Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /Juil /2009 17:29
Les Films du Losange

Après tout ce que j'avais entendu sur le principal scandale du dernier festival de Cannes (misogynie, violence extrême...), je m'attendais en réalité à voir tout sauf ce film recueilli et concentré qui ne vire au « massacre » que dans ses derniers moments. Je ne peux pas dire que j'ai aimé ça (c'est sacrément chiant pendant une grande partie), mais l'accueil critique reçu par Antichrist me semble largement disproportionné. Quoi qu'on en pense, voilà au moins un film rare, intéressant et qui mêle les genres avec une certaine audace (drame psy, gore, survival, fantastique). Lars Von Trier va loin dans le romantisme noir, dans le gothique mystique, et assume jusqu'au bout ses partis pris, quitte à tomber dans le symbolisme de l'ensemble un peu lourd et l'imagerie parfois archaïque.

On ne peut nier que LVT se prend totalement au sérieux, mais ne retenir de son film que son effusion de violence premier degré me paraît une erreur. Avant une dernière demie heure en effet particulièrement violente et gore, Antichrist surprend au contraire par son aspect épuré, retenu, sobre – si on excepte un prologue ultra maniéré en noir et blanc avec musique sacrée. Le début du film est assez beau, traitant du deuil et de la culpabilité avec une douceur qui n'exclut pas la cruauté. De toute évidence le cinéaste refuse les bons sentiments et le psychologisme de bazar qu'on aurait pu soupçonner à la lecture de son synopsis. Avec le départ du couple dans la forêt d'Eden, le propos se fait un peu plus répétitif même si on apprécie les piques contre la psychologie comportementale (les exercices complètement crétins que Dafoe fait faire Gainsbourg) et contre une certaine imbecillité idéologique de la religion chrétienne (du moins c'est l'interprétation que j'en ai fait, mais le film laisse planer sur son sens réel un doute ineffaçable). Le caractère réaliste du film est cependant perturbé par des interventions fantastiques et horrifiques, détournant Antichrist de son chemin tout tracé.

Willem Dafoe et Charlotte Gainsbourg. Les Films du Losange

Par la suite, l'enfermement du couple sur lui-même et dans sa douleur mène immanquablement à la boucherie sanguinolente et grotesque sous bien des aspects. La violence psychologique (douleur du deuil et mainmise émotionnelle du mari sur sa femme) laisse place à la violence physique. Ce basculement dans l'horreur de la dernière partie du film est particulièrement intéressant. Outre qu'il n'y a vraiment pas de quoi se scandaliser (c'est horrible, mais pas plus qu'un film gore lambda), l'éclatement de la violence devient une sorte de révélateur de ce qui auparavant existait en filigrane dans la relation singulière de ce couple autodestructeur. Comme si le gore se révélait être la face cachée du drame psychologique à la Bergman, comme s'il était son envers ou son refoulé. La prestation de Gainsbourg est à cette image : son versement dans la folie furieuse est très impressionnant.

À ce ce titre, Antichrist me semble un film plus subtile que cela n'a été dit. L'accusation de misogynie peut facilement être retournée, et l'on pourrait montrer que Lars Von Trier s'en prend au personnage de Willem Dafoe et à son arrogance, son autorité mal placée, sa volonté de maîtrise. On se serait bien passé, en revanche, de ce flash back sur la scène initiale, qui incrimine clairement le personnage de la femme. Mais de manière générale, le propos du film, si confus et fumeux soit-il, me semble, sinon complexe et ambigu, du moins réversible dans sa confusion même – quant à savoir si c'est là une qualité... Le film est un peu complaisant, certes, mais sa volonté d'aller chercher au cœur de l'homme ses pulsions les plus atroces reste remarquable

Charlotte Gainsbourg. Les Films du Losange

L'épilogue symboliquement très chargé m'a paru de toute beauté, reprenant le noir et blanc et la musique du prologue mais s'intéressant cette fois-ci au personnage du mari, soudain assailli par toutes les femmes sorcières sans visage que sa femme étudiait : ce qu'elles symbolisent, j'ai du mal à le voir (le remord, le retour du refoulé, l'inconscient misogyne de la société, la victoire finale de la femme sur l'homme ?), mais l'image est cependant forte. Un sentiment qui vaut pour moi à l'égard du film dans son ensemble.


Publié dans : A contrario
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Retour à l'accueil

Recherche

GOIN' TO THE MOVIES

Blog de critiques cinéma d'Anna M.

«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)

Derniers Commentaires

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés