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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 06:17
Paramount Pictures

Ce n’était pas prévu au programme mais je viens de découvrir ce film, Forrest Gump de Robert Zemeckis, qui figure partout dans les classements des meilleurs films de tous les temps et comme je l’ai trouvé parfaitement affreux et sans aucun intérêt, une explication s’impose. Et puis, rien de telle qu’une critique bien négative pour se remettre en jambe après cette petite pause. SPOILERS INSIDE.

Forrest Gump est un long flash-back. Le personnage éponyme, un débile mental (disons les choses clairement, de toute façon ce n’est même pas un personnage sympathique), est assis sur un banc et raconte à qui veut l’entendre (pas moi !) l’histoire de sa vie bien remplie, de sa naissance à nos jours ; petite histoire qui va traverser et croiser la grande histoire des États-Unis de la deuxième moitié du vingtième siècle. Dès les premiers instants, c’est l’agacement qui prévaut : diction insupportable de Tom Hanks, qui s’est apparemment beaucoup entraîné pour jouer le benêt de service, voix-off lénifiante et collection de phrases stupides censées illustrer le bon sens et le bon cœur  du personnage (la fameuse réplique sur la boîte de chocolat). On comprend vite que le scénario soutiendra cette thèse biblique bien connue : « Heureux les simples d’esprit »… Enfin, scénario, si l’on peut dire, car le film n’est en réalité qu’une succession de séquences artificiellement reliées les unes aux autres. Le semblant de souffle romanesque qui se fait parfois jour retombe immédiatement dès lors que l’on revient à Forrest, sur son banc, qui continue son récit linéaire. J’ai du mal à voir quel plaisir narratif on peut tirer de cette succession de vignettes creuses, ringardes et inutiles illustrant une vie absolument pas crédible et, surtout, ne suscitant aucun attachement.

L’une des idées du scénario d’Eric Roth est que Forrest était présent lors de plusieurs grands événements de l’histoire américaine ; il rencontre quatre présidents différents, ainsi qu‘Elvis Presley et John Lennon. Pour rendre crédible ces éléments de l‘intrigue, le corps de Tom Hanks est régulièrement « incrusté » dans des scènes de télévision d’époque. Le montage en lui-même est plutôt bien réalisé (dans l‘ensemble, la maîtrise technique du film est correcte). Cependant, non seulement les imitations vocales des personnages historiques sont à chaque fois très mauvaises, mais en plus ces scènes oublient d’être drôles, charmantes ou originales. Les interférences de l’histoire personnelle de Forrest avec l’histoire qu’elle soit culturelle ou politique sont d’une débilité achevée. Exemples, c’est lui qui a inventé les pas de danse d’Elvis ainsi que le smiley (!), et qui a inspiré à Lennon les paroles d’Imagine. C’est censé être drôle ? Pire encore, Forrest Gump présente une vision simpliste et biaisée de l’histoire américaine (pas une seconde la guerre du Viet Nam n’est condamnée, par contre les hippies passent pour de sales cons…).



Si j’ai bien saisi la morale parfaitement subtile du film, pour réussir sa vie, il faut être un peu bête mais gentil, écouter sa maman, suivre les ordres et fermer sa gueule, bien travailler, devenir un héros de la patrie dans toutes les disciplines possibles etc. En contraste, le personnage de Jenny, la fille dont Forrest est amoureux, est sans cesse condamné pour ses choix de vie : sa jeunesse de chanteuse folk puis de hippie révolutionnaire et libérée la mène à sa perte ; et puis, parce qu’il faut bien qu’elle soit punie, elle meurt du sida à la fin (la maladie des débauchés, c‘est bien connu). Non sans avoir auparavant expié ses péchés en devenant une gentille femme au foyer. Le bon cœur, la docilité, le mérite, c’est bien. L’intelligence, la révolte, le désir, c’est maaal ! (…) Dans toutes les séquences des années 60, les hippies sont présentés comme violents, et le comportement de Forrest - qui tabasse quiconque touche à sa nana - comme exemplaire. Cherchez l’erreur. Ce serait insulter l’Amérique que de dire que ce film est très américain. Il est juste très bête, sans doute réac, en tout cas d‘une mièvrerie absolue et trop sûr de ses propres idées pour s‘ouvrir ne serait-ce qu‘un peu à la vie.

Apologie abrutissante et antipathique de la bêtise (ou de la prétendue sagesse des simples d‘esprit, c‘est la même chose), Forrest Gump est également d’une lourdeur sans nom. Un exemple parmi d’autres avec la bande originale, qui reste le point fort du film malgré tout : elle n’est composée que de classiques absolus du rock sixties et seventies. Cependant, le fait qu’il ne s’agisse que de tubes archi connus est déjà un peu appuyé en soit, mais en plus l’utilisation de ses chansons est franchement pénible. À chaque fois, la chanson en question redouble le propos de la scène qu’elle accompagne et l’alourdit inutilement : quand Forrest part à San Francisco, on entend Scott McKenzie chanter « If you’re going to San Francisco… », au Vietnam c’est For what it’s worth de Buffalo Springfield, lorsque Jenny quitte son squat les Doors chantent « don’t you love her as she’s walking out the door » (Love her madly), quand Forrest court sans s’arrêter pendant des mois (séquence d‘une inutilité hallucinante), c’est Running on empty de Jackson Browne… Une ou deux fois dans le film passent, mais quinze fois !

Quant à Tom Hanks, son interprétation taillée pour les Oscars (pensons à l’imparable théorie de Kirk Lazarus dans Tonnerre sous les tropiques) monolithique et forcée m’a agacée tout du long. Une « performance » qui consiste à jouer les débiles mentaux en affichant un air absent et en se tordant la bouche pour parler. À ce jeu là, Dustin Hoffman dans Rain man était beaucoup plus subtile et convaincant. Réaliser que ce film a obtenu l’Oscar en 1995 au nez et à la barbe de Pulp fiction, Quatre mariages et un enterrement et Les évadés (film que je trouve surestimé aussi, mais qui à côté du Zemeckis est un chef d’œuvre de subtilité et d’ambigüité) ne manque pas de me laisser pour le moins perplexe. Penser qu’il est l’œuvre d’un cinéaste à l’imagination généralement débordante qui se fait ici avoir par les pièges les plus crétins de la démagogie et la niaiserie, est une idée encore plus déplaisante. Je suppose qu’il y a des choses que je ne comprendrai jamais…

À voir aussi sur le blog
Films de Robert Zemeckis : I wanna hold your hand, Retour vers le futur


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Published by lucyinthesky4 - dans A contrario
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commentaires

whiplash solicitors 10/08/2011 05:24

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Gabriel 10/09/2010 17:25

Oh ! choqué de voir une critique aussi négative sur un film que je trouve magnifique justement parce qu'il n'a pas de morale (sans sombrer dans l'anti-morale non plus), parce qu'il ne cherche pas à trancher.

C'est juste l'histoire d'une plume portée par le vent. Il n'y a aucune signification, aucun signe du destin. La preuve, c'est le héros est un imbécile.

Gary 24/08/2010 18:37

Bien sûr, je te suis tout à fait. Cependant, il y a une nette connotation péjorative dans ton propos quelque peu élitiste et inapproprié qui m'a gêné : "se sentir appartenir à la cinéphilie, être un grand cinéphile". Je te rappelle respectueusement que la cinéphilie concerne toutes les personnes qui AIMENT le cinéma. Si tu remarques bien, tu peut observer que l'étymologie fait correspondre la cinéphilie à l'amour du cinéma. En ce sens, chacun peut être cinéphile, et c'est un non-sens que d'employer le verbe "prétendre". Le cinéma appartient à tout le monde, et non à ceux qui prétendent y voir plus que d'autres, s'en éprendre plus que d'autres ou en avoir une plus juste perception que d'autres.

pierre 23/08/2010 07:31

ce n'est pas parce que je me moque d'un film que je me moque des gens qui aiment ce film. Ce n'est pas parce que je ne crois plus au père Noël depuis lurette que je me moque des gens qui fréquentent assidûment une église. Mais seulement des responsables de l'une ou l'autre chapelle. Est-ce mieux ainsi ?

Gary 16/08/2010 11:05

Je pense que ça n'est certainement pas respectueux d'autrui que de basculer dans des propos si réducteurs et presque offensants envers leurs auteurs. Si Pierre tu désires alerter les gens sur le fait que Forrest Gump c'est du nanard en puissance, alors tu n'y mets pas la manière. As-tu lu notre petit débat et ce que j'ai écris avant d'écrire ? Et qu'en penses-tu ?

pierre 15/08/2010 13:12

un peu au ciné, ce film, et à l'histoire des usa ce que la série des "L'histoire de France pour les Nuls" est à l'édition. Il suffit d'avoir lu et saisi dix pages pour se sentir appartenir à la cinéphilie, être un grand cinéphile, surtout quand c'est adoubé par TF1 et télé 7 jours :) bien à toi Anna

pierre 15/08/2010 13:09

c'est un film culte pour cinéphiles confinés sur TF1 et à la critique de Télé 7 jours, en moyenne

Stéphane 15/08/2010 11:46

A titre culturel : si le scénario est bien d'Eric Roth, l'idée originale du film est tirée du livre éponyme de Winston Groom.

Ta critique (qui contient toutes les erreurs à ne pas faire dans ce type d'écrit), est aux antipodes de la citation de George Cukor que tu mets en début de ta page. Dommage.

copa738 12/08/2010 11:30

Oui, je rejoins l'avis de MillionsDollarsBaby : que tu n'aimes pas Forrest, ça se comprends, c'est un être troublant, simplet et idiot, mais que tu dises que tout le film est niais, j'ai du mal à approuver.
Comment peux-tu regarder un film en étant si sérieuse. Je sais que le cinéma est à prendre au sérieux mais n'avais-tu pas déjà des idées toutes faites avant de le regarder ? Moi aussi j'ai été déçu de ne pas voir "Pulp Fiction" briller aux oscars, mais je n'en ai pas fait une maladie. Ce n'est pas la première fois qu'un film rafle tout aux oscars alors que d'autres oeuvre sont nettement plus méritantes (cf : "Démineurs" qui bat honteusement "Inglorious Basterds", je sais, c'est toujours Tarantino le cocu de l'histoire). De plus, l'histoire de fait pas l'éloge de la naïveté, et le message n'est en aucun cas : "Soit simple d'esprit et tu feras de grandes choses", le film parle juste d'un mec que out le monde voyait perdu dans l'ennuie et la bêtise pour qu'il finisse sa vie en ayant accomplit de grandes choses. Il faut le prendre au 50ème degré et apprécié l'humour décalé à sa juste valeur. C'est un divertissement anti-prise de tête, pourquoi ce scandalisé devant un film si leger et subtil ?

MillionDollarsBaby 03/08/2010 19:34

Je vous le dis de suite, je n'ai pas eu la patience ni le temps, d'ailleurs, de lire votre joute oratoire que je n'ai que vulgairement survolé.

La critique cependant, je l'ai lu, et je ne suis pas d'accord sur certains points que tu poses comme un fait avéré et inébranlable, notamment ce point là : " Apologie abrutissante et antipathique de la bêtise (ou de la prétendue sagesse des simples d‘esprit, c‘est la même chose) "

Il est, je trouve assez étonnant de voir le degré d'incompréhension ou de manque d'ouverture sur ce point là, dire que Robert Zemeckis aime les idiots et fais un film pour leur rendre hommage et pour nous faire accéder à leurs philosophies simplistes, me parait plus que grotesque, insultant pour lui. Que tu n'aime pas le ton simplet, ou la nature même du film est concevable, c'est même normal ( la différence ), mais cette attaque est mal placée, on a l'impression que tu as pris tout le film au premier degré, sans vouloir admettre le soupçon d'ironie essentiel à une œuvre comme celle là.

Bref je comprends qu'on puisse ne pas aimé Forrest Gump, mais affirmer que ce film est une " apologie de la bêtise " est parfaitement hors sujet, hors propos.

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