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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 12:00
FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE LA ROCHELLE

Date de sortie : 08 Octobre 2008
Réalisé par Philippe Garrel
Avec Louis Garrel, Laura Smet, Clementine Poidatz
Film français.
Genre : Drame
Durée : 1h 45min.

Les Films du Losange

Une star vit seule chez elle, son mari est à Hollywood et la délaisse. Débarque chez elle un photographe qui doit la prendre en photo pour un journal, faire un reportage sur elle. Ils deviennent amants. Ils vont habiter deux semaines à l'hôtel pour faire ce reportage et repassent de temps en temps à l'appartement de la star...

Le genre : absolu

Après l’avoir vu en avant-première au festival de La Rochelle, j’ai la certitude absolue que je serai l’une des seuls ici à défendre ce film qui fut pour moi un envoûtement d’une assez bouleversante intensité, malgré les ricanements et les bruits de sièges qui se relèvent pendant la projection. La frontière de l’aube (titre beau et étrange comme le film) est déconcertant à bien des égards. Dans un subtile noir et blanc, baigné de la musique envoûtante de Didier Lockwood, c’est une œuvre sur la passion faite avec passion. La frontière de l’aube est une vertigineuse plongée dans l’inconscient d’un homme qui a cru pouvoir survivre à la disparition de la première femme aimée d’amour fou. Le film illustre le choix impossible et déchirant entre cet amour fou, cette passion dangereuse et inconditionnée (c’est le personnage de Laura Smet) et l’amour raisonné du passage à l’âge adulte (celui de Clémentine Poidatz). Sur la fin, l’intrigue prend un tour fantastique surprenant avec l’intervention du spectre de Laura Smet qui vient hanter le protagoniste prêt à refaire sa vie. Certes, ces apparitions fantomatiques de l'autre côté du miroir sont un peu « too much » voire datés (total look de spectre, pour le coup) mais personnellement, j’ai totalement suivi Garrel dans sa démesure, qui déconcerte en allant au bout de ses partis pris. Cela ne m’a pas du tout fait ricaner, mais au contraire plutôt terrifiée : le surgissement soudain du souvenir refoulé, le fantôme lancinant des amours passées, le traumatisme indélébile d’une passion violemment interrompue. Et puis, est-ce parce que Laura Smet fait les gros yeux à Louis Garrel derrière un miroir deux ou trois fois vers la fin, que l’on doit immédiatement rejeter en bloc la beauté tragique de La frontière de l’aube ? Je suis d’avis que le cinéaste l’a fait exprès. Exprès d’aller aussi loin dans l’expressionnisme dérangeant. Exprès, pour que les cyniques et les moqueurs ne se retrouvent pas dans ce film total, brut et finalement si fragile. Maso, peut-être (les ricanements étaient à prévoir) mais surtout, libre. Les trois comédiens principaux se jettent à corps perdus dans des rôles entiers, sans concession (Laura Smet est à cet égard admirable), soutenus par des dialogues superbes. Il s’agit de prendre le cinéma au sérieux, mais jamais soi-même, aussi Garrel ne rechigne pas à quelques répliques ou scènes très drôles et incongrues, comme un petit morceau de vaudeville, ou encore une discussion dans un café avec un type fier de se proclamer antisémite (il y aurait à chercher dans la phrase de Louis Garrel : « je suis juif » une affirmation en filigrane du statut de rebut du cinéma de son père, d’ailleurs confirmé par l’accueil calamiteux du film à Cannes). Et le Garrel gauchiste impénitent, dans tout ça ? En esquissant le portrait d’un éternel inadapté aux codes amoureux classiques (bourgeois, comme le fait remarquer son meilleur ami) et si absolu dans le sentiment passionnel, le cinéaste dessine une manière de révolte. Révolte nécessairement absurde et douloureuse, comme en témoigne la déchirante scène finale. Comme ses personnages, Garrel refuse la compromission et la demi-mesure. On se souviendra longtemps de cette Frontière de l’aube qui a su aller au bout d’elle-même sans honte et sans retenue, et d’un cinéaste qui croit tellement au cinéma qu’il se jette éperdument dans ses bras, avec confiance et passion. Un vrai film d’amour fou, en somme. Un film absolu.

Louis Garrel. Les Films du Losange

Louis Garrel et Laura Smet. Les Films du Losange

À voir aussi sur le blog
Films avec Louis Garrel : Les chansons d'amour, Dans Paris, Innocents - The dreamers


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Published by lucyinthesky4 - dans A contrario
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commentaires

whiplash solicitor 10/08/2011 03:28

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Mélissa 07/07/2008 21:06

A revoir donc pour moi !!! Parce, t'as beau prendre le film au sérieux, Laura Smet est tellement ridicule dans ce miroir que s'en est hilarant. Genre, le petite bruit de gorge, le regard vers le bas... Du grand guignol !

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