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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 22:54


Brouillé avec son scénariste attitré, Guillermo Ariaga, depuis le tournage de Babel, Iñarrittu revient avec Biutiful à un sujet et un scénario moins alambiqués qu'auparavant. Il attache donc sa caméra aux pas d'un unique personnage, celui incarné par le toujours impressionnant Javier Bardem, primé à Cannes pour le rôle. Ce « retour à la simplicité » ne l'empêche pourtant pas de tomber dans une certaine emphase, et son film d'agacer malgré quelques belles fulgurances.

Père de famille, en difficulté financière et trafiquant à ses heures, Uxbal apprend au début du film qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre. Il se voit donc confronté au bilan assez désastreux de son existence passée et trouve in extremis la voie d'une rédemption. La lourdeur scénaristique de Biutiful est différente de celle des films avec Arriaga, mais pas moins réelle : Iñarrittu charge la barque du personnage, et le met face à des situations de plus en plus dramatiques, sombrant parfois dans un certain misérabilisme. Bien sûr, les intentions d'Iñarrittu sont louables, mais à force de tenter d'embrasser toute la misère du monde (pauvreté, immigration clandestine, famille dysfonctionnelle, délinquance...), il prend à la fois le risque de l'insignifiance et celui de la grandiloquence.

Javier Bardem. ARP Sélection

Récit ample et ambitieux, Biutiful réussit cependant certains portraits, dont celui d'un personnage central ambigu, salaud émouvant porté par la belle performance de Bardem. Celui-ci livre une interprétation sobre et habitée, qui tranche avec le pathos et la solennité de la mise en scène. Sa relation avec ses enfants et sa femme (troublante Maricel Alvarez) sont l'un des éléments les plus touchants et crédibles du film. En même temps que le portrait d'un homme, Iñarittu fait celui d'une ville, Barcelone, loin des clichés touristiques, sombre, étouffante, mortifère. Cette atmosphère macabre sembler propice à soutenir l'une des originalités du film : ses incursions dans le fantastique. En effet, le protagoniste est plus ou moins en contact avec le monde des morts. Cela suscite quelques visions (des fantômes au plafond, des séquences oniriques avec le père décédé) mais n'est pas du tout assez exploité. Le surnaturel n'advient pas vraiment et reste une fioriture de plus.

Biutiful fonctionne de manière assez paradoxale, la grandiloquence et les tentatives d'approche fantastique se greffant mal sur le désir de réalisme du cinéaste et son attention à la dimension « sociale » de son intrigue. Le film est aussi inutilement trop long (quasiment deux heures trente) : on voit mal la nécessité de certaines séquences et l'intrigue aurait gagné à être grandement resserrée. Toutefois, l'ensemble n'est pas détestable et, s'il se montre souvent lourd dans la manipulation de l'émotion, Iñarrittu livre quelques scènes puissantes et émouvantes (notamment vers la fin) qui sauvent de l'ennui par une vraie puissance d'incarnation et de poésie. Dommage que ce soit la lourdeur qui l'emporte le plus souvent...

Javier Bardem. ARP Sélection

[Ceci était ma première livraison en tant que membre du jury du Festival d'automne ! Biutiful me semble mal parti pour l'emporter, mais Bardem, lui, est probablement en lice pour le prix du meilleur d'acteur]

À voir aussi sur le blog
Films d'Alejandro González Iñárritu : Babel


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

Bob Morane 31/10/2010 14:30

Pour ma part, je ne me suis pas tellement ennuyé, même si j'ai trouvé certains passages inutiles et sans intérêt. Le personnage n'est en auun cas sympathique et ne provoque pas d'émotion à son égard, as plus que sa compagne. Ige et les enfants et Lili n'ont beaucoup ému. J'attend de voir les 6 autres pour réellement me promoncer.

Fritzlangueur 29/10/2010 17:16

Ben justement, la morale est au coeur du film. Inarritu veut démontrer que dans cet autre monde (si proche du notre physiquement) les valeurs sont différentes ainsi que les modes de fonctionnement. La morale qui règne la-bas repose sur d'autres bases que les notres... Ce n'est pas un jugement de valeur, simplement une démonstration. N'est-ce pas cela qu'on appelle fracture sociale ?

selenie 28/10/2010 11:30

Petite déception... Après 3 énormes films Inarritu trébuche. Bémols : cet homme est médium ?! comment et depuis quand mystère ?! Est-ce que ça fait avancé l'histoire ? que nenni. Ensuite le problème se pose sur le regard complaisant sur un homme qui reste un pourri, un homme qui profite des clandestins, bref passons. Petite invraisemblance, même si c'est l'Espagne il est peu vraisemblable que les policiers soient aussi violents avec de simples vendeurs à la sauvette... Heureusement Inarritu reste un cinéaste génial qui sait filmer comme peu le font. Bardem est juste énorme. Le vrai soucis du film reste donc le scénario, sur ce point il est à noter que ce film est le seul des 4 à ne pas avoir été scénarisé par Guillermo Arriaga... Une des raisons à cette petite baisse de régime ?!

emule 25/10/2010 01:39

pas mal

ffred 24/10/2010 23:57

Bien d'accord avec toi, pour Bardem ca peut le faire mais pour le film c'est cramé !

Chris 24/10/2010 23:04

Belle critique, que je partage absolument.

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