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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 17:25
Date de sortie : 15 Septembre 1999
Réalisé par Stanley Kubrick
Avec Tom Cruise, Nicole Kidman, Sydney Pollack
Film britannique.
Genre : Drame
Durée : 2h 39min.



William Harford, médecin, mène une paisible existence familiale. Jusqu'au jour où sa femme, Alice, lui avoue avoir eu le désir de le tromper quelques mois auparavant...

Le genre :
vertiges de l'amour

Achevé quelques jours avant la mort de son metteur en scène Stanley Kubrick, Eyes wide shut s’intéresse à la vie d’un couple de bourgeois new-yorkais, chamboulée par des problèmes d’ordre sexuel. Kubrick adapte fidèlement une nouvelle de Schnitzler, la transposant simplement du Vienne du début du XXème siècle au New-York contemporain. Les thématiques sont freudiennes à mort : l’importance des rêves et des fantasmes dans les relations humaines, de couple notamment, et la présence apeurante, en chacun de nous, de pulsions perverses et destructrices. La plongée nocturne vertigineuse de Cruise/Hartford dans l’abîmes de ses désirs enfouis est à ce titre un sujet a priori passionnant. Ce qui a dû intéresser le cinéaste dans cette histoire : la confusion mentale d’un homme (Tom Cruise est impressionnant, sexy à mort) aux certitudes si lisses, empêtrés dans des pulsions impossibles à assumer. Kubrick semble déployer une mécanique implacable, manipulant avec une jouissance palpable son personnage. C’est la force et la faiblesse du film. Le réalisateur ne rechigne devant rien pour nous entraîner avec son personnage dans des péripéties stupéfiantes et un suspense dont l’objet est ma foi assez inédit. Tout est beau, superbement filmé, intense. Mais voilà, ce qui frappe, c’est tout de même la vacuité abyssale du propos (égale, semble-t-il, à celle de la vie des personnages) : Bill découvre que sa femme a éprouvé du désir pour un autre, il décide donc de la tromper et s’empêtre dans les méandres du monde de la nuit. Après avoir vécu une expérience traumatisante dans un château accueillant une orgie, qui lui a montré jusqu’où peut aller la perversité humaine ( !), les seules images qui continuent à le hanter sont celles de sa femme baisant un autre homme (des flashs en noir et blanc lourdingues) ! Le niveau de conscience du mec est proche du zéro, non ? Le fond du film semble presque conservateur : il est question d’adultère, de plaisirs douteux, en somme de petits problèmes de riches (avez-vous remarqué que Bill dépense plus de 1000 dollars en une nuit pour finalement ne jamais prendre son pied ?). Alors oui le film effleure les problématiques de l’insatisfaction, de la culpabilité (elle aura tout de même mis du temps à arriver), de la nature amorale du désir… Mais Kubrick n’a finalement pas grand chose de nouveau à dire. En vis-à-vis de ce constat, une scène au début du film, stupéfiante, dans laquelle Alice (Nicole Kidman) révèle à son mari sidéré l’étendu inquiétant des possibles du désir féminin. Grande scène, grand moment de cinéma, tant les deux acteurs (alors couple dans la vie, faut-il le rappeler) transpirent la sensualité et l’authenticité. Il est dommage que le personnage d’Alice soit alors évincé, pour ne réapparaître quasiment que dans une scène finale presque gnangnan, où le couple se contente d’une morale décevante et conventionnelle du genre « nous nous aimons, nous allons surpasser toutes ces épreuves ». Il est vrai cependant que la pirouette finale « il faut baiser » atténue cette impression, mais ne résume-t-elle pas à elle seule tout le film ? Au lieu de nous poser des questions, baisons ! Et pourquoi pas, après tout ? Le traitement du sexe dans cette œuvre-testament est remarquable : sulfureux et sensuel dans les trop rares scènes de couple (avec l’énorme et désormais mythique Baby did a bad bad thing de Chris Isaak pour trame sonore) ; glauque et profondément anti-érotique (jusqu’au grotesque) dans des scènes d’orgie qui font froid dans le dos. Eyes wide shut, œuvre indéfinissable, est au final un puzzle épars de considérations diverses, de moments de pur génie ou de simples divagations, de visions diaboliques, de sensualité, de froideur, de regards dans le vide, de perversion, de réflexions sur l’humanité. C’est peut-être au spectateur, en somme, d’en replacer une par une les pièces, à l’aune de son propre vécu. Dernier cadeau empoisonné d’un réalisateur sans pareil ? Mon sentiment général reste la perplexité.

Tom Cruise.

À voir aussi sur le blog
Films de Stanley Kubrick : Full Metal Jacket


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Published by lucyinthesky4 - dans A contrario
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commentaires

whiplash solicitors 09/08/2011 05:17

I would like to read newer posts and to share my thoughts with you.

colton125 24/04/2008 11:03

Un immense Chef d'Oeuvre!! Perso, je ne me lasse pas de le voir. Il est clair que "Eyes Wide Shut" est un film déroutant mais Facinant et Envoûtant à la fois. J'ai vraiment adoré! Le dernier film de Kubrick et mon deuxième film préféré du maître juste parès SHINING.

Carcharoth 25/11/2007 21:21

Et moi c'est l'inverse, celui auquel j'ai le moins accroché...

pL 25/11/2007 12:11

Je l'ai adoré! De tous les Kubrick que j'ai vu c'est celui que je préfère...

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