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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 22:37

De Raging bull à Ali, de la saga des Rocky à pas moins de trois films sortis mercredi dernier (Boxing Gym, Jimmy Rivière et celui qui nous intéresse présentement), la boxe s'impose encore et toujours comme le sport le plus cinécompatible qui soit. C'est que la mythologie liée à ce sport permet de remettre éternellement en scène cet édifiant parcours qu'affectionne la fiction hollywoodienne : celui de personnages expérimentant tour à tour le succès, la chute puis la rédemption. Assorti de l'alibi « based on a true story », The fighter est le biopic de Micky Ward (Mark Wahlberg), boxeur de Lowell, Massachussets qui à force d'abnégation obtint en 2000 la gloire en remportant les championnats du monde. Son parcours serait sans grand intérêt s'il n'était flanqué d'une famille franchement pathologique, notamment une mère envahissante qui joue les managers (Melissa Leo) et un frère lui-même ancien champion de boxe et crack-addict notoire (Christian Bale).

Le récit de The fighter est franchement prévisible, mais il n'en est pas moins mené avec talent et n'ennuie que rarement, tant David O. Russell retrouve avec bonheur tous les codes d'un genre balisé à mort mais efficace. Le film s'organise autour des relations entre Micky et son frère Dickie, qui constitue tantôt une aide tantôt un frein à son succès. Le cinéaste a recours à des procédés assez intéressants : au début du film, une équipe de documentaristes de HBO vient filmer le comeback de Dickie, et les images du documentaire en question sont intégrées au film lui-même à plusieurs reprises. De manière générale, le film suscite un effet de réel plutôt convaincant, notamment durant les scènes de boxe découpées en de longs plans et rejetant le montage saccadé. Les combats sont la part la plus stimulante du film en termes de mise en scène et d'émotion. Le final notamment est palpitant, et bien qu'attendu, source d'un plaisir de spectateur indéniable.

Une des particularités du film de boxe est également qu'il est souvent en même temps un film social, portrait des déclassés des États-Unis. Ici, le portrait qui est fait de cette famille de prolos bien dérangés est très trash, voire à la limite du cynisme le plus total. L'hallucinante gynécée (outre la mère, six ou sept sœurs plus monstrueuses les unes que les autres) qui entoure les deux frères est filmée comme une troupe de bêtes étranges et laides, aucune d'entre elles n'acquérant d'identité en tant que personnage. Ce regard m'a paru légèrement obscène et méprisant, et fait presque douter de la sincérité du cinéaste. Le film est cependant plus convaincant dans son commentaire sur le poids terrifiant de la famille et sur la complexité des liens qui s'y nouent. Il dépeint avec talent les névroses familiales et les conflits d'égo entre Micky, Dickie et leur mère. Russell ne fait pas dans la dentelle : sa description est crue et assez violente, mais elle évite également le manichéisme en renversant les points de vue à des moments opportuns (notamment autour du personnage de la petite amie de Micky).

Mark Wahlberg et Christian Bale. Paramount Pictures

The fighter est aussi et surtout un film d'acteurs, et contient selon moi ce qui se fait de mieux et de pire dans la tradition de l'actor's studio. Mark Wahlberg est absolument superbe, tout en réserve, en nuances, en fragilité et en secrète révolte. À ses côtés, Christian Bale en fait des millions de tonnes, et on ne voit quasiment que lui : dommage, car j'ai trouvé sa prestation insupportable, forcée, caricaturale et boursouflée. Des deux performances (qui passent par la transformation physique et le travail très fort sur l'imitation), j'ai largement préféré celle du premier, donc. Côté femmes, même sentiment pour moi : Amy Adams est décidément une actrice sublime, d'une douceur et d'une puissance incroyables ; Melissa Leo en revanche surjoue la mère abusive, enlaidie qu'elle est par ce même regard ambigu du cinéaste. S'il m'a quelque peu dérangée, disons « éthiquement », et agacée dans ses facilités, The fighter reste néanmoins une œoeuvre sacrément efficace, ce qui est après tout une qualité non négligeable.

25étoiles

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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

selenie 15/03/2011 20:06

Enième film sur la boxe le réalisateur a eu la très bonne idée de construire le film autour du documentaire qui est fait sur le frère ainé.Le plus gros soucis reste les trop nombreuses ellipses dans la carrière de Ward. Ward a par exemple eu une coupure de 3 ans qui est complètement occultée. Mais à part ça il faut bien avoué que c'est un très bon film même si on lui préfèrera, dans le genre, "Gentleman Jim" ou "Raging Bull". 2/4

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