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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 20:00
Action Cinémas / Théâtre du Temple

Paris, 1960. Michel doit bientôt partir en Algérie pour faire son service. En attendant, il travaille comme machiniste à la télévision, ce qui lui permet de faire croire aux filles qu'il est une vedette. C'est ainsi qu'il séduit Juliette et Liliane, deux amies inséparables "comme les amandes philippines". Les jeunes femmes, qui aimeraient le voir échapper au service militaire, essayent de l'aider à percer dans le cinéma, sans pour autant savoir qui sera l'élue de son cœur.



Fidèle à ma réputation, je vais vous parler aujourd'hui d'un film "que personne n'a jamais vu" (le destinataire de l'allusion se reconnaîtra)... En dehors de la private joke, il est vrai qu'Adieu Philippine, comme son auteur Jacques Rozier, est assez méconnu, alors même qu'il est à l'évidence extrêmement représentatif du style Nouvelle Vague : intérêt pour la jeunesse, spontanéité du projet, tournage en extérieurs réels, désir contagieux de liberté. Incroyablement typique du mouvement, le film évoque très souvent d'autres films plus célèbres de la Nouvelle Vague... sauf qu'il les a pour la plupart précédés.

J'ai notamment pensé à plusieurs reprises à Masculin Féminin de Godard (1966), film que j'affectionne particulièrement pour son charme inénarrable. On y retrouve les mêmes considérations sur la jeunesse d'une époque, ses petits tourments (les amourettes) et ses grands questionnements (la guerre et les luttes sociales), les mêmes dialogues drôles et naturels, les mêmes ambiances de studio issues de la société du spectacle naissante (télévision pour Adieu..., chansons de variété pour Masculin...), les mêmes charmants clichés sur les filles (un peu bébêtes) et sur les garçons (très frimeurs).

Adieu Philippine
marque toutefois sa différence en ce qu'il ne reste urbain que dans sa première moitié, avant de s'accorder des vacances, si l'on peut dire : appelé à partir à la guerre d'Algérie, le protagoniste quitte son boulot et s'octroie quelques jours de repos et de plaisir  en Corse en compagnie de deux copines. Un schéma caractéristique, voire annonciateur, du fort désir d'émancipation existant dans la jeunesse occidentale au cœur des années 60. Les trois amis commencent par se rendre au Club Med avant de préférer le camping sauvage et les paysages naturels dans lesquels ils espèrent goûter à un bonheur plus pur. La liberté formelle de la mise en scène de Rozier s'épanouit dans le même temps.



Sur le plan sociologique, le film est également passionnant, non pas parce qu'il se présente comme une thèse mais justement parce qu'il tient sa vérité et sa force de la singularité de ses personnages, à l'exemple de ce moment en compagnie de la famille de Michel, jeune parisien issu des classes populaires. En sourdine, l'inquiétude latente d'une société française en pleine guerre. Comme dans les Parapluies des Cherbourg de Jacques Demy, l'Algérie, jamais présente à l'écran, fait planer sur le film une sorte de mélancolie diffuse qui rend précieux les instants de vie et de jeunesse dont profitent les protagonistes. Le bonheur, l'amour et la liberté retentissent déjà de leur fin qui s'approche inexorablement... La fin douce-amère (le départ de Michel en bateau) est à ce titre d'une infinie pudeur.

Les acteurs tous amateurs (en particulier le très séduisant Jean-Claude Aimini) montrent une fraîcheur et un naturel qui font le prix de ce cinéma de l'instant, du mouvement, de la spontanéité, mais jamais dénué de profondeur.

De la musique, de l'humour, de la vie, du temps qui passe, de la liberté. Du cinéma.


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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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commentaires

whiplash solicitors 08/08/2011 07:44

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gilbert roussel 07/02/2009 09:48

J'ai connu....J'ai connu lorsque j'avais 18 ans deux comédiennes du film, les soeurs Padovani, qui jouent le rôle des deux auto stoppeuses au début du film. Pas de quoi s'emballer, ce sera leur seule et unique prestation. Mais je suis heureux de voir que quelques uns se souviennent de ce film qui même si il n'a pas laissé une grande impression, avait le mérite de décrire avec précision cette époque heureuse et insouciante. J'aimerais faire un retour en arrière !

freezzeur1 10/01/2009 14:13

Tout ça me fait bien envie, surtout après "Les plages d'Agnès" qui ont rallumé la curiosité à l'égard de la nouvelle vague... Le film n'est pas visible en DVD mais il est visiblement passé à la TV en laissant des traces numériques.

Mélissa 10/01/2009 14:11

Jonathan m'en avait déjà vanté les mérites suite à la sortie du coffret Jacques Rozier, ta critique ne fait que le confirmer: il faut que je découvre ce réalisateur et ce film. Une fois de plus Anna, merci, tu as beau parlé de films que personne n'a vu, tu es la precurseur d'un nouveau mouvement: "les découvertes d'Anna à voir impérativement" ^^

Anna 10/01/2009 12:06

Ô joie, cette critique fait réagir! Je n'en espérais pas tant, merci Clara.
Le DVD est trouvable je pense. Il y a aussi un coffret avec 5 films de Jacques Rozier qui est sorti il y a quelques mois. Il vaut certainement le coup.

Clara 10/01/2009 11:10

En ce qui me concerne, je ne l'ai pas vu, mais ta critique donne bien envie.. Reste à savoir si je le trouverais en DVD ... ^^

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