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14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 14:30
Salut à tous !
Comme annoncé précédemment voici un modeste analyse à quatre mains d'un de mes coups de coeur de 2006, la comédie américaine déjantée Little Miss Sunshine. C'est le bloggeur Keruit, inventeur du concept du Duo d'avis (voir les précédentes éditions : avec Sibilia ici et , avec MiKL ici et ), qui sera mon partenaire. Mon avis à moi, et les réactions de Keruit, sont donc publiés sur son blog (par ici !).
Keruit est le webmaster du blog Fredhorizons : critiques de films, que vous conseille vivement car humour, sympathie et qualité de rédaction, d'analyse, de présentation, sont au rendez-vous.
N'hésitez pas à nous faire part de vos réactions !

Keruit : Je commencerai bien par cette alchimie parfaite entre les acteurs et actrices. Très visible à l'’écran. Je ne sais comment Jonathan Dayton et Valerie Faris, les metteurs en scène, Michael Arndt, le scénariste, ont fait. Car c'’est leur tout premier film. Coup d'’essai, coup de poker, coup de maître ! Comment ont-ils fonctionné au plan mise en scène pour arriver à une telle complicité dans leur troupe d'’acteurs(ices) ? La scène du repas, au tout départ ? Comment ont-ils briefé la petite Abigail pour qu’'elle paraisse aussi révolutionnaire dans son attitude ? C’est quand même fou, ça, de pouvoir conditionner même les plus jeunes acteurs pour faire de la comédie haut de gamme à ce point ! Parce que Little Miss n’a pas les défauts des autres comédies, où on sent parfois un manque de naturel, quelques récitations de textes... Rien n'’est tape à l'oe’œil en soi, Little Miss est une mayonnaise qui monte doucement mais sûrement. Je n'’ai pas pu résister à la magie de cette comédie. Pour finir sur cette alchimie…, pour moi c'’est la qualité principale que doivent avoir les acteurs(ices) d'’une comédie. C’est là que Little Miss dépasse toutes les autres comédies de ces 5 dernières années. Cette complicité est tellement rare …et paradoxalement tellement importante pour ce genre cinématographique.

Anna : C’est vrai. La direction d’acteurs dans Little Miss Sunshine est absolument remarquable. L'’alchimie qui se crée entre toute la troupe est d'’autant plus agréable qu"’aucun d"’entre eux n"’étant ultra-célèbre ou génialissime, personne ne prend le pas sur l’'autre en sortant un grand numéro écrasant. À la limite, je dirais que toute la troupe a pris plaisir la laisser la petite Abigail Breslin bluffer son monde avec son adorable numéro. C’est ça aussi, le don du jeu : savoir équilibrer et donner une place à chacun des interprètes, même les plus jeunes. C’est en effet une des qualités principales d'’une comédie réussie, qui repose très souvent sur les interactions entre des personnages aux personnalités et aspirations différentes. De plus, LMS parvient à échapper à l’'aspect « machine à grosses ficelles » qui handicape tant de comédies. Tout y semble naturel, jamais gratuit, et ceci est en grande partie dû à la complicité qui se crée entre les personnages, et avec le public.

Greg Kinnear, Abigail Breslin, Alan Arkin, Steve Carell, Paul Dano et Toni Collette. Twentieth Century Fox France

Keruit : Hormis la petite Abigail, pleine de talent malgré qu’'elle soit haute comme 3 pommes, Steve Carell, Greg Kinnear ou Toni Collette ne sont pas intrinsèquement de grands acteurs. C’est leur réunion qui fait leur force. Chacun est têtu dans son excentricité, et c’'est la rencontre entre ces « imbéciles qui ne changent pas d’'avis » qui décape et dépoussière un maximum. Un sacré travail d’'écriture des rôles donc, et un travail honnête réalisé par ces acteurs (rôles fermés sur eux-mêmes, donc un peu plus facile à jouer). Le courant passe quand même entre ces têtus, ce qui fait de sacrées étincelles. A côté de Little Miss, notre bon vieux Dîner de cons passe plus pour du théâtral, du crispé, etc.… Il y aurait donc deux écoles : la française, très travaillée ; l’'indépendante US, très travaillée malgré les apparences, et rudement aussi gonflée et osée que les comédies US ayant accès au box-office.

Anna : Les rôles de chacun sont en effet extrêmement travaillés et les conflits entre les personnages sont la source de nombreux gags, mais pas de façon automatique et prévisible. Je comprends ton opposition avec les comédies françaises comme Le dîner de cons, dans la mesure où ce dernier a un côté un peu systématique, bien qu'’extrêmement drôle, qui oppose mécaniquement la connerie crasse de Villeret et la connerie snob de Lhermitte. Le schéma est celui d'’un vaudeville assez classique et le huis clos renforce l’'atmosphère théâtrale. Dans un road-movie, forcément, ça bouge plus ! LMS donne l’impression d’être moins laborieux et plus culotté, grâce à des partis pris scénaristiques originaux.

Toni Collette, Abigail Breslin, Alan Arkin, Paul Dano, Steve Carell et Greg Kinnear. Twentieth Century Fox France

Keruit : En plus de cette alchimie, il y a cette impressionnante gamme d’humours : gestuelle, subtil, décalé, grossier et gras, satirique, ironique, noir. Ce qui fait que Little Miss est selon moi la comédie US la plus exportable en France (pays maître pourtant, qui demande souvent un fond en plus des gags) depuis très longtemps. Mais attention, ce film est une comédie plus que du comique. Ne jouons pas sur les mots : on passe du pathétique au drame notamment, grâce au fond d'’intrigue.

Anna : Je l'’ai souligné également dans mon analyse, l’une des grandes qualités de LMS est qu'’il joue sur une gamme étonnamment grande de ressorts comiques différents. Il peut par conséquent s'’adapter à des publics forts différents. Cependant, on ne peut pas en effet parler de véritable film comique. Les procédés humoristiques sont également au service d’un propos critique et intelligent sur la société américaine, et laissent aussi la place à des moments d'’émotion qui ne sonnent jamais faux. La famille Hoover a des problèmes, comme tout le monde, voire plus, et le film ne cherche pas à éluder cela en construisant un schéma basique et formaté dans lequel tous les personnages trouveraient à la fin leur bonheur. Le drame, la tragédie sont des passages essentiels du film, qui participent aussi d'’une dynamique scénaristique remarquable.

Toni Collette, Paul Dano et Greg Kinnear. Twentieth Century Fox France

Keruit : Au plan du fond on peut y avoir par exemple une petite satire du système « loser/winner » typiquement américain, c'est-à-dire sans juste milieu. Le rôle d’homosexuel de l’oncle (Steve Carell), limite « petit suiss(idé) » en puissance, permet de connecter aussi l’œ'oeuvre à notre époque, même si c’est un rôle pathétique. Le stéréotype du retraité corrosif et aigri d’en avoir fini avec sa jeunesse, est davantage « rentre-dedans », mais cela permet les étincelles grasses et grossières du film. Avec ses morales données au fils aîné qui s’enferme dans un mutisme jusqu’à ce qu’on lui paie son école de pilote d’élite d’avion. Celui-ci caricaturant les adulescents (contraction ado/adultes) à l’'extrême : pas loquace, fermé sur lui, mal être, ambition démesurée, vit dans un cocon, un rêve doré, adore Nietzsche, le philosophe du renoncement (ça c’est bien marrant, cette affaire de Nietzsche, vraiment de la caricature !). Encore un american dream doré et superficiel, qui est satirisé lui aussi. La mère « no stress », le père « très principes », la petite qui veut jouer les miss absolument et qui en fait le premier but de sa jeune vie… (satire de l'’Amérique moderne, celle de l'’image et du succès éphémère) …tous ces rôles s'’imbriquent merveilleusement bien, malgré leurs divergences énormes. C’est électrique !

Anna : En effet, chaque personnage semble symboliser un stéréotype particulier, et le film s’'applique à les démonter les uns après les autres. L'’homosexuel intello et suicidaire, le papy je-m’en-foutiste, la petite fille obsédée par les concours, le fils en rébellion contre l’'autorité, le papa « be a winner », la mère qui tente de gérer tout cela dans le calme, tout ce beau monde peut paraître légèrement cliché. Mais c’'est justement là un des points forts du film, qu prend une impitoyable distance envers ses personnages, et leur permet de se remettre un peu en cause au fur et à mesure que le film avance… sans que cela soit jamais moralisateur. Juste un mot à propos de Nietzsche, c'’est vrai que ça, c’'est la caricature de l’'adolescent intello mal dans sa peau : il adule Nietzsche. Au passage, ce dernier n’'est pas un philosophe du renoncement dans la mesure où il met en avant la volonté de puissance. Il cherche à comprendre l'origine des valeurs morales qui prônent l’'ascétisme et le renoncement à la vie et aux instincts, et qui ont permis aux plus faibles de prendre la place des plus forts. LMS est presque un film nietzschéen, quand on y pense !

Steve Carell, Paul Dano, Toni Collette, Abigail Breslin, Alan Arkin et Greg Kinnear. Twentieth Century Fox France

Keruit : Le déroulement de l’intrigue est très, très agréable. Ça peut se résumer à une famille (parentèle élargie au grand-père, et même à l'’oncle revenant) qui part sur la route. Un road-movie décapant car il d’agit de filmer une famille, la plus excentrique qu'’elle soit, mais UNE FAMILLE. Ce que je veux dire, c’est qu'’en famille on ose dire ou faire ce qu’on ne ferait pas ailleurs. Ce qui donne un sacré naturel, une sacrée fraîcheur aux rôles et aux répliques ! C'’est vraiment très bien pensé de la part du scénariste ! On entre dans une intimité, on accède à des affranchissements de tabous, et à du franc-parler monumental d'’hilarité (ou de sourire au pire).

Anna : Oui, l’'espace de la famille, un des thèmes centraux du film, n’a pas été choisi au hasard. C’est l'’espace de tous les possibles scénaristiques car les personnages se connaissent par coeœur. C'’est le lieu de l’'amour le plus fou comme de la cruauté la plus grande. L'’intimité est une abîme parfois apeurante ! Si elle est vantée en tant que valeur traditionnelle par tout un courant politique et par la société, américaine notamment, la famille est nettement plus écorchée dans la littérature et le cinéma (« Famille, je vous hais » : c’est du Gide, mais Dwayne aurait pu le dire !) et c’'est tant mieux ! Les Hoover ne sont pas une des modèles d'’unité et de sérénité, de là part le postulat comique du film : les faire cohabiter dans un van cabossé pendant 3000 km, pas facile ! Les interactions entre les personnages sont d'’autant plus intéressantes et drôles qu'’elles tranchent avec l’image un peu bête de la famille américaine modèle.

Paul Dano et Steve Carell. Twentieth Century Fox France

Keruit : Alors évidemment, quand le film va s'’emballer, le spectateur est achevé progressivement, notamment par des crampes aux zygomatiques : on se moque des morts, via le vol d’un cadavre et le rapatriement en douce, dans le coffre d’un van déglingué, un flic dont on pense qu’il va repérer le sinistre, et qui en fait nous sert un humour gonflé, osé, en accrochant son regard non pas sur l’'étrange paquet enveloppé d’un drap qui loge dans le coffre, mais sur un magazine porno dont il est fan de la pin up de couverture. Vraiment 'n’importe quoi ! Tordant ! Et je ne parle pas de cette critique acerbe du système de star-system, via le concours final de « la meilleure petite miss Sunshine », dont on se réjouit énormément du ballet insultant imposé par toute la famille sur la scène… à un système américain qui cautionne les « stars jetables ». Ballet je-m’en-foutiste, et non chorégraphié, dont la petite Abigail ose des postures non plus de « petite miss », mais de grande. Le film avait déjà dérapé, c’'est le clou. J’'arrête là …parce que j’ai une crampe à la mâchoire. Je rends l’'antenne… « A vous Cognac-Gênes ! »

Anna : Certes, le comique prime. Les scènes de drame sont immédiatement contrebalancées par des situations burlesques ou absurdes qui désamorcent voire décrédibilisent, avec une auto-dérision assez jubilatoire, les moments de tristesse et de gravité. La satire sociale passe aussi par des scènes au potentiel comique infini. Et là on pense évidemment au final « Superfreak », où les conventions, la discipline, l’'autorité, s’'en vont valdinguer autre part grâce au clan Hoover qui trouve pour une fois le bonheur dans une unité retrouvée pour un moment et s'’éclatent ensemble, et le spectateur avec. So great !

Abigail Breslin. Twentieth Century Fox France

Voilà, voilà, un grand merci à Keruit pour m'avoir donné l'occasion de débattre comme ceci, ce fut très agréable ! En espérant vous avoir donné envie de voir/revoir le film et aussi, pourquoi pas, de rendre visite à Fred sur son blog !

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Published by lucyinthesky4 - dans Blogosphère powaa
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commentaires

salope 11/03/2008 14:33

Juste pour dire merci pour ce superbe blog !

Un cinéphile 30/09/2007 12:34

Et les dessins animés?Pourquoi ne pas analyser les dessins animés, nottemment ceux de Disney?
Malgré leur apparence enfantine et leur apparente grossièreté, beaucoup recèlent des trésors de symbolique et de messages trés forts... Le Roi Lion, par exemple, comprend en une heure 1/2 plus de sens symbolique que beaucoup d'autres film dits "recherchés" dans leur réalisation.

Carcharoth 17/09/2007 20:53

éhéh merci pour Nietzsche Anna. Critique de la "crise de l'adolescence" par le mutisme du jeune homme pourquoi pas, mais voir en Nietzsche le philosophe de cette même crise, je l'ai mal pris, car même si je ne prétend pas avoir ta connaissance de sa doctrine (qui n'en est pas une au passage, philosophie on va dire alors..), j'aime bien son questionnement et ses réflexions, et je ne pense pas (plus) être un ado criseux, ni un nihiliste renonçant (plutot le contraire, un gars aimant la gaya scienza, ou cherchant à l'être). J'avais d'ailleurs essayé de rapprocher certaines idées de ce philosophe à des films de Tsukamoto, même si c'était sans doutez un peu tiré par les cheveux.
Enfin, cher Keruit, ne le prend pas comme une remontrance éhéh, mais c'est vrai que ce pauvre Nietzsche a trop souvent été décrié à tort, alors prendre sa défense est presque naturel...
Aller à bientot, et bravo en avance pour tes 300 000 visites ! et ton blog star d'il y a peu !

Evan 23/08/2007 17:20

C'est un bijou d'humour et de fantaisie.

Bravo pou l'analyse, c'est vraiment très bien fait. ;-)

Anna 19/07/2007 19:46

Salut tout le monde et merci pour vos commentaires très sympas ! Je serai bientôt de retour sur la blogosphère Allociné ;-)
pour Keruit --> lol pour Nietzsche, ba écoute en tant qu'étudiante en philo, j'étais obligée de la ramener. Bravo à toi aussi, on a bien travaillé !

MG 17/07/2007 19:36

Encore un chouette duo d'avis...je le lirai dès que j'aurais vu le film...c'est à dire très très bientôt :)

MiKLR37 17/07/2007 12:17

Hi anna !

Très sympa ce duo d'avis, beau travail, mais en même temps c'est facile quand on a la plume de keruit comme partenair et ton sens du mot bien pensé en face ! Deux belles plumes, deux beaux duo, sur un film tout aussi magnifique.

A quand le prochain !?

Araknyd 14/07/2007 17:14

Joli travail d'analyse :). Comme je le disais sur le blog de Keruit, votre duo d'avis est très intéressant.

Il y a une scène qui m'est resté marquée, que je vois défiler à chaque fois que l'on me parle de Little Miss Sunshine: celle qui se déroule dans un café, où la petite demande une glace. On sent bien que l'ambiance est très tendue, les personnages sont tous sur les nerfs et se lancent des piques. Pourtant, on se surprend à rire, alors que dans le fond, il y a un vrai malaise qui ressort de cette scène. C'est je crois l'impression majeure que j'ai de ce film. Une sorte de rire étouffé.

A bientôt :).

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