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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 21:10
Universal Pictures International France

Vous allez me dire que je n’aime rien en ce moment. Et vous n’aurez pas tort. Mais là, vraiment, Gainsbourg (vie héroïque) a provoqué en moi un ennui profond, et j’ai envie de le dire !

Sfar prétend ne pas réaliser un biopic mais un « conte »… Hors il me semble que tout fonctionne ici au contraire exactement comme un biopic classique : reconstitution parfaite, performances mimétiques des acteurs, récit chronologique, explication de la vie adulte par des anecdotes d’enfance… Il y a en revanche une idée originale, même si elle ne me convainc pas : avoir inventé un alter-ego à Gainsbourg, sa « gueule », une grand bonhomme en images 3D avec des oreilles et un nez immenses. Ce personnages le suit une bonne partie du film et symbolise sa part « mauvaise » et perverse, son Gainsbarre quoi. Cette incarnation de l’inconscient du personnage devient une métaphore très très lourde et surligne le propos du film : faire le portrait d’un homme tiraillé entre deux parts contradictoires de lui-même. Il aurait fallu que Sfar aille jusqu'au bout du « trip », ou choisisse au contraire de faire un film limpide mais auquel on comprenne quelque chose. Cet entre-deux est terrible.

Gainsbourg (vie héroïque) voudrait comme son nom l’indique faire de son personnage un portrait épique de demi-dieu. Or jamais cette compréhension (ou n’importe quelle autre) du personnage ne survient réellement à l'écran. Aucun des thèmes intéressants qui auraient pu émerger de ce récit de la vie tourmentée du chanteur n’est traité avec assez de profondeur pour convaincre : son rapport à la judéité, son sentiment d’infériorité vis-à-vis des arts majeurs, ou encore son alcoolisme et son penchant pour l‘autodestruction… Le film ne dit rien non plus sur l'inspiration artistique, à peine plus sur la musique. On ne comprend jamais pourquoi, on n‘aperçoit jamais ce qui faisait l‘être et la vérité de Gainsbourg. Joann Sfar ne choisit aucun angle d’attaque pour aborder son sujet et se contente d’une série d’anecdotes sélectionnées, semble-t-il, au hasard (la polémique autour de Aux armes etc. par exemple).

Eric Elmosnino et Lucy Gordon. Universal Pictures International France

Car (passées les séquences de l’enfance du personnage qui se veulent poétiques et drôles mais n‘y parviennent pas vraiment) le scénario de ce Gainsbourg se résume à une succession de sketchs où Serge va croiser un certain nombre de figures féminines, pour bien nous faire comprendre qu’il est un séducteur. Aucune actrice ne parvient à s’épanouir sur des temps aussi courts et elles ne dépassent donc jamais vraiment le stade de la parodie, même talentueuse (Laetitia Casta en Bardot). Pas grand-chose à dire sur Eric Elmosnino qui est plutôt convaincant mais compose un personnage auquel la mise en scène peine à donner de l‘épaisseur. Sans compter que Gainsbourg (vie héroïque) se termine en une queue de poisson un peu incompréhensible pour qui ne connaitrait rien à la vie de Gainsbourg (au hasard : moi). Sfar ne fait que survoler son sujet et laisse froid avec ce film faussement original et vraiment agaçant.


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

eva 04/02/2010 18:30

boycottje n'irais pas voir ce film puisqu'à mon gout il y a des choses dont on ne doit pas toucher et là c'est mon petit Serge et le reste de sa tribu. J'ai ma propre image de ce qu'il a fait, chanté, dit. Et je ne veux pas qu'un quelconque film me pourrisse cette image. Surtout qu'il parait que le réalisateur a filmé sa version personnelle concernant la vie de Serge Gainsbourg . Donc ça m'interesse encore moins. J'attends son passage à la TV.

p 02/02/2010 21:44

phil ciné le roi du point Godwin (cf oceans) :)

Didier Pene 30/01/2010 10:03

je suis venu te dire...bonjour à tous et merci pour votre attention.
Ce film, je l'ai désiré et mon emploi du temps ne m'a permit de le voir que fin janvier. Comme un rendez vous amoureux ou l'attente s'accompagne d'une excitation redoublée.
Excitation, car je suis réellement épris de l'auteur et du compositeur. j'aime sa faculté à superposer des mots, parfois des jeux de mots, parfois très inspirés, et d'autres fois ... cinglants sur des compositions d'une grande fraicheur créative, et à la partition, souvent, d'une grande richesse.
Excitation, car cette vie (love on the beat), je la connaissais. Ce désarroi, je le connaissais. Ce port de tête me parlait. Altier mais sincère (vous voulez me sauter? je l'aurais dit de manière plus poétique!).
Aussi, ce SFAR, lui, je ne le connais pas et franchement, je ne sais pas si cet opus est un trait de génie ou une torture, de laquelle il nous livre une délivrance.
j'ai trouvé ce film décevant mais je suis resté 2h 10 sans m'ennuyer.
J'ai trouvé Sara Forestier hors jeu, mais Elmosnino très convaincant.
Anna Mougladis joue avec ses yeux, et ils respirent l'oestrogene, ainsi était la gréco?
Lucy Gordon ne m'a pas convaincu dans son jeu, au début tout du moins. Elle enlève une supposée intelligence de Jane Birkin, femme bien moins naïve que présentée ici.
J'ai une tendresse pour le jeu de Laetitia Casta, qui en bonne professionnelle, savait qu'elle pouvait tirer beaucoup de ce rôle, le casting la mettant en pôle position. ce qu'elle a bien fait, mission accomplie.
Elmosnino est gainsbourg et restera gainsbourg.
Ce n'est pas grave, c'est arrivé à d'autres, kate winslet, par exemple, danny boon, de funes, certains attendent le rôle de leur vie toute leur vie, d'autres commencent par le rôle de leur vie.
Ce film ne m'a rien appris, m'a plongé dans des volutes de gitanes, au point d'avoir désiré une bouffée d'air. Au lieu de cela, l'introspection, le cynisme et le rapport à son propre démon était omniprésent.
Ce type, qui écrit 3 morceaux en une nuit pour Bardot (une histoire de motocyclette, de bandes dessinée et un morceau érotique.... qu'elle ne chantera pas finalement, comme tout le monde le sait), méritait peu être qu'on se penche sur son inspiration géniale ou ses influences.
Les seuls qui se targuent d'avoir écrit des morceaux cultes en une nuit s'appelle barbelivien, chanfort, et celui de la danse des canards (dont le nom m'échappe). Il me semblait que gainsbourg était, comment dire..., d'une autre catégorie. (je suis venu te dire que je m'en vais, ca m'emporte plus que born to be alive et je vais et je viens ... entre tes reins, d'avantage que .. à l'encre de tes yeux).
Monsieur SFAR, désormais, ce biopic existe, et personne ne va se lancer dans une redite.
Vous aviez la responsabilité majeure de titrer : Gainsbourg.
Conte est plus sage que film, j'ignore si pour vous le projet est abouti, moi je l'ai bu comme un bourbon, je pourrais certainement m'en resservir un, et si ce breuvage m'avait vraiment transcendé, alors j'aurais picolé toute la bouteille !!
Monsieur Sfar, je vous remercie et je vous emmerde...

phil siné 29/01/2010 08:35

je ne suis pas du tout d'accord avec toi (voir ma critique) mais c'est bien défendu, alors... :)

p 28/01/2010 06:26

comme y disent ds Libé, "le projet le plus risqué de l'année et une impression mitigée de biopic très perso quand même tenu aux exigences illustratives du genre"... honnête mais dispensable en tout cas, me semble.

Platinoch 27/01/2010 13:58

Pour le coup moi c'est un peu l'inverse... j'avais très peur que ce film soit raté et j'y suis allé à reculons et en fait, j'ai trouvé le film plutôt convaincant et original.
L'idée du double m'a franchement convaincu, et le scénario elliptique, choisissant de traiter plus ou moins fidèlement quelques aspects seulement de la vie de Gainsbourg, m'a paru plutôt audacieux et réussi.
Dans tous les cas, Sfar évite le piège de la môme, où le réalisateur dressait un portrait pour le coup peu flatteur de Piaf. Là on sent un réel amour pour Gainsbourg.
Pour autant, je suis d'accord avec toi, il est regrettable que Sfar ne se soit pas intéressé davantage aux réelles zones d'ombre de Gainsbourg, celles qui l'ont poussé peu à peu à devenir Gainsbarre.
Un film étonnant donc, mais à mon sens plutôt réussi.
Et by the way, j'ai adoré "Bright star" mais moi non plus je n'arrive pas à écrire la moindre ligne dessus;)

tdm 24/01/2010 08:51

c'est qu'en ce moment tu dois avoir du souci ! des partiels bientôt ? ça va reviendre, tKt

Anna 22/01/2010 19:02

J'ai vu Bright star et j'ai trouvé ça très beau! J'ai juste pas réussi à écrire dessus pour l'instant. Faudra que j'essaye, sinon on va finir par croire que je n'aime rien^^

Chris 22/01/2010 17:51

Euh, si tu n'aimes rien essaye Bright Star ?!!

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