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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 23:46

FESTIVAL DE CANNES 2011 - En compétition

Ichimei (Hara-Kiri : mort d'un samourai) restera dans l'histoire du Festival de Cannes comme le premier film en 3D à avoir été présenté en compétition. Ce remake d'un classique japonais de Masaki Kobayashi se déroule dans le Japon médiéval, dans la demeure d'un seigneur qui reçoit parfois des hommes qui souhaitent se faire hara-kiri (c'est-à-dire se suicider selon le code de l'honneur) chez lui.

Le film est déceptif à plusieurs égards : d'abord, il ne possède pas les débauches de violence stylisée que l'on connaît habituellement chez Takashi Miike – à l'exception d'une mémorable et traumatisante scène de hara-kiri avec un sabre en bambou. Son style se fait ici relativement académique et sage. Ensuite, Ichimei ne remplit pas non plus les attentes liées au genre du film de sabre : il y a très peu de scènes de combats, et elles sont très courtes. Le cinéaste parvient cependant à dérouler une intrigue aux multiples enjeux de manière pertinente, même si sa durée (plus de deux heures) ne semble pas toujours justifiée, la tension narrative retombant à plusieurs reprises.

Ebizô Ichikawa.

La puissance du film réside donc dans une intrigue aux accents mélodramatiques, dont les ramifications sont aussi morales et politiques : la femme et le fils de Motome sont tous deux gravement malades. Souhaitant gagner de l'argent pour pouvoir convoquer un médecin, celui-ci entend dire que des hommes ayant demandé à se faire hara-kiri chez le seigneur local ont suscité la pitié de ce dernier et ont reçu de l'argent. Il décide donc de tenter sa chance mais ne trouve pas la clémence attendue et est contraint de se suicider sous les regards pressants de samourais méprisants. Le père de Motome se rend ensuite chez le seigneur pour venger son fils et la famille de ce dernier.

Le film se fait alors charge politique virulente et passionnante : les rituels des samourais, leurs conventions et leur culte de l'honneur sont renvoyés à leur plus totale absurdité. Cette dénonciation est, me semble-t-il, rare dans le cinéma japonais, même de manière contemporaine. Miike ironise sur l'injustice qui résulte de la rigidité des conventions et des rituels, et cela donne quelques séquences bouleversantes. En un sens, il fait aussi de l'ironie aux dépens du genre du film de samourai lui-même, refusant de se plier à ses conventions.

Ichimei est également grande beauté plastique, sereine et maîtrisé. On regrettera simplement que la 3D, comme à son habitude, assombrisse considérablement l'image et n'apporte quasiment rien d'intéressant à la mise en scène.

3étoiles

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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

neil 30/11/2011 17:18

Moi je l'ai trouvé absolument formidable. C'est vrai qu'on ne retrouve pas le Miike barré, mais quelle maîtrise de la mise en scène et du scénario...

Carcharoth 23/05/2011 21:41

Je te conseille alors de voir l'original, qui est très difficile à surpasser à mon avis tant il est génial et puissant (peu de violence, sauf une très longue scène à la fin) malgré sa longueur !

Anna 22/05/2011 11:16

Ok super j'attends ça avec impatience, vu que je suis assez ignorante sur le sujet! Je ne connaissais absolument pas le film d'origine avant de voir celui là, d'ailleurs je ne savais pas que c'était un remake, donc mon jugement est sûrement un peu naïf, mais la puissance politique du film m'a soufflée, je n'avais jamais vu ça!

Carcharoth 22/05/2011 09:11

Je ne veux pas faire de la pub, mais bientot il va y avoir chez Alter réalité une série d'article qui démentira "Cette dénonciation est, me semble-t-il, rare dans le cinéma japonais, même de manière contemporaine."
Sinon on peut déjà commencer à citer Gosha, Kobayashi (justement !), Kudo, etc... Dès les années 60-70 la mythe du beau samouraï est battu en brèche par toute une série de réalisateurs, Miike ne fait que reprendre le discours de son illustre ainé qui avait aussi été le premier a dénoncer les horreur commises par le Japon en Mandchourie.
Pour les scènes de combats il y en a assez peu aussi dans l'originial, qui ne vit que par sa terrible tension dramatique... Enfin bon j'irai le voir de toutes façons, on en reparle après !
Bien jué pour Cannes n tous cas !

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