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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 12:22


Dans le dernier Chabrol, Bellamy, Depardieu répond à quelqu'un qui lui demande s'il est bon ou méchant : « 50-50, comme tout le monde ». Cette morale toute chabrolienne fonctionne à plein dans son très beau Une affaire de femmes. C'est l'histoire vraie de Marie, une «faiseuse d'anges » sans scrupule qui fut exécutée sous l'Occupation le 30 juillet 1943, en est l'héroïne. Une personnage complexe, ni coupable ni innocente, mais qui a ses raisons, comme tout le monde là aussi.

Chabrol montre la vie quotidienne en cette période trouble de l'Occupation: les tickets de rationnement, les trafics illégaux, les maris qui reviennent du front, les amis qui disparaissent du jour au lendemain. Parce qu'elle veut échapper au cercle macabre de sa petite vie morose et misérable, Marie pratique des avortements, loue parfois une chambre à une prostituée... Son désir de confort, de réussite sociale, de respectabilité va se confondre avec ce qui la mènera à la déchéance et en fera l'incarnation du mal, le bouc émissaire d'un pays alors peu reluisant moralement parlant. La mise en scène de Chabrol, comme d'habitude peu voyante, est d'une précision remarquable, notamment dans les scènes d'intérieurs où l'étroitesse des lieux reflètent le mécanisme mortifère dans lequel s'embarque Marie, avec toute sa famille. Le cinéaste est plein de compassion pour sa protagoniste, en revanche il jette un regard sans pitié sur la France de l'Occupation et son lot de traîtres, de délateurs et de donneurs de leçon.

Isabelle Huppert et François Cluzet. Collection Christophe L.

Et Marie, bien sûr, c'est Isabelle Huppert, principale égérie de Chabrol depuis Violette Nozière en 1978, particulièrement excellente ici, avec ce mélange de douceur et de détermination. Une personnage paradoxal et passionnant, que Chabrol filme comme tel, sans jugement. Les autres interprêtes sont à l'avenant, François Cluzet en marie largué et Marie Trintignant en « pute au grand coeur ». Dans ce film remarquable, Claude Chabrol met admirablement en relief les contradictions d'une femme et d'une société en mal de repères et qui tente de s'en sortir, entre système D et dilemmes moraux. Le cinéaste n'a pas peur de filmer la France de Vichy sous ses aspects les moins reluisants, avec un réalisme qui cependant ne se fait jamais moralisateur. L'un des brillants sommets de la collaboration Chabrol-Huppert.

À voir aussi sur le blog
Films de Claude Chabrol : Bellamy, L'ivresse du pouvoir


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Published by lucyinthesky4 - dans En bref
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commentaires

Vincent 09/03/2009 18:21

La phrase du 50-50 est empruntée à quelqu'un de connu, "fifty-fifty" qu'il disait même, je l'ai lu par hasard dans le dialogue Depardiey-Chabrol d'un Nouvel Obs pendant mes vacances mais je l'ai oublié, ah fichtre, j'aurai eu l'air intelligent. Tant pis.

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