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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 00:00


Marie et Francis sont deux amis. Ils tombent amoureux du même garçon, un bellâtre charmeur, sosie blond et frisé de Louis Garrel. Ce n’est pas un ménage à trois qui va naître de ce point de départ somme toute banal, mais deux amours, non réciproques et vécues dans l’attente et l’espoir. Xavier Dolan, jeune auteur du déjà très remarqué J’ai tué ma mère, continue dans sa voie singulière, avec un style encore plus affirmé et un romantisme encore plus exacerbé.

Ce que semble suggérer de si belle façon son film, c’est que les amours sont toujours imaginaires, ou en tout cas qu’elles se jouent en grande partie en pensée et en fantasme. C’est ce dont témoignent les nombreux passages en forme de « faux documentaires » où des jeunes gens viennent déblatérer, dans un québécois plus incompréhensible que dans le reste du film, sur leur malheur amoureux : l’une confesse son obsession pour un homme et l’état terrible dans lequel la met l’attente d’un mail de l’homme aimé, l’autre rapporte, désabusée, que « dès qu’on a habité ensemble, c’était fini »… À la fois comiques et pathétiques, ces séquences mettent des mots sur ce que le film raconte en images virevoltantes.

MK2 Diffusion

Les amours imaginaires, c’est donc avant tout le portrait de Mona et Francis et d’une amitié mise en péril par leur commune vision « absolue » de l’amour. Car finalement le garçon dont les deux amis sont amoureux et qui se dérobe sans cesse à eux, censé être l’objet de désir du film (Niels Schneider), est un personnage assez fade, dénué de profondeur ou du moins que Dolan ne nous fait connaître que superficiellement. Ce dont sont amoureux Marie et Francis, c’est surtout de l’amour lui-même, ou d’une certaine idée de l’amour total. Les interprètes sont à ce titre bouleversants, la magnifique Monia Chokri imposant une incroyable présence et Xavier Dolan lui-même excellant en type très mignon mais très fragile. Les scènes de lit monochromes où chacun d’eux couchent avec d’autres qui ne sont pas l’objet de leur amour, sont d’une grande beauté.

Peut-être plus encore que les amours, c’est aussi le monde lui-même qui passe ici au filtre de l’imaginaire, cinéphile celui-ci (Marie et Francis adopte d‘ailleurs les styles respectifs d‘Audrey Hepburn et James Dean pour plaire à Nicolas). Alors Dolan fait siens, consciemment ou non, les ralentis en musique à la Wong Kar Wai, les couleurs tonitruantes d’un Almodovar, les afféteries charmantes de clips pop bubblegum. Loin de délester le film de sa dimension universelle et romantique, cet aspect extrêmement stylisé lui donne une légèreté et une douceur incroyable. Dans ces séquences répétées où les protagonistes marchent au ralenti au son de la version italienne de Bang Bang par Dalida (une très belle BO, par ailleurs), une grâce advient qui émeut et envoûte.

Il est possible d’être réfractaire à ce maniérisme, mais dès lors que l’on se prend au jeu, le film de Dolan se révèle une méditation brûlante et onirique sur la tragédie de l’état amoureux. Au-delà de son côté générationnel, « branché » et léché à l‘excès, Les amours imaginaires est avant tout un superbe film pop, sincère et mélancolique. Dénué de tout cynisme, il bouleverse d’autant que le destin malheureux de ces amoureux de l’amour semble voué à se répéter, inlassablement.

MK2 Diffusion


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash claims 17/08/2011 08:11

It is great to have the opportunity to read a good quality article with useful information on topics that plenty are interested on.

DPEF 25/10/2010 23:32

Mmmh...Je vais donner mon avis sur le film que j'ai trouvé globalement très mauvais -mais j'ai connu pire hein- on m'en avait parlé en bien de ce film et j'ai décidé de le voir. Normal. 

Par ou commencer. Avant tout une histoire d'amitié. Entre un gay et sa bestah. Et bien moi j'y ai pas cru du tout. Aucune alchimie entre ces deux excellents amis. Ils boivent le thé mais n'ont rien de complice. De même pour Nicolas, l'élément perturbateur. Il n'a aucun charisme. Donc des le début du film -après les petites interviews- je l'ai mal senti.

Le film, je lai mal senti. C'était lent et plutôt vide dans le fond et dans la forme. Alors bon des ralentis avec dalida en fond sonore. Le reste de la piaillât est par ailleurs assez géniale.

Mais ces silences vides de sens et ces regards inexpressifs agacent et ne font qu'alourdir le film. Mais ça c'est pas le pire. J'y viens.

C'est que Xavier Dolan - ok il est beau - est un concentré de prétention et de narcissisme. Alors du coup il nous envoie plein de références culturelles a la gueule a la façon intello. Ça commence gentillet avec de Musset. Puis au détour dune conversation lambda vas y que je déballe ma culture a tour de bras. Et vas y que je parle de theatre surréaliste et de poète obscur... Et moi simple spectateur, j'ai eu la sensation de passer pour un benêt. Pour donner un exemple je comparerai une scène avec le film Kaboom - excellentissime - et l'échelle de Kinsley. D'un coté elle est présentée de manière particulièrement funky par Lucy. Et de l'autre par un roux insupportable qui rend le tout très pompeux et hyper prétentieux.

Peut-être ai-je pensé ça a cause de ma culture purement scientifique. Ceci expliquerait cela.

Le film n'est pas a jeter pour autant. J'ai trouvé délicieux certains interviews. Et notamment celui de la "Camélia Jordana du pauvre" comme me la souligné un ami. Et puis Anne Dorval est et restera ma déesse. La voir danser sur The knife m'a enchanté. Sinon c'est tout ... :/

selenie 05/10/2010 15:44

Après la très bonne surprise "J'ai tué ma mère" Xavier Dolan prouve qu'il a tout d'un grand a seulement 21 ans. Saluons le casting, l'amie jouée par l'incroyable Monia Chokris qui a pour moi tout d'une très très grande. C'est d'ailleurs les femmes qui sortent du lot dans ce film les seconds rôles n'étant pas en reste. On frôle incontestablement le chef d'oeuvre. 3/4

Chris 04/10/2010 13:30

Content de lire à nouveau ta prose, toujours parfaite. Content aussi de lire une critique un tout petit peu plus mesurée que les concerts de louanges lues dans la blogosphère. Hier soir, au Masque et la Plume, les critiques ont fusé sur le film reprenant en gros mes réserves : ah, je me sens un peu moins seul.

pierreAfeu 03/10/2010 10:47

Voilà une bien jolie critique ! "Les amours imaginaires est avant tout un superbe film pop, sincère et mélancolique", c'est tout à fait ça comme le dit Ffred...

pL 01/10/2010 21:23

Ah, tu as aimé!

ffred 01/10/2010 08:16

C'est tout à fait ça !

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