Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 01:01

Dans la première séquence entièrement muette, de ce sixième film américain de Fritz Lang, un homme chasse dans un bois. Il se couche, met son fusil en joue, et vise. Et là, image stupéfiante : c'est Hitler qui est dans son viseur. L'homme appuie sur la gâchette, mais le fusil est vide. Scène d'une incroyable puissance où le spectateur entrevoit assez vivement la possibilité d'une bifurcation de l'Histoire. Elle résume l'audace et la portée de Chasse à l'homme, film sorti en 1941, à une époque que les États-Unis sont encore officiellement neutres dans la guerre qui fait rage.

Accusé de tentative d'assassinat sur la personne de Führer, le personnage central Alan Thorndike (Walter Pidgeon), gentleman libre-penseur, parvient à fuir jusqu'à son pays l'Angleterre mais y est traqué par la police allemande. Il est contraint de se cacher dans le petit appartement d'une jeune femme originale et charmante, Jerry (Joan Bennett). C'est donc, comme le titre du film l'indique, une véritable chasse à l'homme à laquelle nous assistons, où le héros cherche le moyen d'échapper à deux officiers SS particulièrement coriaces et retors. Hitchcock disait que « plus le méchant est réussi, plus le film l'est » : dans Man hunt, ce sont deux méchants absolument fascinants que Fritz Lang met en scène. Un « homme en noir » mutique et terrifiant campé par John Carradine ; et George Sanders en officier cultivé et cynique, dont les débats avec le héros forment le ciment « moraliste » du film.

L'intrigue est un modèle du genre, avec un suspense constant qui ne sacrifie pas l'émotion et la réflexion. Lang est tellement à l'aise qu'il s'aménage plusieurs moments consacrés à la romance, et même des scènes de comédie, à l'intérieur de ce qui est tout à la fois un film noir, un thriller, un film de guerre et même d'aventure. Rien dans le déroulement du film n'est convenu, pas même le passage obligé de l'histoire d'amour, ici traité sur un mode déceptif et ironique particulièrement surprenant. Ni même la morale humaniste du film : sa dénonciation virulente du régime d'Hitler est étonnante et émouvante, étant donné le contexte et l'histoire personnelle de Fritz Lang. Man hunt est une méditation éthique sur le mal et sur la responsabilité, qui culmine dans l'incroyable scène de la grotte où le héros, acculé, n'a plus que la parole comme arme contre le prédateur nazi qui le retient prisonnier. Un film d'une maîtrise et d'une intelligence rares.

À voir aussi sur le blog
Films de Fritz Lang : M le maudit



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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 18:35


Dans Je suis un no man's land, Philippe Katerinie joue Philippe, chanteur excentrique qui se retrouve coincé dans le village de son enfance par un étrange maléfice. Il retourne donc vivre dans la maison de ses parents et fait des balades nocturnes durant lesquelles il rencontre une jolie ornithologue. Paradoxalement, le film s'échine à essayer de nous faire croire que Philippe Katerine ne joue pas le rôle de Philippe Katerine ; or c'est bien le contraire qui se passe : on ne voit à l'écran que Katerine le chanteur. Je le dis d'autant que j'aime plutôt bien ce type (même son dernier album !), mais cela finit par être dérangeant, puisqu'on ne voit jamais percer le personnage derrière l'acteur. Je suis un no man's land ne se défait jamais de sa fascination un peu bête pour son héros. Le jeu lunaire et ahuri de ce dernier, s'il amuse au début, finit par agacer.

Ancien critique de cinéma, le réalisateur Thierry Jousse tente également d'installer un climat étrange, et ce dès la scène d'introduction complètement folle, où une groupie psychopathe du protagoniste l'invite chez lui et le retient enfermé. Dès lors, le spectateur est placé devant une alternative : embarquer dans le délire de l'acteur et du cinéaste, ou rester complètement à-côté et se sentir légèrement embarrassé... J'ai « choisi » la deuxième option. Il faut dire que Jousse ne nous facilite pas la tâche : bizarrerie forcée, rythme inexistant, tentatives de surréalisme improbables... Quelques effets font mouche, comme celui, simplissime, de la longue et fulgurante marche arrière de la voiture ; mais la plupart du temps, ils tombent à plat (le final d'une cucuterie terrifiante). La mise en scène est intéressante avec son découpage et ses cadrages singuliers, mais finit par produire une trop grande déréalisation et une mise à distance, qui desservent totalement le récit et provoque un profond inintérêt.

La comparaison est fatale, sur le thème de la malédiction temporelle et du retour du même, quand on se met à penser à Un jour sans fin, ou même au récent Quartier lointain avec Pascal Greggory. Je suis un no man's land se voudrait poétique et foufou, mais il n'est finalement que poseur, et même un peu condescendant dans son regard sur la ruralité. On retient tout de même le thème joliment traité de la relation entre un homme devenu adulte et ses parents qui sont parvenus sans problème à vivre sans lui - Jackie Berroyer et Aurore Clément sont ici de très beaux et émouvants personnages. En dehors de cela et d'une jolie scène où Katerine joue une bossa tout seul à la guitare, Je suis un no man's land s'avère terriblement raté. On n'y perçoit que les intentions du réalisateur (ce « grain de folie » qu'il voudrait se donner), mais aucune incarnation n'advient et le film suscite, il faut bien le dire, un terrible ennui.

Aurore Clément & Philippe Katerine. Sophie Dulac Distribution

[Bilan Festival d'Hiver : c'est mal barré pour Je suis un no man's land !]



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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 00:44

En préambule, je remercie Gérard Courant qui m'a personnellement envoyé plusieurs de ses films (tous auront droit à une note ici) et l'excellentissime Dr Orlof qui a rendu cela possible !

L'homme des roubines est le portrait d'un peu moins d'une heure que consacra en 2000 Gérard Courant à son ami Luc Moullet, génial cinéaste cinéphile et touche-à-tout. Moullet est un personnage totalement atypique, d'une intelligence et d'une drôlerie qui n'appartiennent qu'à lui, et le film parvient à retranscrire formellement cette personnalité à part. Il s'organise en une succession de séquences où Moullet part sur les traces de son histoire familiale et de ses films dans les paysages des Alpes du Sud où il a grandi et beaucoup tourné (le terme « roubines » désigne d'ailleurs des terres noires fortement érodées que l'on trouve dans cette région). Ce coq-à-l'âne permanent est particulièrement agréable et fécond.

Le réalisateur d'Une aventure de Billy le Kid délivre ici à la pelle d'inoubliables sentences absurdes, des aphorismes délirants, des anecdotes invraisemblables, des monologues pataphysiques sur la vie et sur le cinéma. Son humour pince-sans-rire fait mouche à chaque fois : impossible de ne pas rire quand, par exemple, il évoque avec flegme la scatophilie de sa grand-mère ! En même temps, ce que raconte Luc Moullet n'est jamais dénué de profondeur, de subtilité et parfois d'une certaine inquiétude, comme lorsqu'il parle de sa crainte de sombrer dans la folie, étant donné la proportion importante de fous dans sa famille – sujet apparemment sensible qu'il exploite dans son délicieux documentaire de 2009, La terre de la folie.

Avec L'homme des roubines, Gérard Courant réalise un film sur Luc Moullet et avec Luc Moullet. Les placements et déplacements de Moullet dans les espaces qu'il nous fait parcourir sont eux-mêmes sources de gags ou d'effets incongrus, qui rappellent qu'il est également un cinéaste et acteur burlesque (l'un des rares du cinéma français). Nous sommes littéralement invités à prendre place dans l'univers absurde de Luc Moullet, que Courant nous rend parfaitement accessible. On repère une probable communauté d'esprit entre les deux hommes, ce qui fait de L'homme des roubines un véritable « film à deux ». Un portrait passionnant, drôle et malin.


[Ma critique figure, parmi d'autres et plein d'infos intéressantes, sur la page du film du site officiel de Gérard Courant.]


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Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 17:00


 


Revenue hier du festival, j'ai un peu (beaucoup) de mal à me remettre de cette expérience complètement dingue, intense, passionnée.
En attendant, un récit plus développé, quelques photos et quelques critiques des films vus, vous pouvez faire un tour sur le blog de Pascale sur lequel elle a abondamment commenté le festival !

Voici donc le Palmarès du Festival (les deux premiers prix sont ceux que mes amis jurés et moi sommes parvenus à établir après plusieurs heures de délibérations !).

Grand Prix du Jury
Si Je Veux Siffler, Je Siffle (Roumanie) de Florin Serban

Prix Spécial du Jury
80 Jours (Espagne) de Jon Garano et Jose Mari Goenaga

Prix du Public
La Petite Chambre (Suisse) de Véronique Reymond et Stéphanie Chuat  

Prix des Lycéens
Oxygène (Belgique / Pays-Bas) de Hans Van Nuffel

Prix de la Meilleure Musique de film
Contracorriente (Pérou) de Javier Fuentes Leon

 

 

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Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 15:33
CONCOURS TERMINÉ !

Puisque ça semble bien marcher, je continue à vous refiler des places pour des films !  

Encore une fois grâce au Club 300 (au moins quelque chose qui fonctionne sur Allociné !), je vous propose de gagner deux places pour une projection parisienne de Paul, comédie de science-fiction réalisée par l'excellent Greg Mottola (Supergrave, Adventureland) qui aura lieu le 15 février prochain.

Si vous désirez gagner ces places, envoyez-moi un petit message en cliquant sur « Écrire à l'auteur » en haut à gauche de la page, et ceci avant le 14 février 2011 à midi. En espérant pouvoir faire plaisir à quelqu'un !

CONCOURS TERMINÉ !




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Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 22:24
Wild Bunch Distribution

Bertie, prince pas encore roi George VI d'Angleterre a un problème de taille, qui l'empêche d'honorer dignement sa fonction : il bégaye. Et pas qu'un peu. Après des essais infructueux avec tout un tas de thérapeutes, il rencontre un Australien irrévérencieux, Lionel Logue, qui l'aide à surmonter son handicap en en comprenant la source. Il y a aussi le frère de Bertie, qui s'entiche d'une femme de mauvaise vie, et la Seconde Guerre Mondiale qui menace d'exploser. Le premier film de cinéma de l'Anglais Tom Hooper, The King's speech, greffe avec habilité la petite histoire sur la grande (ou l'inverse ?). Il fait preuve d'un certain talent et déploie une reconstitution soignée jusque dans ses moindres détails : les décors et costumes sont somptueux. Pourtant, ils finissent pas exaspérer à force de « bon goût ». C'est d'ailleurs le problème du film dans son ensemble, bien fait, bien huilé, un beau produit terminé, mais duquel la vie et l'incarnation n'arrivent que trop rarement à émerger.

The King's speech avance de manière extrêmement prévisible, que ce soit sur le plan de l'intrigue ou sur celui de la mise en scène. Il faut cependant admettre qu'il est assez bien mené pour maintenir l'attention du spectateur et ne pas se moquer de lui. Sur le plan du plaisir ressenti, toutes les scènes de discussions/confrontations entre le roi et son thérapeute sont riches, drôles, émouvantes. The King's speech est à ce titre un très beau film d'amitié. Cela est dû avant tout à une rencontre assez formidable entre deux acteurs qui ne le sont pas moins : un Colin Firth en route pour l'Oscar, et qu'on est bien content de voir enfin reconnu à sa juste valeur, et (et j'ajouterai pour ma part « surtout ») le fantastique Geoffrey Rush, plein de malice et d'intelligence. Les scènes qui ne relèvent de ce dialogue entre deux acteurs/personnages splendides font donc malheureusement pâle figure. Exemplairement, il me semble qu'Helena Bonham Carter est sacrifiée : elle n'a qu'un personnage peu intéressant et peu développé à jouer.

Le thème de The King's speech est passionnant : le pouvoir de la parole, ce qu'on perd quand on ne la maîtrise pas. Si le film est intéressant, malgré quelques facilités (c'est un peu « la psychanalyse pour les nuls »), quand il traite ceci sur le plan individuel avec la lutte interne qui se joue entre l'esprit de Bertie et son corps indiscipliné, il en rate un peu une dimension collective qui n'est qu'effleurée. Dans une belle scène, Bertie et sa famille regardent les actualités et voient des images d'un discours d'Hitler. Elisabeth demande « qu'est-ce qu'il dit ? » et son père lui répond « je ne sais pas, mais il le dit très bien ». George VI ne sait pas parler, au contraire d'un Hitler à l'élocution et à l'éloquence « parfaites ». Ce qu'on dit à moins d'importance que la manière dont on le dit. Ces quelques pistes de commentaire sur l'ère de communication à laquelle nous vivons auraient pu enrichir le film, mais celui-ci reste malheureusement très consensuel et prend peu de risques.  

Colin Firth et Geoffrey Rush. Wild Bunch Distribution

Historiquement, je doute que le discours de George VI qui clôt le film ait eu l'importance qu'on lui donne ici, mais peu importe. La scène me semble surtout ratée dans sa totale absence de sobriété : surutilisation de la musique, gros plans insistants, symbolisme lourd. Plus que son académisme souvent pointé du doigt, je reprocherai à The King's speech son manque de subtilité et d'ambiguïté, qui m'empêche d'y adhérer totalement. Le film de Tom Hooper reste d'une grande efficacité, avec ce que ce terme recouvre de jugements positifs comme négatifs ; et perpétue une sorte de tradition de la « qualité anglaise » qui se distingue par son aspect soigné et surtout la présence d'acteurs absolument brillants.

[Bilan Festival d'Hiver : le film semble beaucoup plaire aux participants, et Colin Firth est d'emblée grand favori pour le prix d'interprétation!]


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Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 23:43
Warner Bros.

Ronnie Barnhart est le chef de la sécurité d'un centre commercial. Quand un exhibitionniste se met à faire des passages réguliers et que plusieurs vols ont lieu dans les magasins, il se trouve désemparé. Il va prendre très mal de voir un policier local (Ray Liotta) marcher sur ses plates-bandes. D'autant que sa vie à côté de cela n'est pas très joyeuse : il vit avec sa mère alcoolique et est amoureux de Brandi (Anna Faris), une jolie fille complètement barjo qui ne daigne pas le regarder. Sorti aux États-Unis en 2009 et passé totalement inaperçue dans nos contrées, Observe & report est une comédie grinçante et décalée qui étonne par son ton volontiers trash. Bien loin de l'esprit des productions Apatow, ce film de Gary Jones et Jody Hill (ce dernier étant également le créateur de la série Eastbound & down) porte un regard féroce sur ses personnages et n'hésitent pas à jouer la carte de la violence et de la grossièreté.

On assiste avant tout à un véritable one man show de Seth Rogen, ce qui est à la fois sa force et sa limite. Rogen joue un crétin fini, impulsif et violent voire psychotique, avec sa conviction et sa puissance comique habituelles. Cette composition de fou furieux donne son ton d'ensemble à Observe & report. Complètement hystérique, le film ne recule devant aucune provocation et appelle à rire de tout - drogue, sexe, crime – de manière parfois assez sordide. L'humour noir est partout et engendre des situations presque gênantes dans l'ambiguïté du rire qu'elles appellent. Cette gène est cependant souvent désamorcée par des effets des décalages qui créent une surenchère de comique. Film de la surenchère, donc, et par conséquent non exempt de lourdeurs (Anna Faris, par exemple, en fait des tonnes). L'utlisation des décors du centre commercial est relativement intéressante, créant un monde surréel où tout semble pourvoir arriver, comme une métaphore miniature et régressive de l'Amérique profonde.  

Portraits de paumés même pas attachants (à l'exception d'un personnage de jeune femme incarnée par Collette Wolfe), Observe & report monte en puissance jusqu'à un final tout de même réconciliateur où Ronnie retrouve son statut social et trouve l'amour... mais on ne sait pas réellement s'il faut s'en réjouir, et le film entretient cette ambiguïté. Un jeu de massacre limité mais drolatique, où Seth Rogen renouvelle avec bonheur son panel comique.

Seth Rogen. Warner Bros.


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Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 18:13

Depuis le 28 janvier et jusqu'au 7 février, se déroule à Annonay en Rhône-Alpes le 28ème Festival International du Premier Film.
Pourquoi est-ce que j'en parle ici ? Tout simplement parce que j'ai l'immense bhonneur (mélange astucieux entre bonheur et honneur que je viens d'inventer) d'avoir été sélectionnée comme MEMBRE DU JURY.
J'y serai donc présente de jeudi prochain le 3 jusqu'au lundi 7 afin de voir les huit films de la compétition en compagnie de sept autres jurés venus de toute la France, le tout sous la houlette du président du jury Nicolas Saada, ancien critique de cinéma et auteur en 2009 de l'excellent film Espion(s).

Les longs-métrages en compétition
- Beyond (Pernilla August, Suède) 
- Beyond the steppes (Vanja d'Alcantara, Belgique / Pologne)
- Contracorriente (Javier Fuentes-Léon, Pérou)
- La petite chambre (Stéphanie Chuat & Véronique Reymond, Suisse / Luxembourg)
- Oxygène / Adem (Hans Van Nuffel, Belgique / Pays-Bas)
- Si je veux siffler je siffle / If I want to whisle I whisle (Florin Serban, Roumanie)
- When we leave / Die Fremde (Feo Aladag, Allemagne)
- 80 jours / 80 egunean (Jon Garano & José Mari Goenaga, Espagne)


Le festival présente également une sélection de premiers films récents hors compétition : le très beau Un poison violent de Katell Quillévéré, le très drôle We are four lions de Chris Morris, l'intéressant Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert, entre autres.
Également au programme, un panorama du cinéma belge contemporain, une sélection sur le thème Artistes à l'écran, et beaucoup d'autres films !

Je ne sais pas dans quelle mesure j'aurai la possibilité de commenter le festival ici même (certainement peu de temps pour bloguer, et un « secret professionnel » de jurée à respecter) mais un compte-rendu  et les critiques de plusieurs films vus suivront (plus ou moins) rapidement.
Vous pouvez également suivre, si mes réflexions et mes expériences vous intéressent, mon compte twitter que j'alimenterai le plus possible.

Pour visiter le site du festival, c'est ici.


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Dimanche 30 janvier 2011 7 30 /01 /Jan /2011 19:29

Angèle et Tony est un premier film français. Ça se sent, se devine parfaitement dès que l'on a compris de quoi il retourne : il s'agit d'un drame minimaliste en milieu rural, avec comme personnages des gens modestes voire déclassés et une intrigue fondée principalement sur la difficulté des relations humaines. Alix Delaporte déploie un certain nombre d'attendus du « genre ». Cela dit, son film est parfaitement sincère et même assez beau.

Fraîchement sortie de prison, Angèle débarque dans un village de Normandie afin de vivre près de son fils dont elle n'a plus la garde. Elle s'installe chez Tony, marin pêcheur taiseux qui habite encore avec sa mère. Le film observe avec une grande douceur ces personnages s'approcher, se craindre, se désirer et enfin s'aimer. Situé dans une grise commune portuaire du Nord de la France et dans un milieu socialement défavorisé, jamais Angèle et Tony ne cède au misérabilisme, et la réalisatrice filme à hauteur d'humain, sans que l'on ait jamais l'impression d'un regard surplombant ou trop « déterministe ». Sensible, le point de vue évite également toute caricature et donne sa chance à chaque personnage : la mère de Tony, au départ envahissante et méfiante, s'adoucit et s'ouvre au fur et à mesure ; les grand-parents du fils d'Angèle qui se méfient d'elle ont leurs raisons et ne sont pas présentés comme des monstres.  

Cette énumération des défauts qu'Angèle et Tony parvient à éviter finit par pointer du même coup le manque de véritable personnalité du film, qui ne sort jamais vraiment de ses rails et finit par s'avérer prévisible sur le plan formel (filmage « à distance », cadre statique, importance donnée au silence). Cependant, la direction d'acteur constitue une vraie qualité du film, et sa plus-value. La toujours superbe Clotilde Hesme est assez troublante dans le rôle de l'insondable Angèle, au passé jamais clairement explicité. Quant à Grégory Gadebois, pensionnaire de la Comédie Française, il dégage une douceur et une fragilité émouvantes, derrière le corps massif de Tony, travailleur qui encaisse et se tait quand ses collègues protestent (scènes étonnantes de manifestations). Autour d'eux, plusieurs comédiens tout aussi remarquables, comme Evelyne Didi dans le rôle de la mère de Tony et Patrick Descamps, le grand-père.  

Bien qu'assez attendu et parfois un peu terne, Angèle et Tony est un film doux et subtil, empli d'un respect et d'une tendresse pour ses personnages qui en font la valeur.  

Evelyne Didi, Grégory Gadebois & Clotilde Hesme. Pyramide Distribution

[Première critique publiée ici dans le cadre du Festival d'Hiver ! Plutôt bien accueilli par les participants, Angèle et Tony se place bien pour les prix d'interprétation.]


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Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 18:57

Lisa (Reese Witherspoon) est une joueuse de soft ball de trente-et-un ans qui, découvrant sa non-sélection dans l'équipe nationale, se voit contrainte de se reconvertir. Tous ses repères s'effondrent et elle doit trouver quoi faire, désormais, de sa vie. Ce carrefour existentiel, auquel elle se trouve sans en avoir vraiment envie, est incarné par deux hommes : Matty (Owen Wilson), vedette du base-ball et George (Paul Rudd), un fils à papa embarqué dans une histoire d'escroquerie à laquelle il ne comprend rien. James L. Brooks, maître rare et discret de la comédie américaine, se tient au plus près de son héroïne, l'accompagne dans ses atermoiements et livre ainsi une comédie romantique délicate, drôle et troublante, moins superficielle qu'il n'y paraît.
 
Car Comment savoir se demande ce que s'est toujours demandé la comédie américaine depuis qu'elle existe : comment trouver le bonheur ? Et comment savoir, avant tout, si on est heureux ou pas ? Pour répondre à cette question essentielle, plus qu'entre deux hommes, Lisa doit choisir entre deux regards sur l'existence : entre optimisme et pessimisme, entre enthousiasme béat voire bébête et intelligence angoissée et incertaine. Substituant dans un geste sinon féministe, en tout cas « féminisant », la traditionnelle dualité entre la blonde et la brune à l'alternative blond/brun, James L. Brooks réalise un conte moral quasi rohmerien. Owen Wilson et Paul Rudd incarnent deux formes opposées de masculinité, ni l'une ni l'autre agressive ou caricaturale. D'ailleurs, si Lisa fait un choix à la fin, elle n'abandonne pas les possibilités offertes par la vie entrevue avec l'autre homme. J'essaie ici de ne pas dévoiler la fin de l'histoire (d'où la formulation un peu alambiquée), mais il faut bien avouer qu'on devine assez rapidement qui sera l'élu de l'héroïne. Néanmoins, Comment savoir vaut avant tout comme film d'hésitations, d'erreurs, de quête, de recherche du bonheur en somme.
 
Dans un livre passionnant consacré à la comédie de remariage américaine, le philosophe Stanley Cavell louent les films de ce genre pour leur attachement à la quête quotidienne et ordinaire du bonheur et leur philosophie (très américaine) du perfectionnisme. Les personnages des films qu'affectionnent Cavell se posent des questions pratiques telles que « est-ce que je vis comme je devrais vivre ? » ou même « pourquoi être en couple plutôt que tout seul ? ». Comment savoir n'a cessé de me faire songer à ces réflexions, présentes dans un ouvrage d'ailleurs intitulé À la recherche du bonheur. En bon adeptes du perfectionnisme, les personnages de Brooks cherchent non à faire le bien, mais à faire mieux – ceci est particulièrement incarné ici par le personnage d'Owen Wilson, un peu crétin mais tellement touchant dans sa volonté de s'améliorer et de comprendre ses errements et ses indélicatesses. De même pour l'héroïne qui s'échine à suivre les petites consignes pratiques qu'elle collectionne et colle sur le miroir de sa salle de bain (« se juger soi-même avant de juger les autres » etc.). Ce type de petits détails bien vus qui parcourent le film participe du plaisir immense et de l'impression d'authenticité que le film procure. De manière générale, tous les personnages sont traités avec un grand tact, chacun est attachant à sa manière, dans son obstination à rester soi-même tout en cherchant à composer avec les autres. Le regard porté sur eux par le cinéaste est d'une tendresse et d'une finesse rares.
 
Owen Wilson, Paul Rudd et Reese Witherspoon. Sony Pictures Releasing France

Comment savoir
est également une comédie excellemment jouée. Reese Witherspoon est adorable, espiègle et imprévisible. Autour d'elle, Owen Wilson, le seul acteur au monde à pouvoir rendre un niais surexcité aussi attachant, et jouer l'idiotie avec tant de douceur et de secrète inquiétude ; et Paul Rudd dans son meilleur rôle, avec son visage bouleversant un peu perdu et hésitant, plein d'appréhension. Finalement, c'est la partie Jack Nicholson qui intéresse le moins, l'acteur surjouant un numéro un peu prévisible dans le rôle du père sans scrupule de George – et on se fiche un peu de ses histoires d'arnaques financières. On ne croit pas trop, non plus, à ce personnage de petit salaud, certainement parce que Brooks préfère filmer ses héros fondamentalement bons et « perfectibles ». Pour autant, Comment savoir n'est en rien un film mièvre : au contraire il est d'une grande lucidité sur ce déchirement qui consiste à choisir quel genre de vie on veut mener, cette abîme de doutes qui est celle de la liberté et du bonheur mêmes. Une discrète mélancolie qui rehausse ce film par ailleurs sublimement dialogué et très drôle (les répliques crétines d'Owen Wilson, les scènes avec l'assistante de George, entre autres).
 
Comment savoir n'est pas une comédie hystérique ou agressive, il joue plutôt sur la sobriété et la douceur. L'accueil réservé à ce film me paraît relativement incompréhensible, la majorité des critiques ne prenant même pas la peine de voir ce qui est évident : la beauté du regard de cinéaste de James L. Brooks, la finesse dans l'écriture de ses personnages, et l'intelligence (au sens fort de « compréhension » et de « lucidité ») qui traverse le film. Comme si toutes les comédies romantiques se valaient en mièvrerie et en crétinerie, et qu'aucun regard singulier et original ne pouvait en sortir. Eh bien si, et James L. Brooks est l'auteur brillant de ce beau film qui est d'ores et déjà la meilleure comédie romantique de l'année.
 
[Une version charcutée de ce texte a été publiée dans le blog des lecteurs du site des Inrocks ici.]

45étoiles

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