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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 18:18
Date de sortie : 25 Juin 2008
Réalisé par George A. Romero
Avec Michelle Morgan, Shawn Roberts, Nick Alachiotis
Film américain.
Genre : Epouvante-horreur
Durée : 1h 35min.



Des étudiants en cinéma tournent, dans une forêt, un film d'horreur à petit budget, lorsque la nouvelle tombe au journal télévisé : partout dans le pays, on signale des morts revenant à la vie. Témoins de massacres, de destructions et du chaos ambiant, ils choisissent alors de braquer leurs caméras sur les zombies et les horreurs bien réelles auxquels ils sont confrontés afin de laisser un témoignage de cette nuit où tout a changé.

Le genre : l'horreur en direct

Il serait injuste de juger le dernier Romero à l’aune de la légère exaspération ressentie devant l’affluence de films d’horreur en caméra à l’épaule censés être filmés par l’un des personnages (Cloverfield, [Rec]) ces derniers temps sur nos écrans. Le film est d’ailleurs terminé depuis un an, avant ces derniers donc. Cependant, la comparaison s’avère inévitable. Comme dans Cloverfield, il s’agit de suivre les pas d’une bande de potes pas très malins ni très attachants confrontés à une catastrophe qu’ils ne comprennent pas. Comme dans [Rec], un pro de la caméra (ici, un étudiant en cinéma) s’accroche à cette dernière au péril de sa vie afin de témoigner de l’horreur d’un monde zombifié. À la différence de ces deux films cependant, Diary of the dead revendique à l’intérieur même de son procédé l’idée de montage, donc d’une image passée par la moulinette du cinéma (c’est la petite amie du caméraman qui a reconstitué l’aventure en montant les images saisies sur le vif, ajoutant de la musique, des effets de suspense etc.). Un décalage – ou une manipulation – qui promettait. C’est donc aussi (surtout ?) au Redacted de Brian de Palma que Diary of the dead fait penser, dans la façon qu’il a d’interroger le nouveau statut de l’image, à l’heure de sa prolifération par l’intermédiaire des nouveaux médias, et la manipulation politique qui peut en résulter. À peine trois ans ont passé depuis le précédent opus (le quatrième) de la saga des morts vivants, Land of the dead : y avait-il urgence, pour Romero, de rendre compte de ces faits nouveaux ? Le thème est en tout cas passionnant, et on attendait vraiment de savoir ce qu’en excellent cinéaste politique, Romero allait produire sur le sujet. Le résultat est tristement décevant, malgré la fulgurance de l’esprit romerien dans quelques très belles séquences. D’abord, le « film » que l’on est censé regarder est surchargé de l’exaspérante et redondante voix off de la petite amie qui assène des banalités au kilomètre : des affirmations gratuites sur le prétendu voyeurisme naturel de l’homme et des considérations morales et politiques pas franchement transcendantes (personne ne découvre avec ce film que le montage peut être une arme politique, ou encore qu’il y a autant de vérités que de points de vue, pas la peine donc de le dire avec ce ton solennel et didactique). On préfère vraiment les moments où Romero fait preuve de plus de subtilité dans la critique socio-politique, voire d’ambigüité (cf le « shoot me » du protagoniste à la fin, et son double sens profondément problématique). Tout ceci est donc trop appuyé, alors même que la réflexion ne va jamais aussi loin qu’elle pourrait le faire. La multiplication artificielle des formats (le type filme successivement ordinateurs, téléphones portables, vidéosurveillance, télévision, YouTube…), par exemple, n’apporte finalement pas grand-chose. Diary of the dead reste désespérément en surface de tout. Le problème réside également dans des personnages totalement inintéressants et à la psychologie réduite à néant, ceci dans le seul but de justifier le déroulé de l’action et le propos que Romero souhaite développer (comment croire, même s’il veut témoigner de l’horreur, que le type ne peut pas lâcher sa caméra deux minutes quand ses potes se font attaquer ?). Le pire ? Les acteurs ne sont pas très bons, et on n’a jamais vraiment l’impression qu’ils ont peur. Du coup, nous non plus. L’horreur, ou même le simple spectacle, prennent là aussi du plomb dans l’aile. Diary of the dead ne possède donc ni la puissance d’angoisse de Night of the living dead ou de Day of the dead, ni la pertinence politique et sociale de Dawn… et de Land… Accaparé par un sujet monstre, Romero assène plus qu’il ne suggère, et même si ce qu’il a à dire est d’un grand intérêt, le ton est simplement trop démonstratif. Le cinéaste  en oublie aussi d’exploiter certaines allusions qui auraient pu être intéressantes (pourquoi l’épidémie de zombies démarre-t-elle chez une famille d’immigrés ?) et bride un peu sa légendaire ironie, que l’on retrouve par exemple dans la scène chez le fermier amish, très drôle. C’est vraiment dommage, car il offre tout de même quelques preuves qu’il reste grand cinéaste, avec des visions horrifiques assez impressionnantes, comme les zombies « enterrés » dans la piscine, les personnes écrasées en voiture dont on ne sait pas si elles étaient vivantes, ou encore le très beau final qui renoue enfin avec l’idée chère à Romero que les humains ne méritent peut-être pas plus la survie que les zombies qu’ils dézinguent sans vergogne. Ces quelques traits poétiques et polémiques ne font malheureusement pas oublier un ensemble brouillon et peu marquant dans son insistance même.

Bac Films

Bac Films


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Published by lucyinthesky4 - dans A contrario
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commentaires

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Jérémy 09/08/2008 23:50

Je suis tout à fait d'accord avec cette critique.

En fait moi, j'ai eu un malhaise dès le début du film avec cette sorte de myse en abyme du personnage qui monte le film, accentue même le son et - bien entendu - commente lourdement le film. Le problème que j'ai eu c'est que j'ai pris ça un peu comme si Romero cédait à la facilité plus que d'exploiter un effet miroir rendant compte de l'artifice du cinéma. Je ne m'intéresse pas franchement aux films d'horreur (qu'ils soient de Romero ou pas) mais depuis 'The Blair Witch Project', je suis très intéressé par cette technique du personnage caméraman qui nous embarque dans un cauchemard.
Ici, il n'est pas question d'une recherche de réalisme et d'étouffement en ayant l'impression d'être le personnage qui filme lui-même - on est d'ailleurs souvent proche d'une mise en scène tout à fait classique lorsque deux caméras par le montage peuvent créer une sorte de champ contre champ - et c'est ça que je trouve assez excitant. On dirait que le challenge de la continuité dans le récit fait peur à Roméro donc recourt à l'artifice, et le problème c'est que, comme vous l'avez exposé, c'est pas très habile. On en revient toujours à cette histoire de voix off particulièrement.

J'ai beaucoup aimé 'Cloverfield' et 'REC' pour cela, d'abord pour l'exploit technique et l'effet incroyable d'assister à quelque chose de vrai. J'admire 'Le Projet Blair Witch' pour ces mêmes raison et ça va même plus loin (on ne montre pas tout, le principal est hors-champ, et l'angoisse né de nos peurs primaires, ce qui est doublement terrifiant).

Bref, il y a quand même des bons points indéniables, la fin est vraiment bien par exemple.

Enfin voilà ce que je pense, je ne sais pas si j'ai été bien clair. :b

Anna 06/07/2008 18:26

Merci Shin de ton passage.
Tu as raison, Diary... possède quelques beaux passages, mais ils ne suffisent pas selon moi à faire oublier la lourdeur du propos et la superficialité des personnages (peut-être y a-t-il volonté parodique de ce côté là, mais alors le propos du film serait gravement atténué je pense).
De plus, le film n'est pas tant sujet à la haine que ça, je pense. S'il a déçu beaucoup de spectateurs, en revanche le consensus critique autour du film est impressionnant (et un peu incompréhensible pour moi). Et les romeriens impénitents le défendent à corps et à cris^^

Shin 06/07/2008 18:10

Bonjour,

Même si je suis moins dur que toi avec ce film, tes remarques sont très pertinentes. Le film avait beaucoup de potentiel, mais est quelque peu gâché par cette pesante voix-off. Bancale, maladroite, laborieuse, cette œuvre crépusculaire n'est pas mauvaise. Elle est juste imparfaite et ne parvient malheureusement pas à atteindre vraiment le niveau d'excellence de ces prédécesseurs.

Pourtant, il demeure de belles choses (la mise en abyme de son discours) et des séquences de bravoure remarquable (la séquence dans le manoir à la fin est dans sa globalité plutôt réussie). Quant au côté caricatural des personnages, j'avais trouvé ça un peu abusé la première fois (notamment lorsque la blonde se fait pourchassé et que le cameraman s'en tape), mais j'ai un peu ravisé mon jugement à la seconde vision (les Romero gagnent vraiment à être vus plusieurs fois). Du coup, il m'a semblait évident que cette inconsistance psychologiques des personnages collait tout à fais avec le ton parodique du film et la volonté du cinéaste de créer un parallèle entre la fiction (stéréotypée au possible dans le cinéma d'horreur) et la réalité.

Après, le film ayant quelques lourdeurs désagréables (on ne reviendra pas sur cette affreuse voix-off), c'est sûr que ça n'aide pas à apprécier le reste à sa juste valeur. Je reste néanmoins persuadé que le film ne mérite pas tant de haine (je ne parle pas spécialement de ta chronique, mais de façon générale)...

Amicalement,

Shin.

VincentLesageCritique 27/06/2008 07:25

Entièrement d'acc ! Tout est dit.

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