Quantcast
Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 15:33
CONCOURS TERMINÉ !

Puisque ça semble bien marcher, je continue à vous refiler des places pour des films !  

Encore une fois grâce au Club 300 (au moins quelque chose qui fonctionne sur Allociné !), je vous propose de gagner deux places pour une projection parisienne de Paul, comédie de science-fiction réalisée par l'excellent Greg Mottola (Supergrave, Adventureland) qui aura lieu le 15 février prochain.

Si vous désirez gagner ces places, envoyez-moi un petit message en cliquant sur « Écrire à l'auteur » en haut à gauche de la page, et ceci avant le 14 février 2011 à midi. En espérant pouvoir faire plaisir à quelqu'un !

CONCOURS TERMINÉ !




Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 22:24
Wild Bunch Distribution

Bertie, prince pas encore roi George VI d'Angleterre a un problème de taille, qui l'empêche d'honorer dignement sa fonction : il bégaye. Et pas qu'un peu. Après des essais infructueux avec tout un tas de thérapeutes, il rencontre un Australien irrévérencieux, Lionel Logue, qui l'aide à surmonter son handicap en en comprenant la source. Il y a aussi le frère de Bertie, qui s'entiche d'une femme de mauvaise vie, et la Seconde Guerre Mondiale qui menace d'exploser. Le premier film de cinéma de l'Anglais Tom Hooper, The King's speech, greffe avec habilité la petite histoire sur la grande (ou l'inverse ?). Il fait preuve d'un certain talent et déploie une reconstitution soignée jusque dans ses moindres détails : les décors et costumes sont somptueux. Pourtant, ils finissent pas exaspérer à force de « bon goût ». C'est d'ailleurs le problème du film dans son ensemble, bien fait, bien huilé, un beau produit terminé, mais duquel la vie et l'incarnation n'arrivent que trop rarement à émerger.

The King's speech avance de manière extrêmement prévisible, que ce soit sur le plan de l'intrigue ou sur celui de la mise en scène. Il faut cependant admettre qu'il est assez bien mené pour maintenir l'attention du spectateur et ne pas se moquer de lui. Sur le plan du plaisir ressenti, toutes les scènes de discussions/confrontations entre le roi et son thérapeute sont riches, drôles, émouvantes. The King's speech est à ce titre un très beau film d'amitié. Cela est dû avant tout à une rencontre assez formidable entre deux acteurs qui ne le sont pas moins : un Colin Firth en route pour l'Oscar, et qu'on est bien content de voir enfin reconnu à sa juste valeur, et (et j'ajouterai pour ma part « surtout ») le fantastique Geoffrey Rush, plein de malice et d'intelligence. Les scènes qui ne relèvent de ce dialogue entre deux acteurs/personnages splendides font donc malheureusement pâle figure. Exemplairement, il me semble qu'Helena Bonham Carter est sacrifiée : elle n'a qu'un personnage peu intéressant et peu développé à jouer.

Le thème de The King's speech est passionnant : le pouvoir de la parole, ce qu'on perd quand on ne la maîtrise pas. Si le film est intéressant, malgré quelques facilités (c'est un peu « la psychanalyse pour les nuls »), quand il traite ceci sur le plan individuel avec la lutte interne qui se joue entre l'esprit de Bertie et son corps indiscipliné, il en rate un peu une dimension collective qui n'est qu'effleurée. Dans une belle scène, Bertie et sa famille regardent les actualités et voient des images d'un discours d'Hitler. Elisabeth demande « qu'est-ce qu'il dit ? » et son père lui répond « je ne sais pas, mais il le dit très bien ». George VI ne sait pas parler, au contraire d'un Hitler à l'élocution et à l'éloquence « parfaites ». Ce qu'on dit à moins d'importance que la manière dont on le dit. Ces quelques pistes de commentaire sur l'ère de communication à laquelle nous vivons auraient pu enrichir le film, mais celui-ci reste malheureusement très consensuel et prend peu de risques.  

Colin Firth et Geoffrey Rush. Wild Bunch Distribution

Historiquement, je doute que le discours de George VI qui clôt le film ait eu l'importance qu'on lui donne ici, mais peu importe. La scène me semble surtout ratée dans sa totale absence de sobriété : surutilisation de la musique, gros plans insistants, symbolisme lourd. Plus que son académisme souvent pointé du doigt, je reprocherai à The King's speech son manque de subtilité et d'ambiguïté, qui m'empêche d'y adhérer totalement. Le film de Tom Hooper reste d'une grande efficacité, avec ce que ce terme recouvre de jugements positifs comme négatifs ; et perpétue une sorte de tradition de la « qualité anglaise » qui se distingue par son aspect soigné et surtout la présence d'acteurs absolument brillants.

[Bilan Festival d'Hiver : le film semble beaucoup plaire aux participants, et Colin Firth est d'emblée grand favori pour le prix d'interprétation!]


Publié dans : Nouveautés
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 23:43
Warner Bros.

Ronnie Barnhart est le chef de la sécurité d'un centre commercial. Quand un exhibitionniste se met à faire des passages réguliers et que plusieurs vols ont lieu dans les magasins, il se trouve désemparé. Il va prendre très mal de voir un policier local (Ray Liotta) marcher sur ses plates-bandes. D'autant que sa vie à côté de cela n'est pas très joyeuse : il vit avec sa mère alcoolique et est amoureux de Brandi (Anna Faris), une jolie fille complètement barjo qui ne daigne pas le regarder. Sorti aux États-Unis en 2009 et passé totalement inaperçue dans nos contrées, Observe & report est une comédie grinçante et décalée qui étonne par son ton volontiers trash. Bien loin de l'esprit des productions Apatow, ce film de Gary Jones et Jody Hill (ce dernier étant également le créateur de la série Eastbound & down) porte un regard féroce sur ses personnages et n'hésitent pas à jouer la carte de la violence et de la grossièreté.

On assiste avant tout à un véritable one man show de Seth Rogen, ce qui est à la fois sa force et sa limite. Rogen joue un crétin fini, impulsif et violent voire psychotique, avec sa conviction et sa puissance comique habituelles. Cette composition de fou furieux donne son ton d'ensemble à Observe & report. Complètement hystérique, le film ne recule devant aucune provocation et appelle à rire de tout - drogue, sexe, crime – de manière parfois assez sordide. L'humour noir est partout et engendre des situations presque gênantes dans l'ambiguïté du rire qu'elles appellent. Cette gène est cependant souvent désamorcée par des effets des décalages qui créent une surenchère de comique. Film de la surenchère, donc, et par conséquent non exempt de lourdeurs (Anna Faris, par exemple, en fait des tonnes). L'utlisation des décors du centre commercial est relativement intéressante, créant un monde surréel où tout semble pourvoir arriver, comme une métaphore miniature et régressive de l'Amérique profonde.  

Portraits de paumés même pas attachants (à l'exception d'un personnage de jeune femme incarnée par Collette Wolfe), Observe & report monte en puissance jusqu'à un final tout de même réconciliateur où Ronnie retrouve son statut social et trouve l'amour... mais on ne sait pas réellement s'il faut s'en réjouir, et le film entretient cette ambiguïté. Un jeu de massacre limité mais drolatique, où Seth Rogen renouvelle avec bonheur son panel comique.

Seth Rogen. Warner Bros.


Publié dans : En bref
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Lundi 31 janvier 2011 1 31 /01 /Jan /2011 18:13

Depuis le 28 janvier et jusqu'au 7 février, se déroule à Annonay en Rhône-Alpes le 28ème Festival International du Premier Film.
Pourquoi est-ce que j'en parle ici ? Tout simplement parce que j'ai l'immense bhonneur (mélange astucieux entre bonheur et honneur que je viens d'inventer) d'avoir été sélectionnée comme MEMBRE DU JURY.
J'y serai donc présente de jeudi prochain le 3 jusqu'au lundi 7 afin de voir les huit films de la compétition en compagnie de sept autres jurés venus de toute la France, le tout sous la houlette du président du jury Nicolas Saada, ancien critique de cinéma et auteur en 2009 de l'excellent film Espion(s).

Les longs-métrages en compétition
- Beyond (Pernilla August, Suède) 
- Beyond the steppes (Vanja d'Alcantara, Belgique / Pologne)
- Contracorriente (Javier Fuentes-Léon, Pérou)
- La petite chambre (Stéphanie Chuat & Véronique Reymond, Suisse / Luxembourg)
- Oxygène / Adem (Hans Van Nuffel, Belgique / Pays-Bas)
- Si je veux siffler je siffle / If I want to whisle I whisle (Florin Serban, Roumanie)
- When we leave / Die Fremde (Feo Aladag, Allemagne)
- 80 jours / 80 egunean (Jon Garano & José Mari Goenaga, Espagne)


Le festival présente également une sélection de premiers films récents hors compétition : le très beau Un poison violent de Katell Quillévéré, le très drôle We are four lions de Chris Morris, l'intéressant Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert, entre autres.
Également au programme, un panorama du cinéma belge contemporain, une sélection sur le thème Artistes à l'écran, et beaucoup d'autres films !

Je ne sais pas dans quelle mesure j'aurai la possibilité de commenter le festival ici même (certainement peu de temps pour bloguer, et un « secret professionnel » de jurée à respecter) mais un compte-rendu  et les critiques de plusieurs films vus suivront (plus ou moins) rapidement.
Vous pouvez également suivre, si mes réflexions et mes expériences vous intéressent, mon compte twitter que j'alimenterai le plus possible.

Pour visiter le site du festival, c'est ici.


Publié dans : Evénements
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Dimanche 30 janvier 2011 7 30 /01 /Jan /2011 19:29

Angèle et Tony est un premier film français. Ça se sent, se devine parfaitement dès que l'on a compris de quoi il retourne : il s'agit d'un drame minimaliste en milieu rural, avec comme personnages des gens modestes voire déclassés et une intrigue fondée principalement sur la difficulté des relations humaines. Alix Delaporte déploie un certain nombre d'attendus du « genre ». Cela dit, son film est parfaitement sincère et même assez beau.

Fraîchement sortie de prison, Angèle débarque dans un village de Normandie afin de vivre près de son fils dont elle n'a plus la garde. Elle s'installe chez Tony, marin pêcheur taiseux qui habite encore avec sa mère. Le film observe avec une grande douceur ces personnages s'approcher, se craindre, se désirer et enfin s'aimer. Situé dans une grise commune portuaire du Nord de la France et dans un milieu socialement défavorisé, jamais Angèle et Tony ne cède au misérabilisme, et la réalisatrice filme à hauteur d'humain, sans que l'on ait jamais l'impression d'un regard surplombant ou trop « déterministe ». Sensible, le point de vue évite également toute caricature et donne sa chance à chaque personnage : la mère de Tony, au départ envahissante et méfiante, s'adoucit et s'ouvre au fur et à mesure ; les grand-parents du fils d'Angèle qui se méfient d'elle ont leurs raisons et ne sont pas présentés comme des monstres.  

Cette énumération des défauts qu'Angèle et Tony parvient à éviter finit par pointer du même coup le manque de véritable personnalité du film, qui ne sort jamais vraiment de ses rails et finit par s'avérer prévisible sur le plan formel (filmage « à distance », cadre statique, importance donnée au silence). Cependant, la direction d'acteur constitue une vraie qualité du film, et sa plus-value. La toujours superbe Clotilde Hesme est assez troublante dans le rôle de l'insondable Angèle, au passé jamais clairement explicité. Quant à Grégory Gadebois, pensionnaire de la Comédie Française, il dégage une douceur et une fragilité émouvantes, derrière le corps massif de Tony, travailleur qui encaisse et se tait quand ses collègues protestent (scènes étonnantes de manifestations). Autour d'eux, plusieurs comédiens tout aussi remarquables, comme Evelyne Didi dans le rôle de la mère de Tony et Patrick Descamps, le grand-père.  

Bien qu'assez attendu et parfois un peu terne, Angèle et Tony est un film doux et subtil, empli d'un respect et d'une tendresse pour ses personnages qui en font la valeur.  

Evelyne Didi, Grégory Gadebois & Clotilde Hesme. Pyramide Distribution

[Première critique publiée ici dans le cadre du Festival d'Hiver ! Plutôt bien accueilli par les participants, Angèle et Tony se place bien pour les prix d'interprétation.]


Publié dans : Nouveautés
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 18:57

Lisa (Reese Witherspoon) est une joueuse de soft ball de trente-et-un ans qui, découvrant sa non-sélection dans l'équipe nationale, se voit contrainte de se reconvertir. Tous ses repères s'effondrent et elle doit trouver quoi faire, désormais, de sa vie. Ce carrefour existentiel, auquel elle se trouve sans en avoir vraiment envie, est incarné par deux hommes : Matty (Owen Wilson), vedette du base-ball et George (Paul Rudd), un fils à papa embarqué dans une histoire d'escroquerie à laquelle il ne comprend rien. James L. Brooks, maître rare et discret de la comédie américaine, se tient au plus près de son héroïne, l'accompagne dans ses atermoiements et livre ainsi une comédie romantique délicate, drôle et troublante, moins superficielle qu'il n'y paraît.
 
Car Comment savoir se demande ce que s'est toujours demandé la comédie américaine depuis qu'elle existe : comment trouver le bonheur ? Et comment savoir, avant tout, si on est heureux ou pas ? Pour répondre à cette question essentielle, plus qu'entre deux hommes, Lisa doit choisir entre deux regards sur l'existence : entre optimisme et pessimisme, entre enthousiasme béat voire bébête et intelligence angoissée et incertaine. Substituant dans un geste sinon féministe, en tout cas « féminisant », la traditionnelle dualité entre la blonde et la brune à l'alternative blond/brun, James L. Brooks réalise un conte moral quasi rohmerien. Owen Wilson et Paul Rudd incarnent deux formes opposées de masculinité, ni l'une ni l'autre agressive ou caricaturale. D'ailleurs, si Lisa fait un choix à la fin, elle n'abandonne pas les possibilités offertes par la vie entrevue avec l'autre homme. J'essaie ici de ne pas dévoiler la fin de l'histoire (d'où la formulation un peu alambiquée), mais il faut bien avouer qu'on devine assez rapidement qui sera l'élu de l'héroïne. Néanmoins, Comment savoir vaut avant tout comme film d'hésitations, d'erreurs, de quête, de recherche du bonheur en somme.
 
Dans un livre passionnant consacré à la comédie de remariage américaine, le philosophe Stanley Cavell louent les films de ce genre pour leur attachement à la quête quotidienne et ordinaire du bonheur et leur philosophie (très américaine) du perfectionnisme. Les personnages des films qu'affectionnent Cavell se posent des questions pratiques telles que « est-ce que je vis comme je devrais vivre ? » ou même « pourquoi être en couple plutôt que tout seul ? ». Comment savoir n'a cessé de me faire songer à ces réflexions, présentes dans un ouvrage d'ailleurs intitulé À la recherche du bonheur. En bon adeptes du perfectionnisme, les personnages de Brooks cherchent non à faire le bien, mais à faire mieux – ceci est particulièrement incarné ici par le personnage d'Owen Wilson, un peu crétin mais tellement touchant dans sa volonté de s'améliorer et de comprendre ses errements et ses indélicatesses. De même pour l'héroïne qui s'échine à suivre les petites consignes pratiques qu'elle collectionne et colle sur le miroir de sa salle de bain (« se juger soi-même avant de juger les autres » etc.). Ce type de petits détails bien vus qui parcourent le film participe du plaisir immense et de l'impression d'authenticité que le film procure. De manière générale, tous les personnages sont traités avec un grand tact, chacun est attachant à sa manière, dans son obstination à rester soi-même tout en cherchant à composer avec les autres. Le regard porté sur eux par le cinéaste est d'une tendresse et d'une finesse rares.
 
Owen Wilson, Paul Rudd et Reese Witherspoon. Sony Pictures Releasing France

Comment savoir
est également une comédie excellemment jouée. Reese Witherspoon est adorable, espiègle et imprévisible. Autour d'elle, Owen Wilson, le seul acteur au monde à pouvoir rendre un niais surexcité aussi attachant, et jouer l'idiotie avec tant de douceur et de secrète inquiétude ; et Paul Rudd dans son meilleur rôle, avec son visage bouleversant un peu perdu et hésitant, plein d'appréhension. Finalement, c'est la partie Jack Nicholson qui intéresse le moins, l'acteur surjouant un numéro un peu prévisible dans le rôle du père sans scrupule de George – et on se fiche un peu de ses histoires d'arnaques financières. On ne croit pas trop, non plus, à ce personnage de petit salaud, certainement parce que Brooks préfère filmer ses héros fondamentalement bons et « perfectibles ». Pour autant, Comment savoir n'est en rien un film mièvre : au contraire il est d'une grande lucidité sur ce déchirement qui consiste à choisir quel genre de vie on veut mener, cette abîme de doutes qui est celle de la liberté et du bonheur mêmes. Une discrète mélancolie qui rehausse ce film par ailleurs sublimement dialogué et très drôle (les répliques crétines d'Owen Wilson, les scènes avec l'assistante de George, entre autres).
 
Comment savoir n'est pas une comédie hystérique ou agressive, il joue plutôt sur la sobriété et la douceur. L'accueil réservé à ce film me paraît relativement incompréhensible, la majorité des critiques ne prenant même pas la peine de voir ce qui est évident : la beauté du regard de cinéaste de James L. Brooks, la finesse dans l'écriture de ses personnages, et l'intelligence (au sens fort de « compréhension » et de « lucidité ») qui traverse le film. Comme si toutes les comédies romantiques se valaient en mièvrerie et en crétinerie, et qu'aucun regard singulier et original ne pouvait en sortir. Eh bien si, et James L. Brooks est l'auteur brillant de ce beau film qui est d'ores et déjà la meilleure comédie romantique de l'année.
 
[Une version charcutée de ce texte a été publiée dans le blog des lecteurs du site des Inrocks ici.]

45étoiles

Publié dans : Nouveautés
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Mardi 25 janvier 2011 2 25 /01 /Jan /2011 18:17

CYCLE ARTHURIEN 10/10

Pour achever le cycle (snif!), un film récent qui dépouille le mythe d'Arthur de toute sa dimension... mythique, justement. La prétention du réalisateur Antoine Fuqua est de revenir aux origines historiques de la légende arthurienne. Un sérieux revendiqué dès les cartons du début (on nous annonce la « vraie histoire ») et qui se maintient tout au long du film. Le scénario se fonde sur de prétendues recherches historiques récentes mais aussi sur une réalité connue des spécialistes du mythe d'Arthur : les aventures de la Table Ronde prennent place dans une période qui va de la toute fin de l'Antiquité au début du Haut Moyen-Âge. L'Empire Romain d'Occident est proche de sa chute, et ce qui ne s'appelle pas encore la Grande-Bretagne s'émancipe peu à peu de la tutelle de ce dernier. King Arthur se déroule donc à l'ère où le personnage éponyme et ses amis sont supposés avoir vécus, et non au Bas Moyen-Âge, époque où les récits majeurs de leurs aventures ont été écrits.

Ce postulat est particulièrement intéressant et rafraîchissant pour qui vient de regarder neuf autres films où décors et costumes sont ceux du XIIIème ou du XIVème siècle. King Arthur est en fait un film à la limite du péplum ! Une vision originale et déroutante du mythe, qui ne laisse guère de place à la magie - comme en témoigne l'épisode de l'épée dans l'enclume, casé en passant, dans un minuscule flashback sans intérêt. En outre, on reconnaît à peine les personnages d'origine : Guenièvre est une « maiden warrior » douée pour le combat, Merlin est un chef de guerre et le père de cette dernière (!), Lancelot est un chevalier parmi d'autres. En effet le film d'Antoine Fuqua se voulant plus ou moins « réaliste », il fait le récit de batailles, de conquêtes et de luttes de pouvoir mais laisse de côté toutes les grandes intrigues arthuriennes d'origine : le fameux triangle amoureux, la quête du Graal, Morgane, Merlin et Viviane... Malheureusement, il leur substitue un scénario assez banal de film de guerre où Arthur hésite dans son allégeance à Rome et se bat pour la liberté de son peuple. Ce choix intéressant de racler le mythe jusqu'à l'os est paradoxal car il crée un déficit de récit. On a du mal à se passionner pour une intrigue aussi faible et peu incarnée (les personnages peinent à emporter l'adhésion).  

Fuqua recherche un certain réalisme historique et traite parfois habilement des enjeux de l'époque : émancipation de la Grande Bretagne par rapport à Rome, victoire du christianisme sur le paganisme... Il n'est de plus pas sans talent et livre quelques beaux morceaux de mise en scène, comme une bataille sur la neige et la glace, et une scène d'amour assez troublante (avec cette plus value que les interprètes sont plastiquement superbes : Keira Knightley, et Clive Owen qui a rarement été aussi beau). Si le film manque un peu de puissance romanesque, il faut rendre grâce à la superbe musique de Hans Zimmer qui parvient à lui insuffler la dimension épique qui lui manque parfois. Une vue intéressante sur la légende mais dont les partis pris ne convainquent pas toujours. 




Publié dans : En bref
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 01:03

CYCLE ARTHURIEN 9/10

Film d'aventure (plus précisément, de cape et d'épée) américain typique de la production des années 1950, Prince Vaillant est l'œuvre de Henry Hathaway, réalisateur du merveilleux Peter Ibbeston en 1935 et plus tard du western True grit, dont le remake par les frères Coen sort bientôt. Si le film s'inscrit dans la geste arthurienne, il ne traite pas directement de ses thématiques (quête du Graal, conquête du trône de Bretagne, amours adultérines et incestueuses...) puisqu'il regarde le mythe « de côté » en s'intéressant à un destin parallèle à celui d'Arthur et de ses chevaliers : celui d'un prince nordique en exil qui se réfugie à Camelot. C'est le Vaillant du titre.

Adaptée d'une bande dessinée américaine (ce que rappelle le beau générique), l'histoire du Prince Vaillant est un récit initiatique : celui-ci apprend la chevalerie auprès de Sir Gauvain, et l'amour auprès de la belle Ilene. Ici, pas de grande épopée, donc, mais simplement une intrigue « domestique » : les rivalités dans la Table Ronde, les tournois, la santé de Gauvain, l'apprentissage de Vaillant, et les amours de tout ce beau monde ! Ce traitement « en dessous » du mythe arthurien, le tire de l'épique vers le rocambolesque. C'est même, en réalité, l'intrigue sentimentale qui intéresse le plus, avec ses quiproquos et ses revirements qui évoquent par bribes les comédies romantiques de l'âge d'or, avec le quatuor amoureux formé par Vaillant, Gauvain et deux charmantes sœurs (Janet Leigh et Debra Paget).

Sur le plan de la forme, comme on pouvait s'y attendre, le film est assez terriblement vieilli, en tout cas dans l'imagerie qu'il déploie. Il l'est tout de même moins que Les chevaliers de la Table Ronde de R. Thorpe (tourné un an auparavant). C'est qu'à mon sens Prince Vaillant est moins « empesé », à la fois formellement et thématiquement - il n'embrasse pas de grands sujets, à l'exception, au passage, de la lutte entre les gentils chrétiens et les méchants païens. Très soigné et agréable pour les yeux (les couleurs chatoyantes, l'utilisation intelligente du Cinemascope), le film offre également quelques très beaux morceaux de bravoures. Ainsi de cette longue plage muette de traque et de combat, vers le début du film, rythmée uniquement par la musique et le montage. La bataille finale dans le château viking est également remarquable. L'interprétation est au diapason de ce premier degré et de ce sérieux qu'il faut saluer. Si l'on passe outre la coupe de cheveux improbable et grotesque de Robert Wagner, Prince Vaillant se révèle un divertissement soigné et honorable.




Publié dans : Derrière les fagots
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Vendredi 21 janvier 2011 5 21 /01 /Jan /2011 09:45

CONCOURS TERMINÉ !

Avis à mes lecteurs parisiens
(ou se trouvant sur Paris la semaine prochaine!) :
Ma qualité de membre éminente (ou pas) du Club 300 Allociné me permet de faire gagner à l'un d'entre vous 2 places pour la projection privée organisée par ledit club le 26 janvier prochain, sur Paris. Il s'agira de la diffusion du film Le discours d'un roi, de Tom Hooper, avec Colin Firth et Geoffrey Rush dans les rôles principaux.

Si vous désirez gagner ces places, envoyez-moi un petit message en cliquant sur « Écrire à l'auteur » en haut à gauche, et ceci avant le 24 janvier 2011 au soir. En espérant pouvoir faire plaisir à quelqu'un !

Wild Bunch Distribution

CONCOURS TERMINÉ !




Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Vendredi 21 janvier 2011 5 21 /01 /Jan /2011 00:25


David Miller connaît, depuis l'âge de neuf ans, le jour de sa mort. Il sait qu'il mourra peu avant ses trente-quatre ans, il le sent, il le voit, il le décide. Peu avant sa mort programmée, il se lance dans un « bilan » de ses souvenirs. De là démarre un voyage à la fois abstrait et concret que Lionel Baier, jeune cinéaste suisse auteur en 2008 du magnifique Un autre homme, filme avec l'équipe de tournage la plus réduite qui soit : juste lui et son téléphone portable. Réalisé en un mois sur une commande du festival de Locarno, Low cost (Claude Jutra) est une sorte de collage, un film de poche, un carnet, une œuvre en train de se faire. D'où sa structure labyrinthique visitant par petites touches les confins de la mémoire de son protagoniste.

« Je ne veux pas mourir là où je suis né, ça n'a rien d'épique, c'est complètement pathétique ». David décide ainsi de voyager - sur des compagnies low cost, évidemment. La voix off du narrateur (superbement écrite) nous emporte dans un vertigineux monologue intérieur qui parle du corps, des souvenirs, de la mort, de l'identité. Que reste-t-il de nous à la veille de notre mort ? Voilà la question que se posent le personnage et le cinéaste. Malade d'on ne sait quelle maladie, David Miller part à la rencontre de proches (un ami suicidée, un ex petit ami, sa mère) et d'inconnus. Low cost (Claude Jutra) nous amène à réfléchir sur la nature et l'importance prétendue des « derniers instants », les dernières fois où l'on a fait ceci ou cela, où l'on a parlé à telle personne, où l'on a visité tel lieu...

Pourquoi « Claude Jutra » ? Parce que le protagoniste développe une étrange obsession pour ce cinéaste québécois suicidé il y a plus de vingt ans, avec dans la poche un papier sur lequel était inscrit ces quelques mots « Je suis Claude Jutra ». Low cost intrigue sans cesse et interroge sur sa nature : autoportrait du réalisateur (Lionel Baier), portrait du personnage (David Miller), portrait d'un être réel (Claude Jutra) ? Le film n'est jamais complaisant, solennel ou pompeux malgré la gravité de son sujet. Il rappelle la démarche des récents journaux filmés d'Alain Cavalier ou de ceux de Joseph Morder, sauf qu'il s'agit d'une fiction. Low cost, c'est une collection de visions terribles, légères, cruelles, profondes, charmantes - parfois bouleversantes, comme ces retrouvailles sublimes avec un ex petit-ami filmé de près avec un regard à la fois amoureux et distant.

Nous sommes la sommes de tous nous souvenirs, voilà l'élégiaque leçon de ce film rare et beau. À la fois quotidien (Baier s'attarde sur des petits gestes, des objets de tous les jours) et métaphysique dans sa réflexion sur la mort et la mémoire, c'est aussi un commentaire sur le monde contemporain. Ce dernier semble se caractériser par une dévaluation de la vie, qu'il s'agit de combattre à chaque instant. Mu par la peur de perdre du temps et de ne pas vivre, le film suit les fluctuations de la pensée de son personnage : « Je ne vois pas ce qu'il y a de brillant à mourir jeune, je vois pas ce qu'il y a d'héroïque à disparaître alors qu'on est à peine apparu aux autres, alors moi pour éviter cet écueil, j'ai vécu trois vies à la fois, je les ai empilées les unes sur les autres ». Ce court film (cinquante-cinq minutes) sacrément low cost, « fait à la main » par Lionel Baier, est un petit miracle en basse définition.


Bon plan pour les couche-tard et les curieux : Le film est disponible en VOD jusqu'au 6 février 2011, uniquement de 22h30 à 4h du matin, à cette adresse : http://www.tsr.ch/fiction/2010/low-cost/  



Publié dans : Derrière les fagots
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Recherche

GOIN' TO THE MOVIES

Blog de critiques cinéma d'Anna M.

«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)

Derniers Commentaires

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés