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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 10:43
Date de sortie : 27 Août 2008
Réalisé par Mike Leigh
Avec Sally Hawkins, Alexis Zegerman, Andrea Riseborough
Film britannique.
Genre : Comédie
Durée : 1h 58min.


Institutrice, Poppy est une jeune femme aussi drôle et fantaisiste que rationnelle et déterminée. A l'écoute des autres, elle séduit tous ceux qui l'approchent, adore ses élèves et s'investit complètement dans son travail. Poppy vit en colocation avec une copine, Zoe. Elle sort beaucoup avec ses soeurs cadettes, et s'éclate en prenant des cours de flamenco et de trampoline. Quand elle se décide à apprendre à conduire, sa gentillesse et son sens de l'humour semblent même amadouer son moniteur d'auto-école pourtant peu aimable et très cyclothymique. Tout va donc plutôt bien dans la vie de la positive Poppy, surtout quand elle rencontre, dans le cadre de son travail, Tim avec lequel elle se sent aussitôt sur la même longueur d'ondes.

Le genre : la vie mode d'emploi

Mike Leigh est un magnifique cinéaste, de ceux qui impressionnent par leur capacité à filmer les gens à la bonne distance, évitant tout à la fois le misérabilisme et la condescendance à leur égard. Du caustique Bleak moments au drame bouleversant All or nothing (je n’ai pas vu Vera Drake, son dernier en date), le cinéaste britannique s’emploie à donner au « film social », appellation fourre-tout qui donne le meilleur comme le pire, ses lettres de noblesse. Comme son compatriote Ken Loach, mais en gardant une confiance plus grande dans les individus et leur pouvoir de résistance qu’en d’éventuelles luttes collectives (Leigh est donc plutôt une sorte d’anarchiste), il dissèque la société anglaise et ses contradictions avec une acuité terrible et une douceur bouleversante. Accompagné à sa sortie française par une affiche flashy, un gimmick débilisant (« Adoptez la Poppy attitude ! ») et un titre mièvrement volontariste, son dernier film est bien autre chose que le feel good movie vaguement ironique que ces bêtises marketing pouvaient laisser entendre. C’est l’histoire de Poppy, une jeune femme qui a décidé de rire de tout, de la vie, de ses problèmes, des problèmes des autres. Un moulin à paroles qui se marre à tout bout de champ. Il est difficile au départ de s’attacher au personnage, tant elle est exaspérante à ne jamais cesser de faire des blagues et de sautiller dans tous les sens. Dès le début du film, un peu trop hystérique, on se demande vraiment si on va pouvoir tenir deux heures en sa compagnie. Mais par la suite – et c’est ce qui fait le charme de ce Happy-go-lucky – il est possible de s’attacher à elle et à ce qu’elle représente, ce qu’elle possède en elle de félures et de déchirures pour avoir ainsi décider de dire oui au lieu de non, de refuser le cynisme ambiant et de ne pas se morfondre dans ses soucis existentiels. À partir de là, malgré les apparences, Happy-go-lucky est tout sauf un film sur la positive attitude niaise. Il y a beaucoup de second degré, une distance, une ironie derrière tout ça. Poppy n'est pas Amélie Poulain, sa bonne humeur est sur fond de lucidité, de mélancolie voire même de désespoir. Elle est un masque, et un mode de défense. Ce personnage central pour le moins atypique s'accorde tout à fait à la formule selon laquelle l’humour est la politesse du désespoir. Elle a choisi de ne pas emmerder les autres avec ses problèmes et d’essayer de les convaincre de faire de même : qu’est-ce que je l’aime pour ça ! Bien évidemment, ce n'est certes pas la panacée (Ken Loach aurait préféré la voir intégrer un groupe d’extrême gauche pour donner à sa volonté un tour politique) mais c'est tout ce qu'elle a trouvé pour supporter mieux une vie, et une société, souvent frustrante voir mortifère. Le propos critique de la société anglaise tient une place de choix : questionnement du rôle de l’école, constat de paupérisation, chronique d’un certain conformisme (choisi par certains, comme la sœur de Poppy, pour échapper quelque peu aux problèmes en question). Si Poppy est si exaspérante (surtout au début) c'est justement parce qu'il y a malaise. Son rapport à la vie diffère de celui de beaucoup de gens, à commencer par ce moniteur d'auto-école facho qui s'englue dans sa misère parce qu'il a choisi de la montrer et non de l'ignorer comme le fait Poppy. Les scènes récurrentes de leçon de conduite, justement, sont un bonheur d’humour et de tendre ironie, la rencontre électrique de l’héroïne avec son double inversé. Les personnages qui peuplent cet étrange conte moderne sont tous attachants et bien croqués, souvent à l’origine de scènes hilarantes (les cours de flamenco) et même parfois d’une inquiétante étrangeté (la rencontre avec le clochard). Le philosophe Alain a écrit : « Le pessimisme est d'humeur ; l'optimisme est de volonté. ». C’est tout à fait l’adage selon lequel Poppy à choisi de vivre, et tant pis pour ceux qui ne l’aimeront pas car pour moi elle fait partie de ces personnes qui rendent la vie plus facile à vivre dans un monde contemporain devenu de plus en plus frustrant pour les gens, ces gens que Mike Leigh aime tant et qu’il aimerait voir se débarrasser de la tristesse que si souvent ils portent en bandoulière.

Eddie Marsan et Sally Hawkins. MK2 Diffusion

Alexis Zegerman et Sally Hawkins. MK2 Diffusion


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash solicitors 08/08/2011 06:54

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Anna 02/11/2010 08:29

Hm seotons, j'ai comme l'impression que vous êtes un robot, mais puisque vous me faites tant de compliments, je vais me maintenir dans l'illusion que vous existez bel et bien en n'effaçant pas vos passionnants - quoique répétitifs - commentaires.

seotons 02/11/2010 01:24

J\'apprécie votre travail, grand merci à vous pour votre aide et je partage moi aussi votre opinion... J\'insiste, oui votre site est excellent, je viens à l\'instant de découvrir votre blog et l\'ai complètement parcouru. PS : Vivement la suite !

Mélissa 09/09/2008 09:50

d'accord avec toi aussi, un tendre mélange de petit bonheur et de critique sociale. Poppy est aussi agaçante qu'attachante !

Snifff 05/09/2008 00:32

A moi le 1001ème commentaire !

pL 04/09/2008 00:14

Ta critique m'encourage à découvrir ce film. J'essaierai peut-être d'y aller si toutefois il passe près de chez moi.

cristal 02/09/2008 09:59

Parmi les meilleurs films de l'année ; la mélancolie y côtoie la gaîté avec une fluidité de l'instant tout simplement magique. J'adore! Et puis bon, pareil, je crois que je suis amoureux de Poppy!

Bob Morane 31/08/2008 16:54

Je partage tout à fait ton avis. Ce film est dur et tendre à la fois. La bande annonce est nulle et déssère le film. L'actrice joue super bien, l'ambiance est proche de la réalité de la vie où chacun fait face à sa manière. Qui ne connait pas de Poppy dans ses proches ?

freezzeur1 29/08/2008 16:06

Idem ! Poppy énerve vaguement puis vous laisse en plan au beau de 2 heures, béat d'admiration et limite amoureux. "L'optimisme est de volonté"... sur cette être de chair, la volonté de fer habite un corps souple et déluré. High in the sky, merci pour ce point de vue largement étayé.

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