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23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 16:00
Le cinéma est plus que centenaire, le rock'n'roll plus que cinquantenaire. Malgré la différence d'âge, depuis qu'ils se sont rencontrés, ces deux-là ont pondu un nombre remarquables d'OVNI en tout genre. Films de concert, chroniques du monde du rock, mises en images d'un concept album, délires d'un artiste ou d'un groupe... le film rock revêt des formes variées. Voici 20 exemples de films purement rock, par ordre chronologique. J'ai volontairement évacué les biopics de la liste parce que c'est pas du jeu : s'il suffisait de raconter la vie d'un rocker pour être rock...

1) La blonde et moi (The girl can't help it) de Frank Tashlin (1956)
Sympathique chronique de l'industrie musicale, The girl can't help it est le meilleur exemple des nombreux films produits à l'époque des débuts du rock'n'roll et qui servaient de vitrine de promotion à une grande variété d'artistes. Autour de Jayne Mansfield, de sa poitrine impressionnante et de Tom Ewell (partenaire de Marilyn dans Sept ans de réflexion) gravitent les grands rockers de l'époque : Little Richard, The Platters, Eddie Cochran, Fats Domino, Gene Vincent, et Julie London pour une version bouleversante de Cry me a river. Jubilatoire.

2) Le rock du bagne (Jailhouse rock) de Richard Thorpe (1957)
Parmi les innombrables films tournés par le jeune Elvis, celui-ci est certainement le plus réussi. Le petit voyou Vince Everett apprend la guitare en prison et devient une rock star à sa sortie. Le scénario ne fait pas des étincelles, mais comme dans tout bonne oeuvre rock, le rythme (binaire, of course) est au rendez-vous. La plus belle séquence est celle où le King interprète l'une de ses meilleures chansons (Jailhouse rock), muni de son légendaire et charmant déhanché.

3) Quatre garçons dans le vent (A hard day's night) de Richard Lester (1964)
En 1964, en pleine Beatlemania, l'idée de faire un film, comme ce fut le cas d'autres grandes stars du rock, émergea dans les cerveaux en ébullition de nos quatre gars de Liverpool. À la recherche d'un réalisateur, les Beatles trouvèrent chez Richard Lester, américain exilé en Angleterre, un esprit analogue au leur, aimant l'absurde, la dérision, l'ironie. C'est cet esprit qui règne sur le film, chronique à peine voilée de la vie du groupe (ici dans un train, menacé à chaque instant par les fans hystériques). Very funny, et superbe BO en prime !

4) Don't look back de D.A. Pennebaker (1967)
Parce qu'il fallait bien citer une des œuvres de ce grand documentariste rock, qui commettra également le formidable film sur le festival de Monterey, ainsi que Ziggy Stardust & the spider from Mars et plus récemment Only the strong survive consacré à l'univers de la soul music. Ici, c'est à Bob Dylan que Pennebaker s'intéresse, en le filmant lors d'une tourné mythique de 1965. Sur scène (avec Joan Baez et Donovan) et en coulisses, Don't look back nous fait découvrir l'intimité du Zim avec une rare puissance.

5) One plus one / Sympathy for the devil de Jean-Luc Godard (1968)
Rencontre entre deux icônes de la contre-culture des années 60. Godard filme les Stones en studio durant l'enregistrement du grand classique Sympathy for the devil. Il regarde le groupe au travail, et c'est absolument édifiant. Les images de studio sont entrecoupées de scènes de contestations politiques parfois violentes avec des membres des Black Panthers, mais aussi d'autres séquences plus incongrues. Le rock et la révolution, l'art et l'utopie, la création et la revendication : des liens étroits se forment qui ne sont pas près de se défaire.

6) Easy rider de Dennis Hopper (1968)
Film culte, mythique, légende du road movie, avec des acteurs énormes (Fonda, Hopper, et Nicholson). Une critique virulente du conformisme mortifère de l'Amérique puritaine de l'époque, rythmée par une BO de la mort qui tue (Steppenwolf, The Byrds, Dylan, Hendrix...). Easy rider respire littéralement l'esprit des années 60, cet esprit contestataire qui fait l'essence du rock'n'roll. Les vingt dernières minutes, avec cette scène de trip hallucinante et un final cruel et désabusé, sont renversantes. Indispensable.

7) Woodstock de Michael Wadleigh (1969)
Le film de concert définitif. 3 jours de paix, d'amour et musique au milieu de l'été 69 dans l'état de New York. La caméra s'intéresse aussi bien aux artistes qu'aux organisateurs et aux anonymes du public. Tout l'esprit du flower power est contenu dans ce document exceptionnel et passionnant. Si tous les artistes ne sont pas en grande forme, le visionnage de Woodstock reste indispensable, ne serait-ce que pour les incroyables prestations des Who, Santana, Jimi Hendrix, Joe Cocker, Ten Years After, Richie Havens, Crosby Stills & Nash...

8) Phantom of the paradise de Brian de Palma (1975)
Superbe adaptation du Fantôme de l'opéra et du mythe faustien à l'univers du rock'n'roll. Une BO magistrale rythme ce film torturé et passionnant. La mise en scène de De Palma est un déluge virevoltant, grandiloquent, outrancier, jouissif. Rock, en somme. Après tout, tout rocker n'est-il pas par essence un adepte du deal faustien, qui a vendu son âme au diable ? En 1975, en tout cas, on peut le croire encore car le genre n'a rien perdu de sa subversion. Mais Swan, lui, vend son âme au show-business, et c'est peut-être là le début de la fin...

9) Tommy de Ken Russell (1975)
En 1975, les Who, grand groupe de rock anglais légèrement sur le déclin, font appel à Ken Russell, réalisateur anti-conformiste au style baroque et plutôt kitsch pour réaliser l'adaptation de leur superbe opéra rock de 1969, Tommy. Le résultat est une succession inégale de clips déjantés, certaines séquences sont d'un mauvais goût achevé. Mais la participation de Tina Turner, Elton John, Eric Clapton et même Jack Nicholson donne sa caution rock'n'roll au film, qui révèle aussi deux interprètes : le messie rock Roger Daltrey, et le clown rock Keith Moon.

10) The Last waltz de Martin Scorsese (1978)
Un film de concert particulier : Martin Scorsese filme (avec une précision millimétrée) la fin d'un groupe (et peut-être celle d'une époque), avec le dernier concert du groupe mythique The Band au théâtre Winterland de San Francisco. Bob Dylan, Neil Young, Joni Mitchell, Muddy Waters, Eric Clapton se joignent à la fête pour de la superbe musique bien sûr, mais ce sont aussi les interwiews et la façon dont elles sont menées par Scorsese qui font l’intérêt cinématographique du film.

11) Rude boy de Jack Hazan et David Mingay (1980)
Ce long-métrage punk, consacré aux anglais des Clash, oscille entre un aspect documentaire (passionnantes discussions politiques au sein du groupe, extraits de concerts, images de tournées) et une fiction (une histoire autour d’un jeune et son groupe culte). Un bel objet, où l'on sent la révolte inhérente à l'esprit du rock'n'roll, qu'a fait un temps resurgir le punk, et auquel les Clash seront toujours fidèles.

12) Pink Floyd, The wall d'Alan Parker (1982)
Développé au départ pour n'être qu'un documentaire sur l'album live The Wall, le film devient un opéra rock sous la direction d'Alan Parker, qui dut se battre avec Roger Waters pour imposer sa vision personnelle du monde halluciné des Pink Floyd. Le résultat est un portrait d'une rock star cinglé (Bob Geldof), des effets visuels renversants, des animations cauchemardesques... La mise en image est tellement marquante que désormais l'écoute de l'album original déclenche des torrents de réminiscences psychédéliques. Awesome !

13) Spinal tap (This is Spinal Tap) de Rob Reiner (1984)
Un légendaire faux rockumentaire sur un groupe de hard rock anglais en tournée aux Etats-Unis. Une comédie pour initiés amateurs d'autodérision, burlesque et rocambolesque, succession de gags très cons et de situations absurdes. Le pire, c'est que c'est impitoyablement juste et réaliste : Spinal Tap ressemble comme deux gouttes d'eau à bon nombre de véritables groupes. Comme quoi, le rock peut souvent ressembler à sa propre parodie : ce film traumatisa Ozzy Osbourne à vie, tant il y voyait l'histoire de Black Sabbath.

14) Cry-baby de John Waters (1990)
Ambiance années 50 pour ce musical jubilatoire où John Waters, cinéaste subversif et complètement barré, révèle sur grand écran le jeunot Johnny Depp. Il y a Iggy Pop, mais il ne chante pas ; en revanche d'excellents morceaux purement fifties rythme ce film gentiment provocateur où les rockers rebelles gagnent à la fin contre les coincés conformistes. Cry-baby ne se prend jamais au sérieux, et c'est ça qui est bon !

15) Year of the horse de Jim Jarmusch (1997)
Encore un fillm de concert ! Ba ouais les amis, le rock ça se passe sur scène. Ici, c'est le légendaire Neil Young et son groupe le Crazy Horse qui y passent, sous l'oeil de la caméra de Jim Jarmusch, cinéaste à l'esprit rock s'il en est. Les images de Jarmusch sont à l’antipode de la façon habituelle de filmer la musique live, et les scènes de coulisses sont particulièrement intéressantes et drôles.

16) Velvet Goldmine de Todd Haynes (1998)
Pour le coup, presque un biopic (Brian Slade est inspiré de David Bowie), mais pas tout à fait quand même. Plongée dans l'univers du glam rock, dans le Londres des années 70 par Todd Haynes, cinéaste lui aussi très porté sur la chose rock. Sexe, drogue, fiesta, et musique bien sûr, tout y passe, entre réalité et fantasme, passé et présent, débauche et raffinement : toutes les contradictions d'une vie pleinement rock'n'roll. Une BO du tonnerre et une mise en scène sophistiquée et brillante.

17) High Fidelity de Stephen Frears (2000)
Le rock est assez vieux désormais pour être la bande son de toute une vie pour plusieurs générations : c'est ce que constate le génial et très anglais roman de Nick Hornby, et son adaptation "américanisée" très réussie par Stephen Frears. Où l'on comprend que l'amour de la pop music crée des névrosés de première : des collectionneurs maniaques, des faiseurs de compil, des asociaux chroniques (sortir avec une fille qui écoute Simple Minds ? Jamais !), mais aussi et surtout des passionnés.

Kate Hudson. 18) Presque célèbre (Almost famous) de Cameron Crowe (2001)
La nostalgie est de mise dans cette chronique tendre des années 70 - la grande époque du rock'n'roll, semble-t-il - où un tout jeune rock critik (le double du réalisateur) suit les pérégrinations d'un groupe en tournée et de sa bande de groupies (dont Kate Hudson dans le rôle de Penny Lane). Le récit vire à la parodie joyeuse et finalement, tout le monde est cool dans l'univers du rock. Un film charmant.

19) Rock Academy (School of rock) de Richard Linklater (2004)United International Pictures (UIP)
Dans cette comédie extrêmement divertissante, le rock n'est preque plus qu'un folklore juste amusant (anticonformisme de pacotille, mots d'ordre simplistes, accessoires clinquants...) mais il reste le ciment possible d'une communauté à l'énergie débordante, qu'on appelle le groupe de rock ! Le film porte cette jolie morale avec entrain, et tout le monde au final est un peu décoincé par ce demi loser qu'incarne Jack Black, magnifique interprète de rock en plus d'être un comique à l'abattage incroyable. Il est la caution "délire purement rock'n'roll" de School of rock. (voir le taré Tenacious D in the pick of destiny, en 2007).

20) Shine a light de Martin Scorsese (2008)
Où l'on constate que les Stones sont le groupe de rock qui a le plus inspiré les cinéastes. Martin Scorsese filme enfin ses idoles, en concert au Beacon Theater de New York, rejoints sur scène par Jack White, Buddy Guy et Christina Aguilera. Rien de bien révolutionnaire, mais la mise en scène nerveuse est un bonheur et les quelques images d'archives, savoureuses. Bien sûr, les rockers rebelles sont rentrés dans les rangs (bien obligés de faire la bise à la maman d'Hilary Clinton). D'idoles subversives qu'ils étaient, ils sont devenus une véritable institution. Mais là, sur la scène, la puissance, l'énergie infernale et la complicité du groupe sont intactes malgré les années. Passant allégrement des classiques absolus à des morceaux plus méconnus, les Stones sont impeccables. Certaines prestations sont incroyablement punchy, d'autres profondément émouvantes Et n'est-ce pas là l'essentiel ?

 

Ils auraient bien pu se retrouver dans la liste eux aussi :

King Creole, Amour frénétique et autres films d’Elvis (des nanars, cela dit).

Les autres films des Beatles : Help ! (1965), Magical mystery tour (1967), Yellow submarine (1968), Let it be (1969).

Les chefs-d’oeuvre de Pennebaker comme l’incontournable Monterey Pop (1967), Ziggy Stardust & The Spiders from Mars (1973).

More, de Barbet Schroeder (1969) ou l’enfer de la drogue.

Gimme Shelter (1970), une tournée des Stones avec en particulier le récit terrifiant du jour “le plus terrible de toute l’histoire du rock’n’roll” : Atlamont, le 6 décembre 1969.

Performance, de Donald Cammell (1970) avec Mick Jagger, film hallucinant sur la vie d’une pop star entre sexe et drogue.

Cocksucker Blues, de Robert Frank (1972).

200 Motels, de Frank Zappa, avec Ringo Starr et Keith Moon.

Hair, de Milos Forman (1979).

Renaldo & Clara, de Bob Dylan, étrange fausse bio d’une durée de quatre heures.

Le lycée des cancres (Rock’n’roll Highschool, 1980) : des lycéens se révoltent contre l’autorité. Pas génial, mais BO des Ramones…

Quadrophenia, de Frank Roddam (1980). Les Who, encore.

Born to lose, the last rock’n’roll movie, de Lech Kowalski (2001), sur le grand Johnny Thunder.

Dig ! de Ondi Timoner (2004), avec le dément Anton Newcombe du Brian Jonestown Massacre.

No direction home, de Martin Scorsese (2005).

Tenacious D in the pick of destiny (2007)

Glastonbury et Joe Strummer, the future is unwritten (2007) de Julien Temple.

Il est évident que j’en oublie ici un nombre considérable. Alors, allez-y, balancez des noms !



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Published by lucyinthesky4 - dans Tops & co
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commentaires

kschoice 01/05/2008 11:39

BACKBEAT de Iain Softley qui revient sur le 5ème Beattles Suart Sutcliffe ou encore...
ROCK STAR de Stephen Herek (Produit par Georges Clooney) avec Mark Wahlberg et Jennifer Aniston qui suit les tribulations d'un fan de groupe hard qui va devenir le chanteur de son groupe préféré.
RADIO REBEL de Michaël Lehmann avec si ma mémoire est bonne, Steve Buscemi et Brendan Fraser.
SINGLES de Cameron Crowe avec Matt Dillon et Bridget Fonda

Collyre 29/04/2008 09:52

j'oubliais... "the blues brothers" bien sur.

collyre 29/04/2008 09:50

un petit en plusThe Commitments!!!!

Carcharoth 26/04/2008 01:06

Film rock mais sans musique... Nombreux sont les films rocks de ce genre qui mériterait alors de rentrer dans ce classement.

Nostalgic du cool 25/04/2008 18:36

En effet très beau classement mais j'aurais quand même ajouté comme Marie le mythique Rocky Horror Picture Show, tu m'as donné envie de voir ce Shine a light (désolé Vincent par contre je suis d'accord avec toi Trainspotting me semble être un film rock)

Carcharoth 25/04/2008 15:35

Yep, j'ai vu the Wall il y a quelques années... Enorme !

VincentLesageCritique 24/04/2008 20:09

Est-ce que l'on peut considérer "Trainspotting" comme un film rock ? Car c'est une peinture assez acid(e) de la vie sociale que décrit un certain rock anglais. Et surtout pour son traitement très free, très rock, très stylisé. Non ?
Et "Sailor & Lula", est-ce un film rock ? Dans son style et son irrévérence, ça en a tout l'air, non ?
Sinon, j'ai hâte de découvrir certains de ces films que je n'ai pas encore vu ! Et je m'oppose à "Shine a light" qui est tout sauf un vrai film rock puisqu'il n'y a aucune énergie, aucune vitalité, aucune urgence !
Ah, j'oubliais, High Fidelity le film est mille fois moins rock que le livre de Nick Hornby (et oui, le S lit également des livres !)
Voilà, superbe top Anna !

Ashtray-girl7 23/04/2008 21:33

Ouf! L'honneur est sauf, j'ai vu au moins un des films de ton top: Cry baby. Et je confirme: jubilatoire!
Ceci étant, tu m'as donné envie d'en voir d'autres du même style... :-)

colton125 23/04/2008 18:30

Perso, j'adores "Hair" de Milos Forman et "Grease" qui sont deux de mes films cultes. Mais également "Jailhouse Rock" et "Viva Las Vegas" avec Elvis Presley qui, sans être des chef d'oeuvres (les scénario ne volent pas bien haut) sont vraiment éxellent.

Dorothy 23/04/2008 17:54

Tout de suite, là, sur le moment, je pense à encore à Grease (1978), ainsi que quelques films avec Cliff Richard tel 'The young ones' (1961), 'Summer holiday' (1963) ou 'Wonderful life' (1964) (3 films pour lesquels j'ai d'ailleurs une affection toute particulière!)

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