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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 14:31

FESTIVAL DE CANNES 2012 - Un Certain Regard

 

Selon que l'on sache ou pas en quoi consiste le fait divers dont le Belge Joachim Lafosse a tiré le scénario de son dernier film, il y a de fortes chances pour que l'impression laissée par À perdre la raison soit radicalement différente. Le film démarre comme la chronique d'un amour banal mais beau entre deux trentenaires, Emilie Dequenne et Tahar Rahim, dont les relations vont rapidement être compliquées par la figure très envahissante du père adoptif de ce dernier (Niels Arestrup).

La progression dramatique d'À perdre la raison est remarquable. Alors que l'on commence au bout d'un moment à se demander où cette histoire va bien nous mener, l'attention est maintenue par une tension permanente, une montée en puissance extrêmement bien orchestrée par le cinéaste. Trop bien peut-être : le film devient à terme un peu trop programmatique, et probablement davantage si l'on sait de quelle terrible histoire est adapté le film. La linéarité est ici à la fois une faiblesse et une force : l'intrigue est péniblement prévisible, mais troublante parce qu'inéluctable.


http://photo.parismatch.com/media/photos2/5-photos-festival-de-cannes/un-certain-regard2/a-perdre-la-raison2/4768163-1-fre-FR/a-perdre-la-raison2_galleryphoto_paysage_std.jpg

 

Tandis que la vie familiale devient un carcan étouffant et que l’héroïne sombre progressivement et de manière très réaliste dans la maladie mentale, on sent imperceptiblement que le film ne pourra s'achever que dans l'horreur. L'écriture très fine des personnages y est pour beaucoup, ainsi que l'interprétation de haute volée. Dequenne est sublime, toute de fébrilité et de douleur rentrée. Quant à Rahim et Arestrup, ils rejouent sur un mode mineur leurs liens père-fils très ambigus déjà tissés dans Un prophète de Jacques Audiard.

Les personnages restent tous dignes, même si Lafosse se place nettement du côté des femmes ; il accompagne avec empathie chaque pas de son héroïne. Il nous fait vivre l’oppression, l'étouffement qu'elle ressent, entourée de ces hommes aux personnalités toxiques et perverses. Tout en restant simple et discret dans sa mise en scène, le réalisateur parvient à des moments de grâce, tels l'avant-dernier plan, absolument saisissant et bouleversant. Une œuvre très maîtrisée et fascinante.

 

35étoiles

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