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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 10:46
Date de sortie : 08 Octobre 2008
Réalisé par Fernando Meirelles
Avec Julianne Moore, Mark Ruffalo, Danny Glover, Gael Garcia Bernal, Alice Braga
Film japonais, brésilien, canadien.
Genre : Drame, Fantastique
Durée : 1h 58min.



Le pays est frappé par une épidémie de cécité qui se propage à une vitesse fulgurante. Les premiers contaminés sont mis en quarantaine dans un hôpital désaffecté où ils sont rapidement livrés à eux-mêmes, privés de tout repère. Ils devront faire face au besoin primitif de chacun : la volonté de survivre à n'importe quel prix. Seule une femme n'a pas été touchée par la " blancheur lumineuse ". Elle va les guider pour échapper aux instincts les plus vils et leur faire reprendre espoir en la condition humaine.

Le genre : anticipation

Blindness est l’adaptation d’un roman d’anticipation du Prix Nobel portugais Jose Saramago paru en 1995. Meirelles voulait que ce film soit son premier mais a réalisé auparavant deux autres projets à succès : La cité de Dieu et The constant gardener. Deux films plutôt bons et thématiquement intéressants mais qui souffraient quelque peu d’une esthétique pleine de tics clipesques et hystériques. Blindness connaît ce défaut à la puissance mille, qui porte préjudice à la richesse thématique du roman de Saramago. Le problème, c’est que Mereilles fait de cette fable politique un simple film apocalyptique vu et revu. Ceci pourrait le rendre sympathique – on aurait un petit film d’horreur de série B efficace – mais justement toute sympathie s’efface totalement du fait du maniérisme pompeux de la mise en scène, de la lourdeur de la narration (la voix off de Danny Glover) et du symbolisme grossier de l’ensemble. Blindness développe une imagerie doloriste, presque religieuse, qui devient vraiment gênante à la longue. Julianne Moore incarne la femme généreuse, dévouée, pure et intacte, seule à ne pas être touchée par l’épidémie. Comme si cette caractérisation digne d’une sainte (à laquelle la blondeur diaphane de l’actrice convient particulièrement) ne suffisait pas, Meirelles la filme toujours vêtue de blanc et baignée d’une lumière venue d’en haut. C’est bon, je crois qu’on a compris… Le film se compose en gros de trois parties. La première est l’exposition relativement efficace et même piquante de l’élément perturbateur : une épidémie de cécité fulgurante dans un pays indéterminé. Ça commence donc comme tout film de zombie à peu près réussi, le côté ludique en moins et le trop plein de sérieux en plus. Mais ça donne plutôt envie. La deuxième partie se déroule dans un hôpital-prison où les nouveaux aveugles sont enfermés, sorte de métaphore d’une société qui retourne à la barbarie du fait de son aveuglement. Potentiellement intéressant mais lourdingue. À mesure que s’accumulent les péripéties grotesques supposées exhiber la monstruosité de l’homme abandonné à lui-même (Gael Garcia Bernal joue un rôle de salaud intégral), l’exaspération et la déception se font jour. Quant à la troisième partie, elle voit un groupe de quelques humains sortir de l’enfermement et s’aventurer dans une ville aux décors d’apocalypse où chacun erre à la recherche de nourriture. Ça pourrait être terrifiant mais à ce stade là c’est la consternation qui prend le dessus. On peut à la limite reconnaître à la toute fin du film une qualité de récit assez touchante, ce que l’on doit certainement au livre de Saramago et non à Meirelles qui s’obstine à s’amuser avec la lumière, les reflets, les couleurs pâles, les flous, les ralentis… Pour un film sur l’aveuglement, c’est assez ironique de se regarder filmer ainsi. Ah oui, et pour finir, je me suis dit pendant le film que si les aveugles pouvaient voir ça (…), ils seraient sûrement surpris d’apprendre que la cécité rend dégueulasse à ce point là (une personne frappée de cécité se met à se pisser et à se chier dessus…). La Fédération américaine des aveugles a d’ailleurs protesté contre la sortie du film, qu’elle estime insultant et blessant à leur encontre. La réponse de Saramago, je vous le donne en mille : « Il s'agit d'une association d'aveugles qui décide d'avoir une opinion sur un film que, malheureusement, elle n'a pas pu voir. ». Lol ?

Mark Ruffalo et Julianne Moore. Pathé Distribution

Julianne Moore. Pathé Distribution


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash solicitor 10/08/2011 03:48

It is great to have the opportunity to read a good quality article with useful information on topics that plenty are interested on. I concur with your conclusions and will eagerly look forward to your future updates. Thanks a lot and keep on posting more valuable information.

Pierre 26/10/2008 22:25

Tu précises : "La réponse de Saramago, je vous le donne en mille : « Il s'agit d'une association d'aveugles qui décide d'avoir une opinion sur un film que, malheureusement, elle n'a pas pu voir. » Pas lol du tout, mais simplement indécent voire abject ! rien que pour cette phrase je n'irai pas voir ce film, que de toute façon je ne voulais pas voir, suis donc conforté. Merci Anna

Carcharoth 22/10/2008 00:30

J'expliquais même pourquoi on peut diverger. Si je peux être cynique, je ne demande pas à tous de l'être, surtout pas à tous les films, qui sont censé être des œuvres d'art. Celle ci est noire, et je pense volontairement exagérée.
J'ai pas trouver non plus Bernal exaspérant, pathétique ou caricatural. Il est loin d'être sympathique, c'est plus le Che ni la science des rêves, mais des hommes comme lui existent dans notre monde, alors pourquoi pas quand tout va mal ? Quant à la femme non-atteinte, elle n'est pas en blanc mais en beige, ce qui est le cas de bien des personnages, blonde et blanche, pas sa faute, vu les taches de rousseur qu'elle se tape. Elle n'a pas non plus un role de parfaite, de vierge effarouchée. on pourrait à la limite la voir comme un guide, mais aussi pourquoi pas comme un chien d'aveugle, ce qui n'est pas très gratifiant.
Le problème c'est que tu n'aimais déja pas la mise en scène de Meireles avant. Donc forcément, dès le départ, t'es allé chercher la petite bête. Et tout symbolisme, mal pris devient lourd, pesant, pataud et mal amené. Pareil pour Pierre qui a tiqué dès le début et n'a pas démordu, traquant les "erreurs" et lourdeurs, la ou j'ai été juste happé dans le film, auquel j'ai accroché sans regard analytique. essayer pour voir, ça passe mieux !

Nostalgic du cool 19/10/2008 13:22

Pour ma part je n'ai pas aimé le film (ah voila pour ceux qui cherchaient un désaccord entre Carch et moi) et pourtant je me considère comme un cynique et si je pense que l'homme est capable de nombre de bassesses le traitement de Mereilles ne m'a pas du tout convaincu. J'ai trouvé que cela été mal amené caricatural et lourd avec d'un côté le Mal aveugle (c'est le cas de le dire, non mais Bernal a redéfinit l'exaspération la) et le Bien tout beau, j'ai trouvé cela d'un pathos appuyé, tire larme ahurissant et pour moi invraisemblable. Bref si je pense l'homme faible je ne le crois pas pathétique comme tend à le montrer le film par des effets agaçants genre le militaire pas cool qui tire au lieu de discuter. En plus après cette vision apocalyptique qui ne m'a pas convaincu voila la fin qu'il nous sert franchement je peux pas défendre ce film. Par contre et je rejoins Carch ici je lui reconnais un grand mérite c'est qu'il montre à quel point l'interprétation peut diverger sur une même œuvre.

Anna 18/10/2008 01:25

Oui Carch, mais pourtant j'ai plutôt tendance à penser moi aussi - c'est le postulat du film il me semble - que l'homme placé dans ces conditions monstrueuses de simple survie, privé de dignité etc. a de fortes chances de devenir une bête immonde. Mais là je sais pas je trouve que c'est amené de façon franchement grotesque.
Et oui la réaction de cette association est un peu stupide je suis d'accord, je trouvais juste ça très marrant...

Carcharoth 17/10/2008 14:19

Qu'ils sont cons ces aveugles américains ! Ehéhé non mais sans rire, mis à part la bonne blague de Saramago, la réactino est idiote de la part de cette association. On a du leur mentir au sujet du film, je ne sais pas moi, mais bon... Pour moi ce qui fait que les gens se chient dessus c'est la surpopulation, la perte totale de repère qui est illustrée à UN moment par cela.
Je ne suis pas d'accord avec toi sur le film, et plus je lis d'avis, plus j'ai l'impression que ce qu'on pense de Blindness dépend de la vision que l'on a de l'humain, et surtout de ce qu'on suppose sur ses actes lors de conditions extrèmes.

Snifff 16/10/2008 00:51

Bah y a quand même le rôle du vrai aveugle, qui est un beau salaud, profitant de sa légère supériorité par rapport aux autres. Comme quoi, au pays de la cécité blanche, l'aveugle est roi. En tout cas, José Saramago a gagné mon respect pour cette réponse.

pL 15/10/2008 16:31

"La Fédération américaine des aveugles a d’ailleurs protesté contre la sortie du film, qu’elle estime insultant et blessant à leur encontre."
Mais pourtant ce n'est absolument pas un film sur les aveugles!

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