à modifier sa voix de façon outrancière, excelle à figurer sur son visage les séquelles d'une existence passée à étouffer sa vie intime au profit de systèmes (familiaux, policiers, sociaux, politiques) profondément répressifs.


Vers la fin du film, par la bouche de l'amant (le fantastique Armie Hammer) la possibilité qu'une partie de ce qui nous a été raconté ait été un mensonge nous frappe de plein fouet. C'est alors tout le film que nous revoyons différemment, comme le récit révisé de sa propre légende par un expert en dissimulation. Une piste passionnante de plus à explorer, pour ce film paradoxal, parfois empesé et raidi par ses conventions, mais profondément bouleversant et généreux.

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Vendredi 2 décembre 2011 5 02 /12 /Déc /2011 22:30

FESTIVAL DES TROIS CONTINENTS - Rétrospective Nikkatsu

Il se passe un truc étrange avec ce film : chaque fois que je veux mentionner son titre Marché sexuel des filles, un lapsus venu d'ailleurs me fait dire « Misère sexuelle des femmes »... Allez comprendre ! Marché sexuel des filles fait partie de ces films érotiques que la société de production japonaise Nikkatsu produisit à la chaîne dans les années 70 et 80 et qu'elle désignait sous le terme de « roman porno ». Je n'avais jamais vu un roman porno auparavant, alors disons que j'avais une vision plus romanesque et plus grisante de la chose. Or, ce film de Noboru Tanaka est d'une violence, d'une cruauté, d'un inconfort absolument insoutenables.

Dans les bas-fons miséreux d'Osaka dont il ne nous épargne rien, Marché sexuel des filles nous attache au destin de Tome, une jeune prostituée qui vit avec sa mère également prostituée et son frère attardé mental mais néanmoins libidineux... Absolument rien ne nous est épargné du sordide de la vie mené par les personnages ; le film est une chronique ultraréaliste « trash » mais aussi étude de caractère assez subtile. La splendide Meika Seri incarne la jeune héroïne, tout à la fois victime de sa situation et porteuse d'une force interne qui éclate à l'écran. Les multiples séquence de rapports sexuels où le corps des femmes est tripoté, malmené, trituré sans ménagement (sans que l'on nous en montre les détails, le roman porno n'est en fait pas - eh non ! - pronographique) sont d'autant plus insupportables que Noboru Tanaka tente d'être à chaque instant du côté de son héroïne, et du côté de ces femmes de manière générale (la mère, l'amie de Tome). Il n'y parvient cependant pas toujours : on s'interroge vraiment sur ces ces scènes de quasi viol où un type force une fille, celle-ci finissant quand même par prendre son pied... Bref, il y a à peu près vingt-cinq scènes de cul dans le film, et aucune qui m'ait procuré l'ombre d'un soupçon de jouissance ou d'excitation.

 

http://www.hallucinations-collectives.com/wp-content/uploads/2011/02/marche_sexuel_des_filles-02-1024x416.jpg

 

Le plaisir ? Je ne l'ai trouvé qu'à un seul endroit (mais quel endroit !) : c'est la beauté formelle absolument saisissante du film. La photographie est sublime, chaque séquence est comme un nouveau tableau plus terrible et plus beau que le précédent. Par la force de son regard, le cinéaste crée un réseau de sensations puissantes, contradictoires et passionnantes qui donne au film une puissance de subversion assez folle. On se demande comment un type à qui on a dû commander un film érotique standard et filer un budget minuscule a pu pondre une œuvre d'une telle audace formelle, si bizarre et sauvage. Marché sexuel des filles ne suit pas tellement de trame narrative mais parvient tout de même à ménager des séquences de climax véritables, qui fonctionnent sur la pure mise en scène. Le film est rempli idées formelles absolument stupéfiantes : ainsi d'une scène de filature amoureuse s'achevant dans une grande explosion, et de l'apothéose du film, à savoir la fuite du jeune frère, durant laquelle le temps d'une bobine le noir et blanc laisse la place à des couleurs d'une beauté rare et d'autant plus bouleversantes que le film nous avait fait oublié qu'elles existaient.

Cependant, il faut bien avouer que le plaisir de la mise en scène est très largement cérébral, et que pendant ce temps-là mon corps tout entier, prostré, écrasé, torturé, me criait de fuir la salle à toutes jambes. Ce fut une des séances les plus pénibles, éprouvantes, traumatisantes de mon existence. Ce film, je ne le reverrai pour rien au monde, mais ce n'est pas grave : je ne l'oublierai jamais.

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Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 02:55

Une épidémie mortelle ravage la planète. Du patient zéro aux chercheurs qui recherchent le vaccin, d'un blogueur qui prétend dévoiler des informations cachées par le pouvoir à une experte de l'OMS enlevée en Chine, des personnages qui ne se connaissent pas subissent de plein fouet les conséquences de cette maladie inconnue. Steven Soderbergh raconte la propagation foudroyante du virus dans un film choral où, comme dans Traffic, son film somme sur le commerce de la drogue, les différentes intrigues ont un lien thématique global mais ne se rejoignent presque pas dans la narration. Le cinéaste choisit un traitement « sec » des événements, les observe avec une distanciation déshumanisante. Film catastrophe totalement épuré des codes du genre, Contagion décrit de manière clinique un processus de propagation et refuse le spectaculaire qu'appelle naturellement un tel sujet. Quant on a vu par exemple la saison 3 de 24, ce traitement déflationniste a de quoi déconcerter. La panique se répand dans le monde du film mais ne contamine jamais le film lui-même. Ce programme formel est fort intéressant mais, une fois qu'on l'a compris, l'effet de lassitude est rapide et on se met à prier pour un peu plus d'incarnation.

http://oblikon.net/wp-content/uploads/contagion-soderbergh-630x430.jpg
Dans Contagion, Soderbergh tente de retrouver quelque chose du monde contemporain, cette façon dont tout, désormais, circule à une vitesse folle, incontrôlable – les virus mortels comme les informations et les rumeurs. Le monde mondialisé est dépeint de manière très pessimiste : si tout est lié, si tout est relié, alors tout menace à chaque instant de s'effondrer comme un château de carte. L'intrigue de Contagion refuse d'emprunter les sentiers balisés de la théorie du complot (l’État nous ment, aux contre-pouvoirs de faire leur boulot etc.). Pourquoi pas, mais j'ai quant à moi peu goûté à l'idée que véhicule le film, que les blogueurs sont des méchants qui sèment la désinformation, tandis que les laboratoires médicaux sont des modèles de philanthropie... On fait plus subversif. D'autre part, Contagion véhicule une vision très noire de l'humanité, où les masses sont violentes et prêtes à s'entretuer dès que leur survie est menacée (on se croirait dans l'affreux Blindness de Fernando Mereilles), tandis que seuls certains « élus » héritent d'un sens moral – d'ailleurs, en dehors de Matt Damon, ces élus se trouvent tous parmi les savants ou les experts (les personnages de Kate Winslet, Laurence Fishbrune, Marion Cotillard)...  

L'aspect réjouissant du film, malgré tout, c'est qu'il se permet de sacrifier certaines de ses vedettes sans états d'âme, ce qui est relativement rare (généralement, la star survit au massacre ou tient au moins jusqu'à la dernière partie !). Chaque personne est susceptible, à chaque instant, d'être décimé par le virus. Qui de Winslet, Damon, Fishburne, Paltrow, Cotillard et les autres survivra, qui succombera pathétiquement et qui se sacrifiera dans un élan moral sublime ? C'est au sujet de ces personnages, justement, que le film m'est apparu le plus faible. Aucun d'eux ne parvient à exister réellement, Soderbergh ne réussissant qu'à les décrire binairement (ils sont tous courageux et justes, la belle affaire !). Les quelques tentatives émotionnelles, vers la fin, échouent donc fatalement. Dommage, car ce sont les seules séquences où le pessimisme de ce film un peu laborieux mais pas sans intérêt se laisse surprendre par un peu de foi retrouvée dans l'humanité.

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Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 02:46

Après avoir lamentablement échoué à participer aux festivals de printemps et d'été (excuses respectives : rédaction de mon mémoire pour le premier, installation à Paris et Fémis pour le second), je tente tout de même de venir à bout de la deuxième édition du festival d'automne, toujours géré par ce cher Chris et qui propose cette année les films suivants :

9 novembre : Contagion de Steven Soderbergh
16 novembre : 50/50 de Jonathan Levine
23 novembre : L'art d'aimer d'Emmanuel Mouret
7 décembre : Carnage de Roman Polanski
7 décembre : Shame de Steve McQueen
14 décembre : 17 filles de Delphine et Muriel Coulin
21 décembre : A dangerous method de David Cronenberg

Pour une description plus précise du festival et de ses modalités d'inscription et de participation, c'est par ici sur Christoblog. À tout de suite pour la première critique, celle de Contagion.

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Jeudi 10 novembre 2011 4 10 /11 /Nov /2011 23:01

Samedi dernier au Grand Rex a eu lieu l'avant-première de Donoma, film fauché fait avec presque rien et que son équipe défend avec un enthousiasme assez incroyable (le « Donoma Guérilla Tour » parcourt actuellement les routes de France). Une croisade qui a toute ma sympathie. La séance était un vrai bonheur, et la salle incroyablement réceptive, interagissant avec les personnages et le film, ce qui me l'a rendu d'autant plus excitant. Mais, surtout, au delà du buzz et du marketing « viral » mis en place par le réalisateur Djinn Carrénard autour de l'idée que Donoma a été réalisé avec seulement 150€, le film est tout simplement une merveille, un truc jamais vu, stupéfiant.

Donoma
est un film choral qui suit le destin de nombreux personnages, dont les histoires individuelles se recoupent de manière plus ou moins évidentes. Une prof d'espagnol et le cancre de sa classe s'affrontent tout en se découvrant une étrange attirance sexuelle ; une photographe entame une relation avec un inconnu, mais refuse qu'ils s'adressent la parole ; une adolescente un peu marginale s'interroge sur la spiritualité. Le nœud thématique de ces intrigues réside dans les relations de désir et/ou d'amour entre hommes et femmes. Tous les personnages sont magnifiques, et le film leur offre un espace de liberté complètement dingue. Donoma se fait par ailleurs une joie de revisiter quelques uns des topoï du cinéma français (le film de couple, le film de banlieue, le naturalisme...) en décapitant dans un geste désarmant nombre de stéréotypes, qu'ils soient « sociologiques » ou formels.

 

http://www.jewanda-magazine.com/wp-content/uploads/2011/02/donoma-djinn-carrenard.jpg

 

Le film est une succession de blocs en plans-séquences, que Carrénard étire à l'envi afin de laisser se déployer la parole de ses personnages, celle de ses acteurs qui improvisent des dialogues d'une naturel hallucinant. C'est une merveille à entendre que cette langue en liberté, en mouvement. Donoma est un grand film sur le langage, les langages, leur pouvoir et leur insuffisance. Sur ce plan, il y a une certaine filiation avec le cinéma d'Abdellatif Kéchiche (qui a d'ailleurs déclaré être fan de Donoma, qu'il considère comme une révolution pour le cinéma français). Le débit, le ton, la posture des acteurs sont à chaque instant fascinants, la façon de dire les mots participe du sens même de ces mots. La tchatche dans Donoma est portée à un degré ultime où les mots se font à la fois hilarants et bouleversants, foutraques et précis, légers et profonds.

On peut évidemment regretter un certain nombre d'imperfections techniques qui n'apportent rien formellement : le point de la caméra, notamment, n'est jamais fait ou est modifié en cours de scènes, le flou suscitant une sensation souvent désagréable. Filmé n'importe comment (techniquement du moins), Donoma est absolument bordélique, rempli à ras bord et fonctionne beaucoup à l'énergie, en particulier celle insufflée par son incroyable troupe d'acteurs. Dans ce genre là, Donoma défonce d'ailleurs allègrement la gueule de Polisse, film mille fois moins sincère, mille fois moins nécessaire, mille fois moins beau. Djinn Carrénard, lui, a déjà tout compris au cinéma, et son film prend merveilleusement la mesure de ce qu'est la vie, tout simplement. Un film forcément imparfait, donc, mais d'une liberté bouleversante.

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Mardi 25 octobre 2011 2 25 /10 /Oct /2011 01:11

http://www.artistikrezo.com/images/stories/redac3/Stephen_Warbeck_-_bande_originale_de_Polisse_film_de_Maiwenn_Le_Besco_.jpg

 

Un « film choc », une « claque », un « coup de poing », voilà le genre de qualificatifs qui reviennent régulièrement pour désigner Polisse, le dernier film de Maïwenn Le Besco, au succès déjà assuré. Cette immersion dans le quotidien de la Brigade de Protection de Mineurs est un portrait de groupe de flics au grand cœur qui voient défiler chaque jour dans leurs bureaux des cas plus sordides et révoltants les uns que les autres.

Sauf que ces cas ne semblent pas être le sujet profond du film, Polisse devenant rapidement un simple catalogue de toutes les horreurs rencontrées à la BPM. Les enfants et adolescents qui défilent dans le commissariat ne sont donc jamais des personnages à part entière, seulement des figures prétextes (à émouvoir, à signifier) que l'on se permet de croquer parfois méchamment en quelques plans - l'adolescente au look gothique qui a fait une fugue, ou encore la jeune fille qui a fait une fellation pour récupérer son téléphone portable et qui est à l'origine d'une scène de fou rire très embarrassante. Le spectateur est placé en totale connivence avec tous les flics, sans recul aucun. Les enfants ne sont utilisés quasiment que comme des éléments de scénario qui servent à faire avancer les intrigues entre les personnages. Un exemple : si l'ado violée - dont on ne sait rien - accouche d'un bébé mort, c'est avant tout pour que dans la scène suivante, le personnage de Marina Foïs puisse révéler toute sa haine de soi en donnant son propre prénom au bébé. La séquence de l'accouchement en soi est très puissante, mais cette juxtaposition est consternante.

Le regard de Maïwenn sur les membres de la BPM est très univoque : tous les petits flics de la brigade sont des merveilles d'humanisme et de bonne volonté, tandis que la hiérarchie est lâche et cherche à protéger les puissants (l'intrigue avec Louis-Do de Lencquesaing en immonde pervers est juste grotesque). On ne doute pas un instant des bonnes intentions de Maïwenn, de son désir sincère de nous immerger dans une certaine « réalité sociale ». Mais sa sincérité et son indéniable énergie n'en sont pas moins maladroites, et conduisent à des scènes à la limite de l'obscénité (tout le monde a déjà parlé de la scène où les enfants roumains qui viennent d'être enlevés à leurs parents se mettent à danser dans le bus qui les emmènent loin d'eux, mais je le répète : c'est une horreur). En outre, la volonté naturaliste ou « documentaire » ne parvient pas à dissimuler une certaine artificialité, dans le typage des personnages mais aussi dans sa construction générale, qui alterne de manière un peu forcée les moments lourds et édifiants, et les instants de répit légers et drôles. Une volonté d'équilibre et de compensation de scènes entre elles, calibrée pour que le film plaise à tous, mais peu convaincante sur la longueur et surtout terriblement clichée.

 

http://cannes.lesinrocks.com/wp-content/uploads/2011/05/Polisse-.jpg

 

Polisse est cependant rendu supportable par sa troupe d'acteurs assez fascinante, totalement en roue libre certes mais pleine d'une énergie bordélique qui séduit par intermittences. Il faut dire que le film passe son temps à nous demander d'acquiescer devant leur talent collectif. Néanmoins, bien qu'assez caricaturaux et typés (il y a l'arabe, la lesbienne, l'intello, le beauf etc.), les personnages parviennent à exister, même ceux qui ont un temps à l'écran plus réduit que d'autres (Duvauchelle, Bercot, Elkaïm). Ils sont écrits un peu à la manière de personnages de série télé, par petites touches, et ce traitement est assez convaincant quoique paradoxal. Ainsi le mauvais soap menace toujours et advient parfois. Notamment avec la romance sans intérêt qui s'installe entre le personnage de Maïwenn (une photographe venue faire un reportage sur la brigade) et Joeystarr. Cette position d'observatrice extérieure que s'attribue la réalisatrice aurait pu être relativement intéressante - miroir de la position de la cinéaste vis-à-vis de son sujet - mais finit par devenir extrêmement envahissante.

Beaucoup de choses inutiles, naïves et même un peu bêtes dans ce film, donc. Beaucoup de gros plans interminables, d'affreux tire-larmes, de scènes fausses et calculées, de plans scandaleusement irréfléchis. Polisse est un trop-plein totalement bordélique, mais pas de ceux qui séduisent, non. De ceux, indigestes, qui génèrent un malaise poisseux et désagréable. Polisse verse ainsi parfois dans des séquences très douteuses ou embarrassantes. Parfois, certes, pour le meilleur (la scène de l'interrogatoire de Sandrine Kiberlain est très forte), mais plus souvent pour le pire (le consternant montage parallèle final, entre autres).

Sous ses airs de film radical et choc, Polisse reste pourtant le cul entre deux chaises, entre puissance de révolte et démagogie entendue, entre désir de naturalisme et sensationnalisme forcé. Un film auto-satisfait qui, malgré sa générosité revendiquée, donne la sensation de faire son beurre sur le dos des personnages secondaires (les enfants) au profit des principaux (les stars qui défilent en continue). Génant.

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Lundi 17 octobre 2011 1 17 /10 /Oct /2011 23:28

 

 

Après un documentaire somme sur Bob Dylan, No direction home, et un film de concert un peu plus léger consacré aux Rolling Stones (Shine a light), Martin Scorsese poursuit son travail de documentariste des légendes du rock en se penchant cette fois-ci sur l'histoire des Beatles, et plus particulièrement de celui qu'on appelait le Beatle tranquille, George Harrison.

Living in the material world
couvre la vie du guitariste des Fab Four de sa naissance à Liverpool au début des années 40 à sa mort d'un cancer des poumons il y a exactement dix ans. Si la chronologie est à peu près suivie, elle est parfois décousue et certaines périodes sont survolées quand d'autres sont fouillées avec précision. Le film dure environ 3h30 et se compose de deux parties, la première traitant principalement de l'histoire des Beatles et s'achevant en 1968 ; la seconde brossant un portrait plus général de l'artiste avec les repères chronologiques que sont la séparation des Beatles, l'album All things must pass, le concert pour le Bangladesh, la séparation d'avec sa femme Pattie et la rencontre d'Olivia, le « supergroupe » Travelling Wilburys dans les années 80 et enfin sa maladie.

En tant que fan et connaisseuse (j'ose le croire) de l'histoire des Beatles, je m'attendais à préférer la seconde partie à la première (plus intéressante et inédite pour moi a priori). Ce n'est pas ce qui s'est passé. Bien que la première partie réutilise des images déjà connues (surtout si l'on a vu Anthology, la série de documentaires « officielle » sur les Beatles), elle présente tout de même un grand intérêt et quelques documents absolument incroyables. Par exemmple, l'interview d'Astrid Kircherr, photographe allemande et amie intime des Beatles, qui présente des photos inédites sublimes et bouleversantes (notamment Harrison et John Lennon dans l'atelier de peinture de l'ex bassiste du groupe, Stuart Stucliffe, peu de temps après son décès). De plus, sur la forme le film est particulièrement bien monté et pertinent, avec un rythme intéressant qui épouse à la perfection la musique et les émotions véhiculées par les interviews et les archives présentés.

La seconde partie se concentre sans doute d'avantage sur l'homme George Harrison et fait par conséquent défiler des pans entiers de sa vie à une vitesse un peu perturbante. Il s'agit de traiter de trente ans de carrière, contre à peine dix dans la première partie, ce qui donne un aspect un peu survolé à l'ensemble. Le propos se concentre sur la philosophie personnelle d'Harrison, son rapport à la spiritualité, à la méditation etc. D'un point de vue personnel, ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus et j'aurais aimé entendre davantage parler de musique et de création – il y a un excellent passage, cependant, sur le soutien inconditionnel d'Harrison aux Monty Python et à leurs films.

Living in the material world
est un très beau film, cependant il me semble inférieur à No direction home, et ce pour deux raisons. D'abord, leurs personnages respectifs : Bob Dylan se prête d'autant plus à un portrait qu'il est une personnalité totalement surréaliste, mutante et mystérieuse, fascinante et très cinégénique. Ici en revanche, les intervenants se bornent à dire que George avait deux facettes : la spirituelle et la terrienne. Rien de bien transcendant, si je puis dire. Deuxième raison : Bob Dylan n'est pas mort, et No direction home n'est par conséquent pas un hommage à proprement parler. À l'inverse, l'éloge funèbre qui clôt Living in the material world est quelque peu pesant et superflu à mon sens.

Même s'il ne satisfera entièrement, à mon avis, ni les fans « hardcore » (trop de choses passées sous silence) ni les néophytes (tant la chronologie est parfois malmenée sans explication, et les différents intervenants pas vraiment présentés), Living in the material world reste un document passionnant et pertinent. Au final, le film ne constitue pas une biographie mais bien un portrait disparate et par endroits saisissant du Quiet Beatle.

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Lundi 17 octobre 2011 1 17 /10 /Oct /2011 22:31

http://www.annonaypremierfilm.org/local/cache-gd2/27acb9de2b66b2eb9154daabb1850ad2.jpg

 

Mes lecteurs les plus attentifs s'en souviennent peut-être : j'ai été membre du jury au Festival du Premier Film d'Annonay en février dernier. Ce fut pour moi une expérience fabuleuse, faite de recontres exceptionnelles et de discussions passionnantes, aussi je vous encourage à tenter votre chance pour la prochaine édition du festival qui aura lieu du 27 janvier au 6 février 2012.

Pour participer, c'est simple : il suffit d'adresser au festival une lettre de candidature faisant montre de l'étendue de votre passion cinéphile, et ce avant le 15 décembre 2011.

Plus d'infos sur le site officiel du festoche.

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Samedi 1 octobre 2011 6 01 /10 /Oct /2011 01:18

[Cet article marque la résurrection de Goin' to the movies (n'en déplaise à mymp qui me disait il y a peu avec une choquante nonchalance : « ben t'as qu'à arrêter ton blog ! ») et il s'agit du premier publié sur over-blog. Excusez si la critique n'est pas terrible, c'est dur de s'y remettre.]

 

Pourquoi faire un film muet en 2011 ? Pour répondre à cette question, il faut d'abord se demander : comment faire un film muet en 2011 ? La solution la plus convenue serait d'en faire une parodie, au second degré attendu, sur le mode de la connivence avec un spectateur contemporain forcément plus dupe des conventions vieillies du cinéma muet. Heureusement, c'est Michel Hazanavicius qui est aux manettes de ce projet un peu dingue, lui qui n'a plus à prouver son talent de pasticheur. The Artist est donc un pastiche amoureux, un hommage au premier degré à un cinéma aimé. Autrement dit, au delà d'un dispositif singulier qui cherche à retrouver tous les codes d'un certain cinéma muet (américain, en l'occurrence), il s'agit avant tout de raconter une histoire. Le format 1.33, le noir et blanc et les intertitres sont des signes distinctifs du muet qui menacent à tout instants de créer une distance ironique entre le film et le spectateur - pourtant l'identification et l'attachement aux personnages et à l'histoire fonctionne tout de même.

http://justicehasbeendone.files.wordpress.com/2011/05/dujardin-bejo-the-artist.jpg


The Artist est avant tout une histoire de personnages et d'émotion. Les interprètes excellent à nous inviter dans l'univers du film : Dujardin met parfaitement à profit ses mimiques expressives, et Bérénice Béjo est ravissante et délicieuse de naturelle. L'intrigue de The Artist émeut pour elle même mais sert aussi à une méditation sur ce qu'est le cinéma, puisque celui-ci est au cœur du scénario. Scénario qui entretient un grand nombre de similarités avec celui de Chantons sous la pluie : amours entre un acteur célèbre du cinéma muet et une jeune actrice débutante, chronique de Hollywood au moment du passage du muet au parlant, et des déboires rencontrés alors par certains comédiens. Hazanavicius joue sur les mises en abyme : nous regardons un film muet dans lequel on voit des films muets, ce qui génère à chaque fois des modes de représentation différents (mise en scène et interprétation sont davantage « over the top » dans « les films dans le film » que dans la « réalité » du film). Un vertige ludique qui donne lieu à quelques idées assez géniales, comme cette scène où Dujardin rêve « en sonore ».

Le film est de manière générale très drôle, déployant des ressorts comiques assez divers, notamment le burlesque canin (si si). Un millier de petits détails malins le parcourent, même si leur accumulation lasse parfois : ils deviennent alors des gadgets, et il arrive au film de retomber dans l'exercice de style. Le dispositif du film se retourne donc par moments contre lui. D'autre part, The Artist n'est pas exempt de longueurs, notamment dans sa partie « mélodrame » qui voit la chute de son héros. En revanche, sa conclusion m'a enchantée : après tout, un film qui s'achève sur le salut par la comédie musicale, si je puis dire, mérite tous les éloges ! Finalement, The Artist séduit et émeut au delà de ses intentions un peu trop explicites. Pourquoi, donc, faire un film muet en 2011 ? Parce que c'est avant tout du cinéma et que celui-ci est plus fort que tous les dispositifs.

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Dimanche 17 juillet 2011 7 17 /07 /Juil /2011 15:06



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GOIN' TO THE MOVIES

Blog de critiques cinéma d'Anna M.

«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)

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