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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 02:25


Objet étrange, hybride, inclassable que ce second film d'Anton Corbijn. Le point de départ de The American est pourtant un classique, voire un cliché, du film noir : Jack, un tueur à gages, accepte une dernière mission, mais tente de changer de vie et trouve tardivement la rédemption auprès d'une femme douce et fragile (un schéma similaire est repérable dans le récent The town de Ben Affleck). L'originalité du traitement de ce sujet par le cinéaste Anton Corbijn va résider à la fois dans la caractérisation très réussie du personnage principal, et dans une maestria formelle qui donne au film une dimension de méditation tout à fait inattendue.

The American est adapté d'un roman (A very private gentleman, de Martin Booth), et cela se sent. L'intrigue repose en grande partie sur son protagoniste, un anti-héros très contemporain, taciturne, énigmatique, complexe. Clooney en livre un interprétation de grande classe, toute en retenue et en mystère. Rarement son côté « ténébreux » aura été aussi bien employé. Envoyé pour une nouvelle mission en Italie, dans les Abruzzes, le protagoniste y rencontre un personnage étonnant et émouvant de prêtre (Paolo Bonacelli) avec qui il se lie d'amitié, et Clara (Violante Placido), une belle et touchante prostituée qui lui donne le désir de lâcher le métier. On peut regretter le manque de personnalité et d'épaisseur de ce personnage féminin - la prostituée au grand cœur, c'est tout de même vu et revu... - et lui préférer l'autre figure de femme du film, une tueuse ambiguë et sexy interprétée par Thekla Reuten. Il y a aussi les somptueux décors de l'Italie : les paysages naturels sont magnifiquement exploités (quelques scènes champêtres troublantes et charmantes). En revanche, ce que l'on voit des villages de la campagne italienne relève quelque peu du cliché (Vespas, femmes sublimes en robes d'été, processions religieuses).

C'est sur la forme que le film se démarque le plus du tout venant du genre. Le talent d'Anton Corbijn est manifeste (il l'était déjà dans son splendide premier long-métrage, Control). La composition des plans est extrêmement travaillée et construit un espace de cinéma très intéressant, proche de l'univers du western - ce n'est pas pour rien que l'on voit à un moment un extrait d'Il était une fois dans l'Ouest. En effet, tout se fonde ici sur l'attente et la menace – il ne se passe quasiment « rien » pendant la majeure partie du film, et tout s'accélère progressivement. Contemplatif et méditatif, The American tarde peut-être un peu trop à livrer toute sa charge émotionnelle et prend le risque d'ennuyer quelque peu, en restant trop sage là où on aurait pu attendre un certain enfièvrement. Le dernier quart d'heure est haletant et se charge d'une force symbolique qui fait reconsidérer l'ensemble du film son un jour nouveau. Une œuvre originale qui gagnerait sans doute à être revue.

George Clooney et Thekla Reuten. Mars Distribution

[Bilan spécial Festival d'automne : pour l'instant, premier film (sur deux!) de mon classement perso. Clooney se place bien dans la course pour le meilleur acteur. Je suis la première du jury à commenter le film, alors j'attends les autres et ne me risque pas à pronostiquer leurs avis!]

À voir aussi sur le blog
Films d'Anton Corbijn : Control


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

selenie 02/11/2010 16:16

Le film ne réussit jamais à être le thriller psychologique qu'il aurait du être, ça reste un film sur un tueur à gage planquer qui tente une dernière sortie... De nombreux films sur un thème similaire sont bien meilleurs ("le samouraï" de Melville pour ne citer que le meilleur). Le film reste un bon film dans le genre mais auquel on n'attache aucune importance à la mise en scène tant elle manque de personnalité. Clooney assure par contre, heureusement car le film repose essentiellement sur ses épaules. 2/4

Fritzlangueur 01/11/2010 13:49

Suis d'accord avec toi la plastique du film est irréprochable. Corbijn est vraiment doué. Mais bon le contemplatif c'est bien si l'on trouve du contenu aussi et là... c'est un peu mortiphère et Clooney est improbable dans son introspection

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