Date de sortie : 22 Novembre 2006
Réalisé par Richard Linklater
Avec Catalina Sandino Moreno, Greg Kinnear, Wilmer Valderrama
Film américain, britannique.
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h 54min.
Don Henderson a un vrai problème. Il est responsable marketing de la chaîne des Mickey's Fast Food Restaurants, et de la viande contaminée a été découverte dans les stocks de steaks surgelés du fameux Big One, le hamburger vedette de la marque. Quittant ses confortables bureaux de Californie du Sud, il va découvrir les abattoirs et leurs employés immigrés, les élevages surpeuplés et les centres commerciaux de l'Amérique profonde et que ce sont les consommateurs qui se font bouffer par l'industrie du fast food et non l'inverse !Le genre : et bon appétit bien sûr !
Vous ne regarderez plus jamais votre hamburger de la même façon...
Fast
Food Nation est un docu-fiction plutôt bien fait. L'aspect fictif du
film (on n'est ni chez McDo, ni chez Burger King, mais chez
Mickey's...) n'est en rien un obstacle à l'impression de réalisme qui
s'en dégage. On sent la documentation importante et la volonté de dire
haut et fort une vérité assez dramatique : l'horreur que constitue
l'industrie du fast-food au Etats-Unis, tant au niveau de la qualité de
la nourriture (
there's shit in the meat : c'est si surprenant que ça ?)
que du traitement infligé aux travailleurs (salaires de misère,
conditions exécrables...). Les personnages de ce film choral se
croisent sans se reconnaître, prisonniers qu'ils sont d'un monde
idéologiquement ou matériellement hermétique. Certains d'entre eux,
comme un couple d'immigrés mexicains ou encore une jeune employée de
fast-food passant à la rébellion, emportent l'adhésion de spectateur
qui ne peut que se désoler du triste sort qui leur est réservé.
Fast
Food Nation montre sans détours la tragédie de l'industrie de la
restauration rapide, qui renvoie de manière plus générale à la tragédie
américaine et mondiale, celle de la dictature de la productivité à
outrance qui sacrifie des vies humaines sur l'autel de la rentabilité.
L'humour est présent, mais si l'on rit, c'est plutôt jaune : certains
propos sont d'un cynisme écurant (cf Bruce Willis, très à l'aise dans
le rôle d'un salaud de première...). A la fin du film, à notre grand
désespoir, rien n'a évolué et les espoirs de tous sont déçus (parce que
personne ne s'indigne, parce que la révolte n'a pas marché, parce qu'on
doit accepter d'être humilié pour parvenir à survivre). Cette fin
certes décevante mais évidemment réaliste dit cette cuisante réalité :
on s'habitue à tout. D'indigné, on devient blasé, puis résigné. Triste
constat auquel il convient de tenter de remédier.
Fast Food Nation est
comme la première étape d'un processus éventuel de contestation de la
logique marchande.

