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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 04:37
TFM Distribution

Pas forcément fan des derniers Chabrol (L’ivresse du pouvoir, La fille coupée en deux), j’avoue d’emblée que j’ai été totalement enchantée par Bellamy. Le réalisateur octogénaire s’est inspiré d’un fait divers réel pour l’écrire. Celui d’un homme qui se fait passer pour mort et se fait refaire le visage pour toucher l’assurance vie et convoler en vie clandestine avec sa maîtresse. Au final, un polar complètement dingue, fascinant, impressionnant et tranquille à la fois. Et la rencontre au sommet (la première), qui ne déçoit pas, entre un grand cinéaste et un grand acteur.

Chabrol s’intéresse toujours aux mêmes types de personnages : les bourgeois provinciaux. Mais ici, ils prennent tous une dimension de mystère et de profondeur qui ne s’effacent à aucun moment. Derrière sa trame de polar aux apparences classiques, le dernier Chabrol se révèle complètement barjo, inventif, stimulant pour l’esprit et les sens. Bellamy se déroule dans les villes de Nîmes et de Sète et se place donc logiquement sous le patronage bienveillant d’une des grandes personnalités du coin : Georges Brassens, cité à maintes reprises - il est d’ailleurs dédié « aux deux Georges », Simenon et Brassens. Il n’en fallait pas plus pour commencer de me séduire. Une sorte de Maigret remixé par la poésie cynique et charnelle de Brassens, voilà le fascinant personnage central de ce film qui porte son nom. Paul Bellamy, donc, est un commissaire de police revenu de tout, bon vivant, toujours amoureux de sa femme, et toujours poursuivi par un frère qui a mal tourné.

Clovis Cornillac et Gérard Depardieu. Moune Jamet

Fort sympathique, ce protagoniste sera notre guide à travers une intrigue à la fois cruelle et légère. Comme dans beaucoup de polars, ce n’est pas en elle que réside le centre de gravité du récit, mais elle lui apporte une étrangeté qui fait tout le prix de ce très beau film. Ce côté pittoresque passe aussi par les dialogues remarquables d’humour, de finesse et de profondeur. Les confrontations entre Gamblin et Depardieu, le marivaudage de Depardieu et Marie Bunel, l’humour de certains personnages et le désespoir de certains autres… Tout ceci est véritablement brillant et témoigne de la liberté totale de ce film hors du commun.

Parmi les premières réactions, j’ai déjà pu lire le terme « téléfilm » pour décrire ce Bellamy. Je m’insurge d’avance et le défendrait jusqu'au bout. Je lis souvent ce genre d’accusation, lié généralement à des films à la mise en scène discrète, limpide. C’est être assez limité que de croire que la mise en scène est l’art du montage tordu et des mouvements de caméra bien voyants. Au contraire, il est bien plus difficile de réaliser un film impressionnant avec le souci perpétuel de la simplicité (apparente bien sûr, car Bellamy est d’une complexité et d’une précision de tous les instants) et de laisser respirer au maximum les comédiens, leurs corps et leurs mots. C’est ce que fait Chabrol qui maîtrise complètement la façon de placer les acteurs dans le cadre, les décors très étudiés, les lumières sur les corps et les visages…

Marie Bunel et Gérard Depardieu. Moune Jamet

De la douce atmosphère d’ennui provincial qui règne sur son film, Chabrol fait émerger par petites touches des digressions tour à tour incongrues et inquiétantes : un avocat déluré qui plaide en chanson, un frère alcoolique quelque peu gênant, un type au visage refait… Bellamy n’est pas vraiment un film moderne au sens où le décor est classique, assez rural, dénué de sophistication, intemporel en fait. Mais certaines de ses thématiques sont au cœur de questionnements très actuels : la chirurgie esthétique, par exemple, c’est-à-dire la question du visage, de la vie et de l’humanité qu’il véhicule et de ce qu’il en reste une fois modifié (on pense récemment aux visages numériquement refaits des témoins de Z32, docu israëlien, à la tronche totalement irréelle de Mickey Rourke dans The Wrestler, aux prouesses numériques qui donnent à Brad Pitt tous les âges de la vie dans Benjamin Button…).

Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres de la richesse thématique de Bellamy. Voilà un type, Chabrol, qui sait révéler la vérité profonde d’une intrigue apparemment conventionnelle, de décors apparemment sans vie, de personnages apparemment sans surprise. Voilà aussi un type qui sait diriger ses acteurs. Tous sont impressionnants, et tout à fait surprenants : Gamblin avec son visage figé et sa voix sans cesse dans un aigu enfantin, Cornillac qui est meilleur de film en film, la très belle Vahina Gioccante, Adrienne Pauly, voix rauque et malicieuse, une révélation ; et Marie Bunel qui donne admirablement la réplique au monstre du film, Depardieu, pour la première fois devant la caméra de Chabrol.

Jacques Gamblin et Gérard Depardieu. Moune Jamet

Pour finir avec le meilleur, donc : il est on ne peut plus heureux de retrouver enfin le bon Gégé dans un rôle à sa (dé)mesure car le monsieur a beau enchaîné les films (principalement mauvais), on a sans cesse l’impression qu’il fait son grand retour, chaque fois qu’il joue avec un metteur en scène digne de ce nom. Je ne sais plus où j’ai lu récemment que Depardieu était un Stradivarius : seuls les virtuoses savent le faire jouer. C’est totalement vrai car ici Chabrol joue de l’énormité de l’acteur (au sens propre comme au figuré : ce monstre de cinéma envahit littéralement l’écran) avec génie. En même temps, Depardieu malgré son charisme ne monopolise pas sans cesse l'attention et sait aussi jouer avec ses partenaires. Malicieux, tourmenté, imposant, surprenant, Depardieu est magistral dans un film qui ne l’est pas moins.

À voir aussi sur le blog
Films de Claude Chabrol : L'ivresse du pouvoir, Une affaire de femmes


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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whiplash solicitor 10/08/2011 04:19

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Chris 15/03/2009 22:06

Je partage pas mal de choses de ta critique (la mise en scène pas nulle, la liberté de ton, l'intrigue conventionnelle, le côté barjo) .... pour arriver à une autre conclusion. Le film ne fonctionne pas pour moi, comme une mayonnaise qui ne prend pas. Trop d'approximation, de trucs qui collent pas. C'est du Chabrol, comme le dit Vincent, et cela ne suffit plus on dirait.

Vincent 26/02/2009 20:25

Pantouflard, c'est tout à fait le mot. Parce que j'aurais par exemple beaucoup aimé le regarder dans un divan, en pantoufles, par un après-midi d'été, comme à l'époque des Maigret avec Bruno Cremer. Bellamy, c'est l'un des rares films que j'aurais aimé ne pas voir dans le noir. C'est peut-être ridicule mais sûrement aurai-je eu plus de plaisir.
Quant à ma critique, je promets de ne plus être sincère, je vais inventer plutôt qu'essayer de donner mon point de vue, je ne tiens pas à récidiver l'échec d'hier : te décevoir, plus jamais !

Anna 26/02/2009 19:01

Ah ben ouais totalement, mais en un peu plus moderne et cynique, sous ses aspects de polar pantouflard. Le clash Simenon/Brassens a bien lieu, comme l'annonce la dédicace. Franchement je trouve que c'est d'une profondeur, d'une mélancolie, d'une bizarrerie rare, ce film m'a impressionné. Je serais curieuse de lire ta critique.

Vincent 26/02/2009 18:41

Ca y est, je l'ai vu, et je suis beaucoup plus mitigé que toi. Ca n'est ni mauvais ni très bon, c'est juste du Chabrol, un Chabrol, un de plus, qui m'a pour ma part beaucoup fait penser à Simenon, non ?

Vincent 23/02/2009 22:49

Roh non Anna ! Demain ça aurait fait un mois que tu n'avais plus publié une critique, et j'avais pour l'occasion prévu un petit commentaire à cet effet, tout en sarcasmes powaa. Bon bah rdv le 23 mars ?

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