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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 01:38


Devdas, le fils d'un riche propriétaire, et Paro, la fille d'un modeste voisin, s'aiment passionnément. Malheureusement, le père de Devdas n'accepte pas l'entrée de Parvati dans sa famille en raison des différences de classe sociale. Paro va alors épouser contre son gré un propriétaire plus âgé qu'elle, et Devdas, parti à Calcutta, sombre dans l'alcoolisme...

Diaphana Films

En tant que passionnée de comédies musicales, il était temps que je découvre ça : le cinéma musical - et d'ailleurs le cinéma tout court - le plus actif au monde. Devdas est probablement le film bollywoodien le plus connu en France. Je ne m'attendais pas à l'apprécier autant. Il s'agit d'une belle tragédie, sur le thème ultra classique de l'amour entravé par les disparités sociales, un Roméo et Juliette à la sauce indienne kitsch. Le récit est relativement prévisible mais parvient à émouvoir.

Une chronique intéressante de la société indienne s'y fait jour, même si le film n'a rien de réaliste et qu'on ne sait ni où ni quand il se déroule. On ne sort pas un instant de ces décors somptueux de palais aux riches décorations, irréels jusqu'à l'overdose. C'est peut-être là que se trouve le seul vrai dépaysement (ce kitsch, cette mièvrerie parfois, auraient du mal à ne pas paraître ridicule dans un film occidental). Car pour le reste, c'est bien la totale transparence culturelle du récit (qui pourrait se dérouler partout ailleurs dans le monde) qui saute à yeux, puisque le film évoque même par moment d'autres fresques romantiques (Autant en emporte le vent...).

La « critique sociale », donc, est prévisible mais toujours précieuse : constat du tragique de la condition féminine (les femmes indiennes n'ayant d'autres choix que d'être une maman ou une putain), climats familiaux asphyxiants, classes sociales irréconciliables (bien que le mot « caste » ne soit jamais prononcé, on pense bien à cette terrible réalité) et même alcoolisme, même s'il s'agit à l'évidence davantage d'un ressort dramatique destiné à renforcer la tragédie. Ce n'est cependant pas avec des films comme celui là que l'on comprendra véritablement les contradictions de la société et de la culture indiennes, même s'il donne une certaine idée de ce cinéma pour lequel les Indiens de nos jours se déplacent en masse.

Diaphana Films

Ce sont le spectacle et sa démesure qui priment. Les numéros musicaux sont honnêtement assez difficiles à avaler et en même temps ne m'ont pas particulièrement marquée, sauf peut-être la danse des deux héroïnes toutes deux amoureuses du beau Devdas et que cet amour rassemble au delà des différences de classe. En tout cas, tout est en permanence à disposition pour le plaisir des sens (couleurs, décors, costumes, musique, actrices d'une incroyable beauté, et même étoffes, mets, parfums...). Cette profusion assumée est l'une des originalités de ce genre que l'Inde produit à la chaîne depuis des années.

Pour toutes ces raisons, j'y ai pris un certain plaisir. Devdas possède un charme, assez clinquant et très kitsch, mais un charme quand même. Ne nous emballons tout de même pas : le film n'est ni d'une grand audace formelle (tics de mise en scène et imagerie répétitive) ni d'une grande profondeur dans les sentiments (la délicatesse devient bien souvent mièvrerie, la légèreté frivolité, la joliesse putasserie), et sa démesure cache mal parfois une certaine fadeur. On regrette aussi que les moments de sensualité soient si rares, la chasteté et la candeur générales du film renforçant cette impression que le feu de la passion manque. Sans compter que Devdas dure tout de même trois heures, ce qui implique certaines longueurs même si on ne s'ennuie pas vraiment (le foisonnement permanent est exaspérant mais il tient éveillé !).

Ce Bollywood fait je pense partie des plus accessibles aux occidentaux – pour ne pas dire qu'il est formaté pour l'Occident. Il donne du moins un bon aperçu du genre. Agréablement exubérant mais un petit peu épuisant.

À voir aussi sur le blog
L'Inde (vue par l'Occident) : The Darjeeling Limited (Wes Anderson), Le fleuve (Jean Renoir), Slumdog millionaire (Danny Boyle)


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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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commentaires

Anna 15/01/2009 10:44

Merci pour les éclaircissements et les conseils!

DanielOceanAndCo 15/01/2009 01:23

Mmmmmmmmh, intéressant cet article ^^

Aussi me permetterai-je de faire quelques commentaires qui risquent de me faire passer pour "Monsieur-je-sais-tout-du-cinéma-indien" lol (heureusement, j'ai peur de rien ^^).

Bon, tout d'abord, le simple nom de famille de Devdas : Mukherjee, indique que l'action se déroule au Bengale (état de naissance de Satyajit Ray) et tout nous fait penser que ce film se déroule au début du XXe siècle.
De plus, ce film est l'énieme adaptation d'un roman très populaire en Inde et il a été fabriqué pour ramener l'intérêt des jeunes Indiens au cinéma traditionnel hindi car ils avaient plutôt tendance à lorgner vers la culture occidentale ce qui explique en partie l'aspect spectaculaire légèrement appuyé ^^

En fait, en parcourant ton blog, je pense que tu te sentirais plus familière du cinéma semi-commercial du Sud de l'Inde qui compte quelques chefs d'oeuvre qui pourraient te plaire comme les films de Mani Ratnam.
Sinon, en cinéma hindi, je te conseille de regarder "Lagaan", moins glamour que "Devdas".

Clara 12/01/2009 11:10

Ce film charme mais ne m'a pas enchanté autant que je m'y attendais. Une satisfaction restreinte donc. :P

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