13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 02:27

CYCLE ARTHURIEN 6/10  

Comme la majorité des films vus jusqu'ici pour ce cycle qui passionne les foules, Camelot choisit parmi toute la masse d'enjeux narratifs et romanesques passionnants que contient la geste arthurienne, de centrer son intrigue sur le triangle amoureux Arthur/Guenièvre/Lancelot. Si cette orientation n'est pas nouvelle, au moins Camelot a-t-il une originalité sur le plan du genre : c'est une comédie musicale. À l'origine, il s'agit d'un show de Broadway dont le livret était inspiré, à l'instar du Merlin de Disney, des romans de T.H. White, et dont Julie Andrews et Ruchard Burton tenaient les rôles titres. Nous sommes en 1967, et l'âge d'or de la comédie musicale est passé depuis quelques années déjà. Joshua Logan, figure importante du théâtre américain, réalise un musical sans chorégraphies mais avec un atout majeur : les chansons d'Alan Jay Lerner et Frederic Loewe (déjà auteurs de Brigadoon et My fair lady).

Camelot, donc : la cité légendaire où réside le roi Arthur. Il y attend sa promise, la douce Guenièvre, qu'il épouse rapidement. Celle-ci ne tarde pas à rencontrer l'arrogant chevalier Lancelot, qui lui inspire d'abord de l'antipathie avant qu'ils ne vivent ensemble l'idylle que l'on sait. La jalousie du roi Arthur et les manigances de ses ennemis mèneront le royaume au bord de la guerre. Sujet vaste et épique, difficile à traiter dans le cadre du musical. C'est pourquoi l'intrigue se centre davantage sur les personnages, en particulier sur le roi Arthur incarné par Richard Harris. Choix judicieux car ce sublime anglais (plus connu par chez nous pour avoir été le Dumbledore des premiers Harry Potter) fait un roi génial, charmant, original, légèrement efféminé. L'acteur fait penser à Rex Harrison avec son phrasé si particulier, ce parlé-chanté qui convient si bien aux partitions d'Alan Jay Lerner (la musique de Camelot évoque d'ailleurs grandement celle de My fair lady, les deux productions étant quasi contemporaines). Pour tout dire, Richard Harris est, avec les remarquables chansons, l'attrait principal du film.

À ce titre, le début de Camelot est un régal, qui voit la rencontre, le mariage et les projets de souverains d'Arthur et Guenièvre – c'est Vanessa Redgrave, qui pastiche le chant de Julie Andrews et ressemble incroyablement à Catherine Deneuve, mais est très bien quand même. Puis arrive Lancelot, interprété par l'imbuvable bellâtre italien Franco Nero, et le scénario se fait beaucoup moins convaincant. C'est que toute la sympathie du spectateur demeure pour le roi Arthur, et l'on se demande vraiment comme Guenièvre peut tomber amoureuse d'un si piètre Lancelot alors que son époux est si charmant. À aucun moment Joshua Logan ne parvient à rendre cela crédible. Du coup, l'amour adultère de Lancelot et Guenièvre, alors qu'ils sont censés être l'un des couples mythiques les plus bouleversants qui soient, n'est à aucun moment émouvant (et ce même durant les chansons d'amour qu'ils interprètent à l'écran). Tout juste se réjouira-t-on ici que le film ait le bon goût de parler de l'adultère sans faire ni de la femme, ni du mari, ni de l'amant le méchant de l'histoire.

Le film, de comédie, se transforme progressivement en tragédie, en faisant du roi Arthur une figure mélancolique et troublante (là encore, remercions Richard Harris). Le problème majeur, c'est que cela se fait sur un temps effroyablement long : le film dure quasiment trois heures ! On retiendra tout de même quelques beaux passages, où Logan parvient à faire oublier une certaine artificialité des décors et des costumes (ces manteaux en peaux de bêtes, franchement...). La séquence du mariage en particulier, avec ses milliers de bougies scintillantes, est d'une grande beauté. De manière générale, la mise en scène prend en charge les changements d'humeur du scénario de façon intelligente. Cela dit, le basculement de la comédie vers la tragédie, du calme au chaos, du flirt au chagrin d'amour, finit tout de même par alourdir le film, qui s'étale bien plus que de raison sur un intrigue somme toute très légère. Reste à ce Camelot, un peu trop ambitieux pour ce qu'il a à offrir, un charme, une petite musique, un je-ne-sais-quoi...



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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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