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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 14:20
1965
Réalisé par Agnès Varda
Avec Jean-Claude Drouot, Claire Drouot, Marie-France Boyer
Film français.
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h 30min



Un jeune menuisier, père de famille comblé, heureux en ménage, s’éprend d’une postière avec laquelle il engage une relation amoureuse déculpabilisée. Pour lui, le bonheur s’additionne. Aimer deux femmes revient, en somme, à être deux fois plus heureux.

Le genre : et la couleur fut

Le cinéma en couleur a été inventé pour des films comme celui-là... Trois ans après le succès de Cléo de 5 à 7, Le bonheur est le premier long-métrage en couleur d'Agnès Varda, figure féminine quasi unique parmi les cinéastes de la Nouvelle Vague. Avec un titre pareil, ce ne pouvait d'ailleurs être qu'un film en couleur(s) ! Très influencée par les expériences esthétiques de son compagnon Jacques Demy (Les parapluies de Cherbourg date de l'année précédente), Varda travaille sur les relations entre les personnages et le décor dans lequel ils évoluent, et le rôle de la couleur dans celles-ci. Parades de jaunes éclatants, envolées de bleu ciel, vertiges de rouge et de vert : la caméra, dans Le bonheur, se fait pinceau et par touches impressionnistes dessine la cartographie d’une France des années 60, à l’orée de la modernité. Dans cette atmosphère de fragile insouciance, faite de dialogues banals et de petites scènes du quotidien, se dessine le portrait d'un jeune homme, François, qui cherche un bonheur qui lui soit propre et le trouve sans encombres : il aime deux femmes à la fois, son bonheur se voit donc multiplié. L'œuvre est d'une amoralité jubilatoire et s'attira évidemment les foudres de la censure. C'est que Varda, femme libre parmi les femmes libres, filme avec malice et sans aucun complexe un amour double mais totalement sincère, une plongée nonchalante dans la légèreté d'une vie heureuse. Pourtant, au grand damn de François qui n'avait rien vu venir, les conséquences de ce choix de vie seront graves... Mais la tragédie laissera à nouveau place au bonheur, qui refait inlassablement surface. D'où cette idée, terrifiante si l'on y réfléchit, d'une mécanique implacable du bonheur qui vient broyer les individus, devenus tous interchangeables. Varda se joue des clichés (la famille modèle...) et balaie sur son passage toutes les idées reçues et corsetées sur le bonheur. Son film peut se comprendre d'une infinité de manières différentes : un plaidoyer libertaire, un chronique amère de conventions sociales écrasantes,  une drame de l'éternel recommencement, une rêverie optimiste sur la persistance du bonheur... Tout ça à la fois, certainement. En plus d'être un film d'une puissance éthique et politique absolument fascinante, Le bonheur est d'une liberté formelle sans borne, foisonnant d'idées légères et graves à la fois, enchantant le monde et la vie (la photo de Rabier et Beausoleil, la musique de Mozart) tout en en exhibant lucidement toute la cruauté. Un chef-d'œuvre.






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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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