
Revenons au film dont il est question aujourd'hui : Funny people est l'histoire d'un comique célèbre (Adam Sandler) qui se découvre soudain gravement malade, d'une forme de leucémie, et qui sait qu'il lui reste peu de temps à vivre. Son tempérament devient de plus en plus sinistre et, en panne d'inspiration, il fait appel à un aspirant comique (Seth Rogen) aperçu dans un comedy club pour lui écrire des textes. Apatow s'interroge sur la nature-même du rire en nous plongeant dans l'univers des comedy clubs remplis de types qui passe leur temps à écrire compulsivement des gags sur des bouts de papier ou à les lâcher, hésitants, devant un public pas toujours conquis. Funny people, c'est également un film sur un comique qui ne parvient plus à l'être (on peut douter qu'il l'est jamais vraiment été vu la teneur de ses films dont on voit quelques extraits consternants !) et sur des comiques qui essaient de l'être mais n'y arrivent pas toujours. D'où une accumulation de vannes foireuses ou déplacées, qui tentent de faire rire parce que justement, elles ne sont pas drôles. Le pari est osé, et réussi.

Le personnage central, celui d'Adam Sandler est assez antipathique belle audace là aussi. Mais il reste digne et attachant, à aucun moment la cruauté du cinéaste à son égard ne devient humiliation. Sandler joue un type immature, arrogant et soudain mélancolique, hanté par les fantômes de sa jeunesse. Je n'ai jamais beaucoup aimé ce mec sans âge et un peu lourdingue mais ici il est bizarrement superbe, parvenant à suinter la mélancolie, le doute et le regret éternel des occasions manqués. Le personnage de l'adorable Seth Rogen remporte davantage l'adhésion du spectateur, dans un rôle de gentil loser entouré de sa bande de potes crétins mais attachants, qui ne cessent de parler de leur bite mais ne couchent jamais avec une nana (à part Jason Schwartzman, qui lui est acteur dans une sitcom pas drôle). Mais cette comédie volontiers satyrique aux dialogues brillamment écrits n'en est pas qu'une (de comédie), c'est aussi un drame un peu âpre, difficile, où le rire se double souvent d'une certaine cruauté.

Si l'on s'attend à un Apatow « geek buddies » dans la lignée des comédies (quasiment toutes très drôles) qu'il produit à la pelle depuis quelques années, il y a risque d'être quelque peu décontenancé, surtout dans la deuxième moitié, la partie mélodrame, du film. Avec Funny people, Apatow va au fond de ses problématiques, de ses inquiétudes existentielles, et c'est ce qui fait de sa comédie par ailleurs très drôle, un film précieux et poignant, souvent même troublant. Le film est très profond notamment sur l'amitié : celle très étrange, qui se noue entre le comique en panne d'inspiration et le petit nouveau qui cherche en lui un mentor, et qui ne deviendra effective qu'à la fin, où l'un apprendra enfin à donner, et l'autre à recevoir. possède ce côté déceptif, qui est aussi ce qui fait de lui une uvre absolument passionnante. Dans On peut éventuellement reprocher à ce Funny people quelques longueurs, surtout vers la fin. C'est comme si le personnage de Sandler voulait encore faire durer, trop longtemps, le bonheur qu'il a plus ou moins retrouvé. Et que le spectateur veuille mettre fin, comme le personnage de Rogen, à cette mascarade qui ne peut que mal se terminer. Ce faux rythme est relativement intéressant, et les changements de ton réguliers qu'il induit, également.
Il faut aussi mentionner une bande son excellentissime ; et l'apparition du grand James Taylor, qui chante Carolina in my mind mais se voit aussi gratifié d'un petit échange hilarant avec Seth Rogen : « Vous n'en avez pas marre de toujours jouer les mêmes chansons ? - Et vous, vous n'en avez pas marre de toujours parler de vos bites ? ». Il y aurait tant à dire sur cette comédie à nulle autre pareille qui pose des questions essentielles et bouleversantes... Terminons simplement en louant à la fois sa drôlerie et sa profondeur, sa capacité à dire que « Le temps d'apprendre à vivre, il est déjà trop tard », tout en affirmant que de cela, on peut toujours se remettre au moins un peu. Par le rire ?
























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