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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 12:39
Date de sortie : 20 Août 2008
Réalisé par Anne Fontaine
Avec Fabrice Luchini, Roschdy Zem, Louise Bourgoin
Film français.
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h 35min.



Bertrand, avocat d'assises. Pas très très courageux. Aime les femmes, surtout pour leur parler. Fraîchement arrivé à Monaco pour y assurer la défense d'une meurtrière septuagénaire. Christophe, agent de sécurité chargé de la protection de Bertrand. Etudes interrompues en cinquième. Aime les femmes sauf pour leur parler. Admire chez les autres la culture et la maîtrise du langage qui lui font défaut. Audrey, présentatrice météo sur une chaîne câblée à Monaco. N'a pas du tout l'intention de réciter le bulletin météo pendant longtemps. Comprend assez mal le sens de certains mots, notamment "limites", "tabous", et "scrupules". Il aurait mieux valu que ces trois-là ne se rencontrent pas...

Le genre : trio amoureux

La fille de Monaco est une tragi-comédie (ou une comédie suivie d’une tragédie) sur la puissance et la cruauté du désir qui aurait pu être une merveille douce-amère, mais qui n’est au final qu’un film souvent attachant mais souvent imparfait. Ce qui fascine essentiellement dans ce film qui témoigne aussi du regain d’intérêt de la comédie française pour les atmosphères mondaines de la Côte d’Azur (après Hors de prix et Quatre étoiles) c’est le duo-duel d’acteurs entre Fabrice Luchini et Roschdy Zem. Luchini l’avocat verbeux et cérébral au corps maladroit mal à l’aise dans les choses de la chair, use avec brio (et sans faire trop son Luchini, pour le coup) de petites formules hilarantes et surtout de son corps fragile soudain confronté à un désir plus puissant qu’il ne l’a jamais été. De son côté, Zem est tout le contraire, un corps massif, une présence imposante, un homme taciturne, et qui use des mots de façon plus hésitante mais qui n’éprouve aucune gène à l’endroit de la sexualité. Il est franc, brut, impérial. Toutes leurs confrontations font merveille - les autres scènes, par contrecoup, intéressent souvent moins – et l’intensité de la relation impressionne. Qu’est-ce qui se joue, dans le désir partagé des deux hommes pour la même femme fatale ? Leurs dialogues, tour à tour drôles et bouleversants, mais aussi leurs silences, le disent : il y a aussi quelque chose d’un amour confus entre eux deux. Le sous-texte homosexuel est d’une puissance telle qu’il a pour moi balayé sur son passage tout le reste, tout ce que tente de faire Anne Fontaine : sa réflexion somme toute peu approfondie sur les affres du désir charnel, sa vision un peu superficielle des rapports de classes et de l’arrivisme social (dont la miss météo, après La fille coupée en deux de Claude Chabrol, semble être devenue le symbole) sur le Rocher, un final d’un pessimisme un peu grotesque… et même Louise Bourgoin qui joue la potiche de service avec une apparente délectation. Son corps atypique et ses mimiques mignonnes n’intéressent (ne m’ont intéressée, pardon) que parce qu’ils sont l’enjeu d’une dynamique de triangulation du désir dans lequel le tandem Luchini-Zem inscrit tous les non-dits de sa relation. La chorégraphie des corps sur l’écran semble très étudiée et met sur le devant de la scène chaque personnage tour à tour jusqu’à ce que ce manège devienne insupportable pour l’un d’entre eux. Si l’on y réfléchit, la fin de La fille de Monaco a quelque chose de moral, voir de moralisateur : le personnage de Luchini se punit en quelque sorte de l’irrépressible désir ressenti pour cette jolie « sorcière au sens moderne du terme » et des innommables plaisirs vécus avec elle. Elle achève aussi de signifier le singulier rapport entre les deux protagonistes masculins : jalousie maladive pour l’un, sacrifice d’amour pour l’autre. La subtilité et l’intensité qu’Anne Fontaine met à décrire l’ambigüité de cette confrontation, on aurait aimé la retrouver dans l’ensemble des thématiques abordées, car la cinéaste ne traite jamais vraiment de front le problème de la chair qui semble pourtant la passionner et l'on sort du film à peine émoustillé.

Roschdy Zem, Louise Bourgoin et Fabrice Luchini. Warner Bros. France

Fabrice Luchini et Roschdy Zem. Warner Bros. France


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

Bob Morane 31/08/2008 17:02

Oui, très belle critique que je partage aussi comme Platinoch et Sniff. Film qui m'a laissé sur ma fin et mitigé. ça aurait pu et du être très bien, et c'est pas mal mais...

Platinoch 27/08/2008 13:45

Assez d'accord avec ta belle critique. Le film aurait du être beaucoup mieux et beaucoup plus intéressant. Même si quelques passages font mouche et que les comédiens s'avèrent brillants. Pour tout dire, je trouve Anne Fontaine finalement assez peu à l'aise dans le registre dramatique. Je la trouve infiniment plus fine quand elle reste dans la comédie, comme avec "Augustin roi du kung fu" ou "Nouvelle chance".

Snifff 27/08/2008 13:11

Ca y est Anna is back ! Moi j'ai été déçu par le film qui ne va à aucun moment au bout des réflexions qu'il met en chantier. En fait la seule chose qui m'a fait tenir, c'est Zem et Bourgoin...

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