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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 00:27
MK2 Diffusion

Huit ans après Ten, Copie conforme marque le retour d’Abbas Kiarostami à la fiction. Pour la première fois, le cinéaste iranien tourne en dehors de son pays (ici en Italie) et avec une vedette internationale à l’affiche. Copie conforme est un film aussi étrange et intriguant au départ que fatiguant et crispant au final. Sa plus grande partie est constituée de dialogues entre un homme et une femme aux relations assez troubles, qui se promènent dans un village toscan et dont on ne sait pas réellement s’ils se connaissent déjà. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Copie conforme est un film bavard, voire verbeux. Parfois, les dialogues sont intelligents, malins, mystérieux. Pas toujours. Kiarostami met en place une réflexion sur l’original et la copie en art : selon le personnage interprété par le chanteur lyrique William Shimell, la copie vaut parfois beaucoup mieux que l’original - c’est la thèse audacieuse de son ouvrage. Le film livre quelques réflexions intéressantes sur le sujet, principalement à travers sa structure même (il est séparé en deux morceaux - l’un l’original et l’autre la copie ?).

Il y a en effet dans Copie conforme un fameux twist scénaristique central (et non pas final, pour une fois), dont je ne dirais rien, mais que par ailleurs j’ai trouvé sans grand intérêt. Effectivement, la perspective sur les personnages se trouve renversée, mais que cela nous apporte-t-il ? Ce glissement narratif reste totalement théorique du début à la fin, il ne vient nourrir la perception ni de la première ni de la seconde partie du film. De manière générale, c’est là le problème de Copie conforme : il est entièrement théorique et ne parvient pas à s’incarner dans ses personnages, qui demeurent d’affreux stéréotypes. La femme est nécessairement fleur bleue, émotive, romantique ; l’homme est détaché, raisonnable, cynique. Pitié, franchement… Binoche et Shimell font ce qu’ils peuvent et le font plutôt bien (elle est un peu en roue libre tout de même), mais leurs personnages sont tellement exaspérants et antipathiques qu’on souffre véritablement pour eux.

Juliette Binoche et William Shimell. MK2 Diffusion

En sus, Copie conforme livre une vision absolument sinistre, déprimante et glauque au possible de la vie en couple et cumule également les poncifs sur l’art, les intellectuels, la vie même. Si vous avez envie d’être en couple, de vous marier, d’avoir des enfants, de parler d’art, de vous promener en Italie ou même de vivre, n’allez pas voir ce film, vous risqueriez d’en être dissuadé… La conception des rapports humains mise en avant par Kiarostami est d’un sordide total. Sa mise en scène est assez brillante et parfois lumineuse mais tourne rapidement à vide, tant elle est systématique (champ-contrechamp, plans séquences). Systématique pourrait être le mot clé de ce film totalement unidimensionnel, artificiel  et ultra-satisfait de son propre dispositif, qui ne cesse de cautionner son système et sa  vision du monde, et reste irrémédiablement fermé sur lui-même.


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash claim 18/08/2011 01:22

Copy is a film as strange and intriguing at the outset that ultimately tiring and clenching. The most part consists of dialogues between a man and a woman with enough troubles relations. Very nice post indeed about the topic even though its a little bit boring, but I guess I can handle it.

Mickael 15/07/2010 16:40

J'avoue avoir était un peu déçu par ce film, tant sur le jeu d'acteur que sur le scénario, mais cela reste un avis personnel...

Miss Nobody / Anne 11/07/2010 13:44

Je suis en tout point d'accord avec cette critique.

Ce film m'a déprimée au plus haut point: heureusement l'envie de se flinguer après le film ne dure qu'un instant.

Je n'ai pas vu ce film en couple, heureusement (le film livre une représentation assez juste mais beaucoup tellement pessimiste de l'amour!!! J'ai pu voir 2 petits vieux main dans la main en sortant du cinoche, ça m'a remis un peu de baume au coeur!), mais avec une amie. On a bu un verre et rit un bon coup après la séance (surtout de l'interprétation diabolique du gamin au début du film)... et ouf, on a pu retrouver un peu le sourire! :D

Chris 01/06/2010 22:10

Anna, jusqu'à présent je n'avais pas eu l'occasion de te le dire, mais sur cette critique, je ... t'apprécie beaucoup, tu dis exactement ce que je pense, et réciproquement.

selenie 29/05/2010 19:15

Kiarostami choisit une mise en scène particulièrement sobre et classique (à part son jeu de miroir) pour un sujet très théâtral. On suit un couple qui discute et débat sur la valeur de la copie dans l'art avec un parallèle évident sur leur vie de couple. Aux décors splendides se joint des dialogues denses mais particulièrement intéressants, encore faut-il pouvoir tenir tant le film est très bavard ! Le duo star joue à la perfection notamment Juliette Binoche qui mérite (n'en déplaise aux aveugles) son prix d'interprétation à Cannes. Alors oui sans doute un poil trop figé et bavard mais le film offre son lot de plan magnifique, de scènes superbes d'émotion (surtout à la fin) et une réflexion riche sur l'art et aussi sur le couple. 3 étoiles pour moi.

Gagor 29/05/2010 01:20

Au contraire, ce film m'a donné envie de parler des heures et des heures avec les personnes que j'aime, sur des thèmes aussi larges. Je veux vivre, aimer, me ballader dans des ruelles d'Italie... Kiarostami ne prend jamais parti, dans le débat, pour l'un ou l'autre des personnages, et j'avais sans cesse envie de réagir à leur propos. Je suis assez étonné que tu ne l'ai pas aimé (même si je ne suis pas souvent d'accord avec toi). Bonne nuit...

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