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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 13:41
FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM D'HISTOIRE DE PESSAC - En compétition

Date de sortie : 26 Novembre 2008
Réalisé par Steve McQueen
Avec Michael Fassbender, Liam Cunningham, Stuart Graham
Film britannique.
Genre : Drame, Historique
Durée : 1h 40min.

Becker Films International

Prison de Maze, Irlande du Nord, 1981. Raymond Lohan est surveillant, affecté au sinistre Quartier H, celui des prisonniers politiques de l'IRA qui ont entamé le "Blanket and No-Wash Protest" pour témoigner leur colère. Le jeune Davey Gillen, qui vient d'être incarcéré, refuse de porter l'uniforme car il ne se considère pas comme un criminel de droit commun. Rejoignant le mouvement du Blanket Protest, il partage une cellule répugnante avec Gerry Campbell, autre détenu politique, qui lui montre comment communiquer avec l'extérieur grâce au leader Bobby Sands. Lorsque la direction de la prison propose aux détenus des vêtements civils, une émeute éclate. La violence fait tache d'huile et plus aucun gardien de prison n'est désormais en sécurité. Raymond Lohan est abattu d'une balle dans la tête. Bobby Sands s'entretient alors avec le père Dominic Moran. Il lui annonce qu'il s'apprête à entamer une nouvelle grève de la faim afin d'obtenir un statut à part pour les prisonniers politiques de l'IRA.

Le genre : choc toc

Je ne comprends pas ce film... Franchement, je le regrette. Mais je suis restée complètement réticente à ce prétendu choc. Quel est le sens de cette succession de scènes quasi insupportables qui ne laissent aucun répit au spectateur ? Du sort terrible des prisonniers indépendantistes irlandais de l'époque Thatcher, qui continuèrent de réclamer un statut particulier malgré des traitements indignes, rien ne nous est épargné : ni les coups, ni les fouilles au corps, ni les vers grouillant sur la bouffe avariée, ni la pisse sur le sol, ni la merde sur les murs, ni les plaies, ni dans une seconde partie la déchéance christique d'un corps en grève de la faim. Tout ceci est par moment particulièrement immonde et repoussant. Pourtant j'aurais été la première à adhérer totalement au propos du film, qui dénonce les conditions de vie des prisonniers et l'indifférence des politiques conservateurs (le gouvernement Thatcher en l'occurrence), et valorise la beauté de l'engagement et ce même jusqu'à la mort. Malheureusement, et malgré une certaine virtuosité dans la mise en scène (montage au cordeau, cadrages millimétrés, tension permanente), le propos en question est noyé par une imagerie limite racoleuse dans sa volonté de montrer tout, même le plus dégueulasse. Le moins qu'on puisse dire, c'est que suggestion et subtilité sont deux termes absents des préoccupations de Steve McQueen dans ce premier film. Je n'aime pas la façon dont Hunger traite le spectateur, le prenant pour ainsi dire en otage et semblant chercher à lui retirer, à l'exception d'une ou deux belles scènes, toute capacité de réflexion ou d'imagination. Est-il nécessaire de nous prendre par les cheveux et de nous plonger la tête au fond de la cuvette pour nous faire comprendre l'horreur de la situation ? Je ne le pense pas. Hunger n'a été au final pour moi qu'une succession d'images  estampillées choc, au service d'une esthétique sulpicienne extrêmement pénible - voir les corps triturés et meurtris des prisonniers contestataires, et la dégradation progressive du corps de Bobby Sands, à la fois ultra réaliste et ultra stylisée. La plus belle séquence, et ceci est assez symptomatique du problème du film selon moi, prend le parti quasi inverse : c'est un long dialogue entre Bobby Sands et un prêtre, filmé avec autant de sobriété que d'intensité. Enfin l'engagement  et les motivations de ce membre de l'IRA, qui entame alors une sévère grève de la faim, prennent un sens et une profondeur véritables, enfin on comprend (un peu) de quoi il s'agit. Mais ce n'est qu'une scène, seule et perdue au milieu d'un film difficilement regardable et peu propice à la réflexion.

Becker Films International

Michael Fassbender. Becker Films International


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Published by lucyinthesky4 - dans A contrario
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commentaires

Keira3 24/12/2008 13:42

J'attendais le film avec impatience et il ne m'a pas déçu. Je l'ai trouvé magnifique même si évidemment très dur. Pendant un peu moins de 2h on est plongé dans l'horreur de l'incarcération et de ces hommes pleins d'idéaux (des corps en fin de compte, dont celui de Bobby Sands qui devient un champ de bataille - la notion du corps, je pense, est très forte dans ce film). McQueen le réalisateur a réussi à ne pas forcément nous obliger à prendre parti (même s'il est évident qu'il admire Bobby Sands) en nous plaçant aussi à côté d'un gardien. C'est un grand film virtuose sur le point de vue cinématographique (le plan long de 20 minutes) et aussi du traitement de l'histoire qui tord l'estomac. Mais comment montrer l'horreur de leur situation si ce n'est en nous plongeant "la tête au fond de la cuvette" comme tu dis? Il est parfois bon que le cinéma ne montre pas forcément ce que le spectateur a envie de voir, qu'il le bouscule. Enfin, ce n'est que mon avis :)
Sinon malgré nos divergences de point de vue, ta critique est très bonne et argumentée (comme d'habitude :) ) Bonnes fêtes !!

Edisdead 13/12/2008 00:01

Nous sommes en effet en parfait accord.
Le spectateur n'a ici aucune liberté. Ne filmer qu'un comportement, sans jugement ni explication, ne veut pas forcément dire prendre en otage. Van Sant ou Dumont y arrivent en général très bien. McQueen, lui, nous empoigne par le cou.
Quant à la fameuse conversation centrale, elle est filmée de manière si ostentatoire... Loin de s'intéresser enfin au problème, on ne voit que la performance du cinéaste et des acteurs.
Hunger est un film-choc, mais il n'est que ça. Pas de réflexion, juste de l'imagerie.

VincentLesageCritique 04/12/2008 21:33

Wouh Anna, tu as un fan, quelle classe ! Dommage qu'il n'ait pas signé "From Pierre, a French fan." là ça aurait été le top du top du fan ultime.

Pierre 04/12/2008 19:51

ah bin non, pas d'ac !Chère Anna,
Tu écris toujours aussi bien et c'est un plaisir de te lire. Je retiens cette phrase excellente : "Est-il nécessaire de nous prendre par les cheveux et de nous plonger la tête au fond de la cuvette pour nous faire comprendre l'horreur de la situation ?" (Je l'aurais plutôt tournée à l'imparfait - était-il - mais c'est facile après-coup de la ramener !) Bref, tout ça pour dire que je ne suis pas d'ac avec toi sur le film en entier, dans son ensemble.
Révulsé par le procédé (macro sur les plaies suintantes), certes, mais il était bigrement efficace dans sa description de l'enfer (la taule), un peu plus mettons qu'une pâle Ligne verte avec Hanks, et sacrément enlevé au plan esthétique ! bref, c'est toi qui restes quand même la meilleure !
bye, bien à toi...

Platinoch 28/11/2008 19:50

Je partage tout à fait ta critique, chère Anna! J'ai été le voir tout à l'heure et j'ai été mal à l'heure pendant toute la durée de film. Et ce en dépit de toute la sympathie que je pouvais avoir pour Bobby Sands et ses compagnons, et pour leur combat jusqu'auboutiste pour leurs idées et leur dignité. Mais cette accumulation de violence ultraréaliste et de détails glauques agrémentés d'une mise en scène limite expérimentale... J'en suis ressorti aussi dégouté visuellement qu'après "La passion du Christ" de Gibson...
Problème de taille pour moi maintenant: ta critique est tellement bonne que je n'ai même plus envie d'en faire une sur mon blog;)

Mélissa 16/11/2008 22:50

Vu aussi il y a quelques semaines. Je comprends tout a fait ce que tu as pu ressentir pendant la séance tant ce film choque et enferme le spectateur dans une bulle. Le terme d'otage n'est d'ailleurs que trop bien choisit. Ce n'est pas un film sur lequel on peut dire: "j'ai aimé", mais pourtant, je l'ai trouvé admirable, de part sa réalisation, d'abord, surréaliste, son jeu d'acteur et ce choix de mise en scène de justement prendre le spectateur en otage, lui montrant de face tout ce qu'il ne veut pas voir. Un film qui dans tous les cas ne peut laisser indifférent même s'il est vrai, pour ma part, que je n'arrive pas à dire que j'ai aimé ce film même si je lui mettrais 3 étoiles. Assez contradictoire, donc !

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