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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 23:01

Samedi dernier au Grand Rex a eu lieu l'avant-première de Donoma, film fauché fait avec presque rien et que son équipe défend avec un enthousiasme assez incroyable (le « Donoma Guérilla Tour » parcourt actuellement les routes de France). Une croisade qui a toute ma sympathie. La séance était un vrai bonheur, et la salle incroyablement réceptive, interagissant avec les personnages et le film, ce qui me l'a rendu d'autant plus excitant. Mais, surtout, au delà du buzz et du marketing « viral » mis en place par le réalisateur Djinn Carrénard autour de l'idée que Donoma a été réalisé avec seulement 150€, le film est tout simplement une merveille, un truc jamais vu, stupéfiant.

Donoma
est un film choral qui suit le destin de nombreux personnages, dont les histoires individuelles se recoupent de manière plus ou moins évidentes. Une prof d'espagnol et le cancre de sa classe s'affrontent tout en se découvrant une étrange attirance sexuelle ; une photographe entame une relation avec un inconnu, mais refuse qu'ils s'adressent la parole ; une adolescente un peu marginale s'interroge sur la spiritualité. Le nœud thématique de ces intrigues réside dans les relations de désir et/ou d'amour entre hommes et femmes. Tous les personnages sont magnifiques, et le film leur offre un espace de liberté complètement dingue. Donoma se fait par ailleurs une joie de revisiter quelques uns des topoï du cinéma français (le film de couple, le film de banlieue, le naturalisme...) en décapitant dans un geste désarmant nombre de stéréotypes, qu'ils soient « sociologiques » ou formels.

 

http://www.jewanda-magazine.com/wp-content/uploads/2011/02/donoma-djinn-carrenard.jpg

 

Le film est une succession de blocs en plans-séquences, que Carrénard étire à l'envi afin de laisser se déployer la parole de ses personnages, celle de ses acteurs qui improvisent des dialogues d'une naturel hallucinant. C'est une merveille à entendre que cette langue en liberté, en mouvement. Donoma est un grand film sur le langage, les langages, leur pouvoir et leur insuffisance. Sur ce plan, il y a une certaine filiation avec le cinéma d'Abdellatif Kéchiche (qui a d'ailleurs déclaré être fan de Donoma, qu'il considère comme une révolution pour le cinéma français). Le débit, le ton, la posture des acteurs sont à chaque instant fascinants, la façon de dire les mots participe du sens même de ces mots. La tchatche dans Donoma est portée à un degré ultime où les mots se font à la fois hilarants et bouleversants, foutraques et précis, légers et profonds.

On peut évidemment regretter un certain nombre d'imperfections techniques qui n'apportent rien formellement : le point de la caméra, notamment, n'est jamais fait ou est modifié en cours de scènes, le flou suscitant une sensation souvent désagréable. Filmé n'importe comment (techniquement du moins), Donoma est absolument bordélique, rempli à ras bord et fonctionne beaucoup à l'énergie, en particulier celle insufflée par son incroyable troupe d'acteurs. Dans ce genre là, Donoma défonce d'ailleurs allègrement la gueule de Polisse, film mille fois moins sincère, mille fois moins nécessaire, mille fois moins beau. Djinn Carrénard, lui, a déjà tout compris au cinéma, et son film prend merveilleusement la mesure de ce qu'est la vie, tout simplement. Un film forcément imparfait, donc, mais d'une liberté bouleversante.

45étoiles-copie-1

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Published by Anna - dans Nouveautés
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pierreAfeu 05/12/2011 10:39

Un bel objet cinématographique dont on oublie facilement les imperfections formelles (d'autant que certaines images sont tout de même très belles). Un film beaucoup plus construit qu'il y paraît,
bourré de bonnes idées, culotté, mené par des comédiens stupéfiants. Que Kechiche l'aime n'est pas surprenant, on est dans la même veine.

ffred 30/11/2011 01:02

En effet mais la comparaison avec Polisse...
Je l'ai vu au MK2 Beaubourg à la séance du matin la salle était quasi pleine !

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