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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 19:14


Avant-première parisienne en présence de Darren Aronofsky.
Sortie le 9 février 2011.

On ne peut pas dire que le cinéma de Darren Aronofsky ait jusque là été ma cup of tea. Pi m'avait profondément ennuyée, je n'ai que peu de souvenirs de Requiem for a dream, et j'ai carrément détesté l'arnaque new age The fountain. Quant à The wrestler, sorti l'an dernier, si j'en avais apprécié la sobriété nouvelle, il n'était tout de même pas dépourvu d'une certaine lourdeur. Cependant, je ne sais pas bien pourquoi, je conservais une certaine croyance dans la possibilité qu'un jour, Aronofsky pondrait un film qui saurait me séduire. C'est ce qui est arrivé avec Black swan – et bien davantage encore.

Le point central de l'intrigue est d'emblée fascinant : danseuse de ballet, Nina (Natalie Portman), se voit attribuée les deux rôles principaux du Lac des cygnes de Tchaïkovsky : le beau et pur cygne blanc, et son jumeau maléfique le cygne noir qui lui ravit l'objet de son amour. S'ensuit donc une réflexion sur le double, le personnage central au départ fragile et doux se laissant aller peu à peu à diverses formes d'agressivité et de folie (schizophrénie, paranoïa), mais aussi à une sexualité jusque là ignorée. Ce nouveau rapport à elle-même s'insinue dans ses liens avec les autres personnages : sa mère ultra protectrice (Barbara Hershey), son chorégraphe séduisant et manipulateur (Vincent Cassel, pour une fois excellent), l'ancienne gloire du ballet dont elle a pris la place (Winona Ryder), et enfin la nouvelle arrivée dans la troupe, Lily (Mila Kunis), jeune femme sensuelle et libérée qu'elle considère comme sa rivale. Black swan épouse le trajet mental de sa protagoniste : partant d'un point de départ « doux » et presque réaliste, il se fait de plus en plus angoissant. Le fantastique s'insinue peu à peu dans le réel et le pervertit finalement, au point qu'il va être difficile de démêler le vrai du faux. L'hésitation est permanente et distille un malaise palpable. Le film s'aventure même régulièrement aux frontières du genre horrifique. C'est le corps en décomposition de Natalie Portman (des passages assez perturbants, qui évoquent le cinéma de Cronenberg), ce sont les effrayantes hallucinations dont on ne découvre la vraie nature qu'après coup, ce sont aussi ces moments apparemment banals traversés soudain par la violence et l'angoisse. Le travail sur l'atmosphère sonore, notamment, est à ce titre brillant.

Le manque de subtilité qui caractérise son style, Aronofsky le met ici à profit pour concocter un film baroque, impressionnant, grandiloquent, qui trouve son apogée dans un final virevoltant : Nina joue Le lac des cygnes en public pour la première fois et toutes ses peurs, ses angoisses mais aussi sa recherche désespérée de la beauté et de la sensualité se déversent à l'écran. L'imaginaire du ballet de Tchaïkovsky se mêle au « réel » en un maelström de sensations proprement soufflant. Le chef-d'œuvre de Powell et Pressburger, Les chaussons rouges, n'est jamais loin. En achevant sa mutation en cygne noir, Nina finit par atteindre la perfection, mais à quel prix ? Difficile de décrire ce film à la fois parfaitement cohérent et débordant de toute part, d'une incroyable inventivité formelle et narrative et dont le style, pour une fois, sert parfaitement un sujet fort et passionnant. Toutes ces richesses sont incarnées par une Natalie Portman vraiment incroyable, qui trouve ici son meilleur rôle à ce jour, avec son corps fragile soudain secoué de désir et de fureur. Elle aimante littéralement la caméra et se livre totalement à ce cauchemar ambigu et stupéfiant qu'est Black swan, film d'ores et déjà voué à truster les hauteurs de mon top 2011.

Natalie Portman. Twentieth Century Fox France


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash claim 18/08/2011 03:39

All these riches are embodied in a truly amazing Natalie Portman, which finds its best role to date, with her fragile body suddenly shook with desire and rage. Very true indeed. She's a great actress. Very nice post. Good job.

7emeProg 16/02/2011 23:59

Bah vous voilà réconcilié avec Darren, maintenant vous pouvez tranquillement revoir The Fountain.
Aronofsky est comme un Kubrick de notre époque.

copa738 14/02/2011 17:55

Grosse claque pour ma part. un chef d'oeuvre qui risque de passer rapidement à la postérité. Bien que je le trouve un cran en-dessous de l'indéchiffrable "Requiem for a dream"...

selenie 10/02/2011 12:45

Une vraie claque... Darren Aronosky est définitivement un très grand. Chef d'oeuvre qui restera sans aucun doute dans le top3 de l'année. Nathalie Portman aura bien du mal à retrouver un tel rôle. Vincent Cassel n'est pas en reste avec un personnage dur et froid, voir mystérieux. 4/4

pierreAfeu 10/02/2011 11:47

Eh bien ça n'a pas marché pour moi. Je n'ai pas été touché. C'est un sentiment bizarre.

Ben 09/02/2011 00:44

Chef d'œuvre, je vais avoir du mal à écrire un truc dessus comme tu l'a très bien fait, vue l'expérience extra-sensorielle que ça a été...

Chris 15/01/2011 17:57

Ca y est, vu et critiqué ! J'apprécie encore plus ta critique après avoir vu le film. Je ne trouve pas le film si "grandiloquent" que ça, au contraire, il me semble qu'Aronofsky maitrise totalement et reste sur la réserve d'une certaine manière (en tout cas plus que dans ces films précédents).
Mais ces jeux de miroir ! Et la danse du cygne noir ! J'en avais les larmes aux yeux tellement cette scène est belle.

Chippily 08/01/2011 00:39

pinaise, tu l'as déjà vu, quelle chance ! Moi je l'attends de pied ferme ! Et je suis encore plus impatiente de le voir après avoir lu ta critique :-)

pierreAfeu 20/12/2010 20:28

Humm, entre le choc visuel de Requiem... l'immense emmerdement de the fountain, et le sympathique The wrestler, on attend effectivement celui-ci avec curiosité.

Jérémy 18/12/2010 13:38

Belle critique, ça donne envie ;) .
'Black Swan' est de toute façon une des plus grandes attentes du début d'année !
Le seul désaccord que je peux avoir, c'est sur les autres films d'Aronofski. Je trouve 'Pi' plus ou moins intéressant, mais 'Requiem' ou 'The Fountain' ont marqué ma rétine encore pour longtemps !

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