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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 18:09
 Pathé Distribution

On voit très bien quel formidable film aurait pu donner ce roman de Colette (deux en réalité : Chéri et La fin de Chéri) sur l’amour d’une courtisane vieillissante pour un très jeune dandy, fils d’une ancienne « collègue », amour voué inexorablement à l’échec. Malheureusement, Stephen Frears en fait un film terne et sans passion, très soigné mais superficiel, et dénué de véritable humanité. Le cinéaste anglais donne au texte original un flegme très British, approche originale mais pas totalement convaincante.

Sur la direction artistique, il n’y a pas grand-chose à reprocher : décors, costumes, photographie, lumières, tout concourt à permettre de retrouver l’atmosphère de la Belle Epoque durant laquelle se déroule le roman de Colette, de façon extrêmement travaillée et pro. À la limite, c’est cette joliesse permanente, ce côté chic et/ou toc et finalement cette froideur qui dérangent et empêchent le trouble que devrait susciter cette histoire de passion tragique de s’installer. Frears ne semble pas avoir jugé bon de faire usage de l’ironie censée être sa marque de fabrique à l’encontre de ces décors très codifiés, alors que c’est là un des enjeux forts du récit : comment la naissance d’un véritable amour entre les deux personnages vient pervertir de l’intérieur cet univers oppressant.

Michelle Pfeiffer et Rupert Friend. Pathé Distribution

Déjà (trop) discrète dans The Queen, cette ironie semble donc absente ici, ou alors utilisée à mauvais escient, c’est-à-dire contre les personnages. Chéri distille la très désagréable impression que le cinéaste n’a que dédain pour eux, là où on attendait une vraie compassion, malgré leurs défauts, leurs illusions, leurs naïvetés. Tous pourraient être touchants, mais ils sont présentés comme invariablement ridicules : Chéri est un insupportable capricieux (le falot Rupert Friend), sa mère une vieille cynique et grotesque (Kathy Bates fidèle à elle-même) ; un jeune amant passager de Léa est présenté cruellement en deux plans trois mouvements comme un niais fini… Les rires que suscite parmi les spectateurs ce genre de mesquineries de la part du cinéaste me gênent énormément.

À la fois trop belle et encore trop jeune pour le rôle de Léa de Lonval, Michelle Pfeiffer s’acquitte tout de même de la tâche avec une belle mélancolie. Elle arrive par instants à émouvoir et à faire sentir ce qui aurait pu être un très beau film sur une femme amoureuse qui regarde sa beauté se faner peu à peu. Mais Frears ne choisit jamais entre l’ironie mordante et le mélodrame ou la tragédie totale - ou plutôt il choisit le fiel et la méchanceté -, aussi reste-t-on tristement insatisfait, voire irrité. On regrette la complexité et la perversité joyeuse des Liaisons dangereuses, pourtant scénarisées par le même Christopher Hampton (et déjà avec Michelle Pfeiffer). L’un des avantages du film cependant, comme c’est souvent le cas avec les adaptations ratées, est celui-ci : il donne envie de lire le roman.

Michelle Pfeiffer et Kathy Bates. Pathé Distribution

À voir aussi sur le blog
Films de Stephen Frears : High fidelity, Les liaisons dangereuses, The Queen


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

Mickaël 17/04/2009 16:19

Il y a en effet quelque chose d'assez râté dans ce film étonnament court par rapport aux productions de notre époque (de plus en plus, le format de base est deux heures de durée - ici, une heure trente pour l'adaptation d'un roman !). D'abord, la vanité de cette peinture d'une société inoccupée et ennuyée (alors ennuyeuse) de la Belle Epoque. Tout semble étrangement superficiel pendant une heure vingt. Ensuite, la voix off annule ou presque toutes les entrées dans le film (pas d'émotion, pas de drôlerie). Ceci étant dit, la dernière image laisse une impression ambivalente, entre réflexion et perplexité, renvoyant à la thématique de la vieillesse et surtout de l'amour impossible. J'y reviendrai sans doute sur Le Temps du Cinéma.

Edisdead 15/04/2009 11:59

Ma foi, bien d'accord avec tout ça et plus sévère encore sur la direction d'acteurs.
C'est vrai que cette ironie est mal placée. Elle surplombe tout (à l'image de lutilisation de la voix-off) pour faire rire le spectateur d'une histoire qui se veut en même temps douloureuse. Résultat, nous n'avons ni l'émotion ni la cruauté.

MG 13/04/2009 22:54

Oh oui que Pfeiffer a vieilli.... de toute façon la bande annonce ne faisait pas envie.

Snifff 11/04/2009 18:23

Tout à fait d'accord avec toi, sur cette adaptation sûrement ratée (je n'ai pas lu le livre de Colette), qui ne vaut que pour sa forme d'écho aux Liaisons Dangereuses, 20 ans après, avec le même scénariste. Le temps a passé. Pfeiffer a vieilli, voilà tout.

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