Partager l'article ! Frozen river: Une petite ville américaine à la frontière du Canada. Ray peut enfin offrir à sa famille la maison de ses rêves et bientôt quitter ...


En cette période de froid glacial, le premier film de Courtney Hunt, lauréat du Grand Prix au festival de Sundance (remis par Quentin Tarantino), est particulièrement indiqué. L'action s'y déroule dans le grand nord américain, et les paysages de neiges et de glaces évoquent le Fargo des frères Coen. On est cependant plutôt proche d'un certain réalisme social à l'européenne (Ken Loach par exemple) que du polar déjanté ou du thriller haletant, À ce titre, la citation de Tarantino mise en exergue sur l'affiche du film (« Le thriller le plus excitant de l'année») est très nettement exagérée. Reste que Frozen river réussit plutôt bien son mélange de chronique socio-familiale presque naturaliste et de suspense efficace.
C'est que malgré la volonté de tenir au plus près la réalité sociale d'une région avec le parallèle instauré entre la situation d'une femme américaine tentant de survivre à la grande précarité de sa famille, et celle d'une Indienne vivant dans une réserve et acceptant des boulots illégaux pour se nourrir il n'est pas question de s'attarder et de faire dans le misérabilisme. Le récit ne s'embarrasse pas des présentations d'usage des personnages dans leur quotidien et plonge très directement ses deux héroïnes dans l'action, conférant d'emblée au film un rythme qui ne faiblira pas. La vérité émergera de la fiction (des péripéties jusqu'à l'invraisemblable) plutôt que de l'enregistrement « documentaire » d'un certain réel.

Les deux interprètes féminines (Melissa Leo et Misty Upham) sont impeccables, d'autant que leurs personnages ne sont pas a priori très aimables ; de même pour le jeune comédien (Charlie McDermott) dans le rôle du fils de Ray, quant à lui le personnage le plus attachant de l'histoire. Un beau film d'acteurs, donc. La mise en scène est simple et sans éclats, la caméra s'attache de près aux personnages et s'accroche à leurs pas et à leurs existences. On peut regretter que l'inquiétante étrangeté des incroyables décors du film soit finalement peu exploitée. Frozen river réserve de manière générale peu de surprises sur le plan de la mise en scène.
Voici donc une petite réussite qui vaut malgré tout surtout pour son contenu informatif. Le film a par exemple le mérite de rappeler que la frontière américano-mexicaine n'a pas le monopole du trafic d'immigrés clandestins. Modeste, efficace et plutôt touchant, le film indé de ce début d'année.
Blog de critiques cinéma d'Anna M.
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