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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 00:41


Deuxième long-métrage, aux ambitions « coup de poing », de Jean-François Richet (après États des lieux, déjà un film sur la banlieue), Ma 6-t va crack-er est aujourd'hui plus ou moins oublié, et quand il ne l'est pas, il semble mal aimé. C'est pourtant un film certes imparfait mais qui m'a touchée par la qualité de son regard et la sincérité de son propos. C'est caméra à l'épaule, dans un style sobre et direct que Richet choisit de filmer la vie de jeunes des cités qui passent leur journée à traîner en bande, entre bagarres, rencontres fréquentes avec la police et sermonnage par les adultes (parents ou professeurs).

Le cinéaste se garde de porter un jugement d'ordre moral sur ces jeunes et  sur leurs comportements apparemment absurdes et gratuitement agressifs. Il ne les enfonce ni ne les défend aveuglément, et il fait droit à plusieurs voix contradictoires (un personnage d'éducateur bien intentionné, une fille qui fait gentiment la leçon). Bien sûr, l'empathie avec les personnages restent le maître-mot mais ce qu'il s'agit de faire surtout pour Richet, c'est montrer. Montrer la colère, le sentiment d'impuissance, la révolte, la rage. En montrer également les causes possibles : la misère des quartiers, les harcèlements policiers mais aussi l'existence de ces lieux désœuvrés « où la police ne va plus ».



Le propos est totalement sincère et Richet met son peu de moyen au service d'un récit ultra-réaliste qui fait souvent froid dans le dos. Ma 6-t va crack-er a été écrit avec des jeunes de banlieue et joué par eux, d'où une crudité et une vérité des dialogues qui émeut souvent. Les jeunes interprètes sont d'un naturel confondant, et la bande son rap démontre un désir d'authenticité. La note naturaliste est tenue jusqu'au bout, d'où la plus grande portée émotionnelle du final. Cette fin en apothéose (si l'on peut dire) est évidemment ce que le film possède de plus stupéfiant et scandaleux : des scènes de destructions gratuites, mues par la seule rage de vivre dans la misère, préfigurant à leur manière les émeutes de banlieue de 2005.

Le sérieux du propos de Ma 6-t va crack-er est mis en évidence par le texte final, extrait de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : « Art 35 : Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs... ». Voilà très clairement un plaidoyer en faveur de la révolte des jeunes des cités. Le film prône-t-il pour autant la violence, comme cela lui a beaucoup été reproché ? Je ne le pense pas : il montre ce qui pourrait arrivé, ce qui est arrivé. Richet prend le partie des jeunes qu'il filme avec tant de délicatesse, ambitionnant peut-être de se faire leur porte-voix ; et il n'hésite pas à taper sur les flics et les autorités. Cependant le film dans son ensemble n'a pas la naïveté de croire que l'on trouve les bons d'un côté et les méchants de l'autre. Il montre simplement des vies brutes et misérables. C'est la colère qui le meut, mais c'est la réalité qu'il donne à voir.




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Published by lucyinthesky4 - dans A contrario
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