Date de sortie : 15 Septembre 1999
Réalisé par Stanley Kubrick
Avec Tom Cruise, Nicole Kidman, Sydney Pollack
Film britannique.
Genre : Drame
Durée : 2h 39min.
William Harford, médecin, mène une paisible existence familiale.
Jusqu'au jour où sa femme, Alice, lui avoue avoir eu le désir de le
tromper quelques mois auparavant...
Le genre : vertiges de l'amour
Achevé quelques jours avant la mort de son metteur en scène Stanley Kubrick,
Eyes wide shut sintéresse à la vie dun couple de bourgeois new-yorkais, chamboulée par des problèmes dordre sexuel. Kubrick adapte fidèlement une nouvelle de Schnitzler, la transposant simplement du Vienne du début du XXème siècle au New-York contemporain. Les thématiques sont freudiennes à mort : limportance des rêves et des fantasmes dans les relations humaines, de couple notamment, et la présence apeurante, en chacun de nous, de pulsions perverses et destructrices. La plongée nocturne vertigineuse de Cruise/Hartford dans labîmes de ses désirs enfouis est à ce titre un sujet a priori passionnant. Ce qui a dû intéresser le cinéaste dans cette histoire : la confusion mentale dun homme (Tom Cruise est impressionnant, sexy à mort) aux certitudes si lisses, empêtrés dans des pulsions impossibles à assumer. Kubrick semble déployer une mécanique implacable, manipulant avec une jouissance palpable son personnage. Cest la force et la faiblesse du film. Le réalisateur ne rechigne devant rien pour nous entraîner avec son personnage dans des péripéties stupéfiantes et un suspense dont lobjet est ma foi assez inédit. Tout est beau, superbement filmé, intense. Mais voilà, ce qui frappe, cest tout de même la vacuité abyssale du propos (égale, semble-t-il, à celle de la vie des personnages) : Bill découvre que sa femme a éprouvé du désir pour un autre, il décide donc de la tromper et sempêtre dans les méandres du monde de la nuit. Après avoir vécu une expérience traumatisante dans un château accueillant une orgie, qui lui a montré jusquoù peut aller la perversité humaine ( !), les seules images qui continuent à le hanter sont celles de sa femme baisant un autre homme (des flashs en noir et blanc lourdingues) ! Le niveau de conscience du mec est proche du zéro, non ? Le fond du film semble presque conservateur : il est question dadultère, de plaisirs douteux, en somme de petits problèmes de riches (avez-vous remarqué que Bill dépense plus de 1000 dollars en une nuit pour finalement ne jamais prendre son pied ?). Alors oui le film effleure les problématiques de linsatisfaction, de la culpabilité (elle aura tout de même mis du temps à arriver), de la nature amorale du désir
Mais Kubrick na finalement pas grand chose de nouveau à dire. En vis-à-vis de ce constat, une scène au début du film, stupéfiante, dans laquelle Alice (Nicole Kidman) révèle à son mari sidéré létendu inquiétant des possibles du désir féminin. Grande scène, grand moment de cinéma, tant les deux acteurs (alors couple dans la vie, faut-il le rappeler) transpirent la sensualité et lauthenticité. Il est dommage que le personnage dAlice soit alors évincé, pour ne réapparaître quasiment que dans une scène finale presque gnangnan, où le couple se contente dune morale décevante et conventionnelle du genre « nous nous aimons, nous allons surpasser toutes ces épreuves ». Il est vrai cependant que la pirouette finale « il faut baiser » atténue cette impression, mais ne résume-t-elle pas à elle seule tout le film ? Au lieu de nous poser des questions, baisons ! Et pourquoi pas, après tout ? Le traitement du sexe dans cette uvre-testament est remarquable : sulfureux et sensuel dans les trop rares scènes de couple (avec lénorme et désormais mythique
Baby did a bad bad thing de Chris Isaak pour trame sonore) ; glauque et profondément anti-érotique (jusquau grotesque) dans des scènes dorgie qui font froid dans le dos.
Eyes wide shut, uvre indéfinissable, est au final un puzzle épars de considérations diverses, de moments de pur génie ou de simples divagations, de visions diaboliques, de sensualité, de froideur, de regards dans le vide, de perversion, de réflexions sur lhumanité. Cest peut-être au spectateur, en somme, den replacer une par une les pièces, à laune de son propre vécu. Dernier cadeau empoisonné dun réalisateur sans pareil ? Mon sentiment général reste la perplexité.


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