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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 23:22

 

« Beaucoup de films ont montré ce que ces gens pouvaient endurer pour arriver ou pour rester chez nous. J’ai voulu montrer ce que NOUS leur faisons endurer pour qu’ils rentrent chez eux. » C’est par cette déclaration explicite et politique qu’Olivier Masset-Depasse décrit le désir qui l’a animé dans la réalisation d’Illégal, son second long-métrage. Sorti dans les salles françaises en octobre dernier, ce film belge à la fois modeste et puissant n’est pas passé inaperçu, son succès d’estime l’amenant même à être nommé cette année pour le César du meilleur film étranger.

Voir ou revoir Illégal en DVD, c’est faire l’expérience d’un film engagé et enragé dont le propos résonne douloureusement avec l’actualité française et européenne : les expulsions, les centres de rétention et les débats stériles sur l’immigration. L’action se déroule en Belgique, mais sa portée est bien évidemment plus large. Illégal, c’est l’histoire de Tania, immigrée russe qui (sur)vit en Belgique avec son fils de quatorze ans, Ivan. Un jour, ce qu’elle redoutait tant arrive : contrôle de police, elle est envoyée en centre de rétention et sait qu’elle risque, d’une minute à l’autre, d’être renvoyée dans son pays d’origine. Le film est un brûlant portrait de femme, une éloge de l’abnégation et le courage d’une mère prête à tout pour protéger son fils, et en lutte permanente pour la survie et la dignité.

Filmé à proximité des corps et des visages, en particulier ceux de l’héroïne, Illégal est d’un réalisme âpre, frontal. Il décrit minutieusement le quotidien d’un centre de rétention, les conditions de vie déplorables, la peur permanente, les rapports ambivalents avec les geôliers et les policiers. Cette retranscription d’une réalité concrète et spécifique (Masset-Depasse a enquêté, s’est rendu dans des centres pour en comprendre le fonctionnement) est un témoignage précieux d’une époque, d’un lieu, d’une société ; mais aussi un formidable et violent portrait de l’(in)humanité. Le film laisse cependant entrevoir, par fines touches, ce qui reste d’humain dans un contexte inhumain. Ce qui reste avant tout, c’est cette femme, Tania, admirablement incarnée par Anne Coesens, collaboratrice de longue date du cinéaste.

Esse Lawson et Anne Coesens. Haut et Court

Au final, ce qui est illégal ici, ce ne sont pas les gens, c’est bien le système qui permet ces traitements, ces violences et ces humiliations. Virulent et partisan, Illégal n’est pas pour autant simpliste ou manichéen : une partie du personnel des centres de rétention est lui aussi victime et n’est pas dépourvu d’empathie. On regrette parfois un chouilla de sentimentalité dans la description de la relation entre la mère et le fils et dans la caractérisation de Tania comme mère courage irréprochable. Cependant, l’attachement du réalisateur à son personnage et le pari, qu’il tient jusqu’au bout, de lui coller aux basques pour en tirer l’essence et la vérité, force l’admiration.

S’il n’est pour l’instant ni Ken Loach ni les frères Dardenne, Masset-Depasse fait tout de même preuve d’un talent de mise en scène indéniable, à la fois sobre et rugueux. C’est ce que confirme, dans le DVD édité par France Télévisions, la présence de deux courts-métrages du réalisateur, Chambre froide et Dans l’ombre, dans lesquels Anne Coesens apparaît. On y perçoit déjà une forme de crudité et d’amertume qui s’épanouit aujourd’hui dans Illégal sous la forme d’une charge politique et humaniste tout à fait admirable.

Chronique écrite pour et grâce au site Interlignage.


35étoiles

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Published by lucyinthesky4 - dans Tests DVD
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rom 10/08/2011 13:20

responsadébilitéNOUS? mais nous n'en sommes pas !

accident claims company 09/08/2011 00:35

commentI like the way present your article and you have given us more information about the movie. Great job!

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