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25 mai 2007 5 25 /05 /mai /2007 14:14
Date de sortie : 23 Mai 2007
Réalisé par Christophe Honoré
Avec Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Chiara Mastroianni
Film français.
Genre : Comédie musicale
Durée : 1h 40min.



Ismaël et Julie. Ismaël, Julie et Alice. Alice et Gwendal. Julie... Erwann. Ismaël et Erwann. L'amour sur tous les tons, c'est ce que raconte toutes les chansons d'amour.

Le genre : enchanté

Un bonheur. Une merveille de grâce, d’espièglerie, de gravité, de pudeur et d’humour. Avec Les chansons d’amour, Christophe Honoré réussit le pari risqué de faire un film vrai, moderne et d’esprit populaire tout en respectant les codes de la comédie musicale et les références imposantes qu’ils impliquent. Il le revendique d’ailleurs, lui qui dit ne pas aimer le cinéma « amnésique ». On pense alors essentiellement à Jacques Demy pour cette grâce, cette élégance et cette capacité à saisir l’esprit d’un lieu à travers des personnages et une intrigue délicieusement racontés. Ce que Demy a fait avec Rochefort, Cherbourg, Nantes, Honoré le réussit avec le 10ème arrondissement de Paris, mais sans le parer de mille artifices, simplement en le filmant dans sa réalité, sociale, culturelle, voire politique : les affiches de ciné sont celles de films qu’on a vu cette année (le tournage a eu lieu en janvier-février), les SDF ont froid la nuit, la rose socialiste se flétrit, Sarkozy triomphe déjà. Les chansons d’amour est un film au présent, qui nous parle de nos vies. Un film extrêmement moderne, donc, qui raconte aussi la manière dont les mœurs amoureux se sont redessinés, en ce début de XXIème siècle : on y chante l’amour et le sexe sur tous les tons, à deux, à trois, homo, hétéro, passager, durable, en famille, entre amants, en amis. C’est la vie qui est célébrée. Les délicieuses chansons d’Alex Beaupain, toutes des pépites pop à la Etienne Daho célébrant la sensualité joyeuse (« Embrassez-vous sur moi, hm hm ») ou triste (« Du bout de ta langue nettoie-moi partout »), parcourent le film avec un naturel bluffant. La fantaisie de la comédie musicale permet à Honoré de s’affranchir de pathos ou de réalisme exacerbé. Les chansons d’amour est avant tout un film libre. Les mouvements deviennent chorégraphies, les dialogues, poèmes. Les répliques ('écrites', comme on dit, mais tellement bien !) s’intègrent avec bonheur dans un univers à la fois réel et fantasmé. On n’est pas exactement chez Demy : dans Les demoiselles de Rochefort par exemple, on chantait comme on parlait (voir les mélodies de Michel Legrand qui respectait l’intonation des voix). Ici, c’est plutôt que l’on parle comme on chante. Et c’est tout aussi merveilleux. Mais il n'y a pas que ça : après une demi-heure de charme espiègle et faussement futile, le drame s'insinue et dévie la trajectoire du film. Il nous tombe dessus, comme ça. Et Honoré sait aussi nous parler du malheur. Le deuil, et la manière dont chacun parvient à s’en sortir, à faire avec, est au cœur de son œuvre. Pas de misérabilisme, juste la vie qui continue, cruelle ou douce, mais toujours surprenante. Les acteurs tous impeccables, beaux, sensuels, humains, ajoutent à la douceur et au charme de ce grand film populaire qui, tout en convoquant tour à tour Nouvelle Vague et références musicales, reste un conte moderne et subtile qui fait souffler un vent de liberté et d'innovation infini sur le cinéma français, sur le cinéma mondial, sur l’art, sur le monde.





>>> A lire : l'adorable critique de Fab sur Passion Scopik.


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash solicitors 09/08/2011 04:41

Thanks for taking this opportunity to discuss this, I feel strongly about it and I take pleasure in learning about this topic.

Chris 05/10/2009 21:24

Je relis un peu par hasard ta critique et pense : quel film merveilleux ! Quel bonheur sans mélange ! Rien depuis ce film ne m'a procuré la même jouissance, la même plénitude, âme, coeur, corps.
Et ton article le rend bien.
Et en plus je ne suis ni gay, ni parisien, ni bobo. Ou alors je ne le sais pas.

MiKLR37 09/06/2007 21:37

Un film magnifique.
Pour moi qui ne suit pas un "bobo" de naissance (puis-je dire cela), le film ne m'a pas semblé hermétique à une certaine frange de la population. Je ne le trouve pas élitiste. Je pense qu'il y a pire (cf. cinéma de Breillat). Et puis, je n'aime pas beaucoup qu'on colle des étiquettes : ce film est "bobo", celui-là est "gaucho", un autre est élitiste, comme dans l'art en général c'est à l'individu avec sa culture de se sensibiliser à l'oeuvre. On aime ou on aime pas. Mais on respecte l'art.

Ce film est beau, comme sa musique.

DZ 03/06/2007 16:42

Pas une seule fois, tu ne dis "bobo" ou "parisianniste" pour évoquer ce film magnifique... J'en connais qui doivent être contents !

ffred 28/05/2007 12:47

Une vraie merveille injustement boudée à Cannes !

MG 27/05/2007 00:04

Et un belle critique sur ce film boulversant de plus ! Félicitation Anna :) et à ce que je vois tu n'as pas échappé non plus à faire un lien au billet de Fab...

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