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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 16:13

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Études sur Paris est un film retrouvé. Très bien reçu à sa sortie en 1928, et même déjà perçu comme le document précieux, le poème urbain avant-gardiste qu'il est effectivement, il tombe pourtant dans l'oubli pendant des décennies avant d'être l'objet d'un travail de réhabilitation et de restauration aboutissant aujourd'hui à l'édition par Carlotta de ce très beau DVD. Son auteur ? Le bordelais André Sauvage, artiste multiple (poète, écrivain, peintre) et tristement oublié. Études sur Paris est son troisième film.

Sauvage y propose une visite du Paris des Années Folles. Cinq visites successives, en fait, puisque le film est scindé en cinq parties, géographiques et thématiques : « Paris-Port », « Nord-Sud », « Îles de Paris », « Petite Ceinture », « De la tour Saint-Jacques à la montagne Sainte-Geneviève ». Le cinéaste adopte une attitude de promeneur, de flâneur, à la recherche tout à la fois de la bizarrerie, du sordide, de la beauté et de la drôlerie de la ville. Flâneur, cela ne veut pas dire touriste, au contraire. Le regard cherche à épuiser tous les aspects d'une ville protéiforme et en mutation. Monuments, voies de communication (rues, fleuve, voies ferrées), lieux de travail (commerces, chantiers) ou de loisirs (parcs, piscine), tout est observé avec la même attention. Le film nous plonge dans le présent d'une ville, avec ces moments saisis au vol, ces images furtives de lieux et de personnes qui auront disparu demain. C'est bouleversant.

Mais bien entendu, Études sur Paris est bien plus qu'un simple témoignage d'une époque. Ce qui frappe et bouleverse également (et même surtout), c'est la puissance visuelle du film, son incroyable inventivité formelle. On sent la fascination du cinéaste pour les signes de la modernité qui se multiplient dans la ville et se coulent dans la matière même du film. En cela, et en beaucoup d'autres points, Études sur Paris fait évidemment penser à L'homme à la caméra de Dziga Vertov, avec son montage astucieux, volontiers poétique et abstrait sans pour autant être trop « signifiant ».

Les vues urbaines de Sauvage ne sont jamais statiques. La caméra est régulièrement placée sur des supports en mouvement (notamment des bateaux), ou bien au milieu d'éléments mobiles (comme dans ces plans fascinants de rues où se bousculent les gens et les véhicules). Vitesse et mouvement sont les maîtres mots d'un film à la fois monumental et aérien, imposant et léger. Cette fresque urbaine aux vertus hypnotiques fait d'André Sauvage l'égal de Vertov ou de Vigo (À propos de Nice) pour rendre justice à l'incroyable pouvoir de captation du réel qui est celui du cinéma.

 

etudes 4
Notes sur le DVD


La très belle édition DVD de Carlotta inclut un très instructif livret revenant sur le parcours et l’œuvre de l'artiste, ainsi que sur la réception du film à l'époque. En bonus, des rushes et des morceaux retrouvés de films divers tournés par Sauvage entre 1923 et 1930.

Côté documentaire, La traversée du Grépon, dont seules sept minutes ont subsisté, présente d'impressionnantes images d'alpinisme. Bien que leur valeur cinématographique ne soit pas exactement manifeste, on ne peut s'empêcher d'être ému par ces tout petits bouts de film, seuls restes d'une œuvre désormais perdue et qu'on ne pourra jamais juger dans son ensemble. Même chose pour Portrait de la Grêce (dont les extraits encore existant sont tout de même plus conséquents – environ une demie heure). Comme dans Études sur Paris, Sauvage tente d'embrasser les facettes multiples du pays, visitant à la fois les lieux vivants (le présent, la ville, les travailleurs) et les lieux « morts » (plans « touristiques » de monuments célèbres).

Pour finir, deux plaisantes fictions qui révèlent le goût du cinéaste pour le burlesque. Edouard Goerc à Cély est un amusant portrait à la fois vaudevillesque et mélodramatique, dans lequel Sauvage tient le rôle principal. Quant à Pivoine déménage, avec Michel Simon en clochard, c'est une « scène de la vie parisienne » qui pourrait être un complément fictionnel et parlant des Etudes. (le film était sonore mais sa bande son a disparu, ô ironie !). Dans les deux cas, les films amusent mais valent également pour leur aspect documentaire, escapade à la campagne d'un côté, belles vues urbaines de l'autre.


[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par l'excellent site Cinetrafic. Découvrez-y d'autres films, dans les catégories Documentaire et Meilleurs films] 

 

45étoiles

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Published by Anna - dans Tests DVD
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commentaires

Bob Morane 08/11/2012 08:22

J'ai adoré le film et les bonus, intelligent, passionné et passionnant, poétique et artistique. Superbe !

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