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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 23:40
Mars Distribution

Roger Greenberg est un quarantenaire new-yorkais dépressif et totalement apathique. À la sortie de l’hôpital psy, il débarque à Los Angeles pour garder la maison de son frère parti en vacances au Viet-Nam. Roger, c’est Ben Stiller derrière la caméra de Noah Baumbach. Et son portrait donne un film mélancolique absolument bouleversant. Greenberg est à mes yeux beaucoup plus réussi que ne l’était le déjà intéressant Les Berkman se séparent (Margot va au mariage, le film suivant de Baumbach, n’est pas sorti en salles en France).

Greenberg s’inscrit pour une part dans la tendance actuelle du cinéma indépendant américain, avec ses signes particulier qui permettent de le repérer de loin (personnages un peu marginaux, humour décalé, BO ultra cool), mais transcende le genre avec un talent et une subtilités rares. Le trouble identitaire du protagoniste est matière à un film très singulier. Greenberg en effet joue sur la cohabitation, la confusion des registres : on ne sait jamais si on a affaire à une comédie (romantique ?) un peu dépressive ou à un drame rigolard. Le spectateur est mis dans cette position hésitante mais non inconfortable du type qui, un peu comme le personnage principal, attend de voir. Une situation de pause existentielle qui s’avère contre toute attente extrêmement cinégénique. C’est que Roger semble ne pas avoir de problème avec le fait de ne rien faire, comme lui fait remarquer Florence, l’assistante de son frère qui deviendra plus ou moins sa petite amie.

Greta Gerwig et Ben Stiller. Mars Distribution

Le cinéaste épouse le point de vue de son personnage, sans pour autant en faire l’apologie (on finit par s’attacher, mais difficilement, presque contre sa volonté, à Roger) : tour à tour perplexe, désespéré, indifférent, agacé, maladroit, embarrassé et (rarement) attendri ou heureux. La sincérité et l’humanité dans le regard que Baumbach pose sur ses personnages impressionne, surtout vis-à-vis des Berkman, où le réalisateur jouait un peu les petits malins cyniques. Rien de cela ici. La finesse de l’écriture de Baumbach (co-scénariste de deux films de Wes Anderson, avec qui la parenté est évidente) est admirable et ses dialogues sont terriblement justes et spirituels, mêlant tristesse et humour jusqu’à la limite où les distinguer devient difficile. Des scènes de tendresse se chargent soudain de malaise (Roger s’enfuit de chez Florence, effaré de l’anecdote que celle-ci lui raconte), des moments de fureur révèlent toute leur drôlerie (la séquence fascinante de la fête), des situations a priori ridicules finissent par émouvoir (chez le vétérinaire où Roger et Florence traîne le chien, Mahler).

Une qualité, et non des moindres, de Greenberg est d’avoir su trouvé des interprètes à la hauteur de ses personnages complexes et passionnants. Ben Stiller fait la démonstration de l’étendue de son talent dans un registre très subtile de mélancolie, d’avachissement et de lenteur qui se démarque de ses habituelles prestations comiques sans pour autant en être le contre-emploi : on retrouve une certaine nonchalance et un certain hébétement typiquement « stilleresques ». À ses côtés, la divine Greta Gerwig est une révélation, comme on dit, d’une douceur sexy assez délicieuse. On n’oublie pas non plus le toujours très drôle british Rhys Ifans. Comédie dramatique (pour simplifier la chose) percée ici et là de moments décalés d’une étrangeté étonnante, Greenberg est un film résolument à part, troublant, et profondément attachant.

À voir aussi sur le blog
Films de Noah Baumbach : Les Berkman se séparent


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash claim 18/08/2011 01:03

Quality, and not least of Greenberg is to have found interpreters to match its complex characters and exciting. Ben Stiller is demonstrating the extent of his talent in a register subtle melancholy, slow and slumping that stands out from his usual comic performance without being its against type. Very good indeed. He is totally awesome. Ben Stiller is a great actor. Nice job.

Chris 07/05/2010 20:57

Tout à fait d'accord avec toi, le film laisse une trace qui se bonifie avec le temps...

ffred 05/05/2010 19:09

Ouais bof, j'ai préféré Les Berkman...

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