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1 mai 2008 4 01 /05 /mai /2008 15:00
CYCLE MAI 68

Date de sortie : 10 Décembre 2003
Réalisé par Bernardo Bertolucci
Avec Michael Pitt, Eva Green, Louis Garrel
Film français, américain, britannique.
Genre : Drame
Durée : 1h 56min.

TFM Distribution

Isabelle et son frère Théo, restés seuls à Paris pendant les vacances de leurs parents, invitent chez eux Matthew, un étudiant américain. Dans cet appartement où ils sont livrés à eux-mêmes, ils vont fixer les règles d'un jeu qui les amènera à explorer leur identité émotionnelle et sexuelle. Au fil des heures, la partie s'intensifie, les sens et les esprits s'exacerbent.

Le genre : jouissez sans entrave ?

Dans ce film étrange du sulfureux Bernardo Bertolucci (Le dernier tango à Paris), mai 68 n’est à première vue qu’une toile de fond, période de libération à l’atmosphère particulière (les AG étudiantes, les cinéma de minuit, la musique rock) qui justifie la liberté absolue de personnages s’abandonnant à leur désir. Bien sûr, il faut aimer se balader toute la journée nu comme un vers en buvant du vin et en parlant cinéma et politique. Cela reste une image un peu clichée du libertinage à la française… Les trois personnages (un frère et une sœur étudiants parisiens et un étudiant américain) s’installent donc dans un huis clos troublant. Le ménage à trois est nécessairement très référencé, il faut bien l’avouer, et on pense immédiatement à Jules et Jim ou encore à Cabaret. La différence majeure reste la question des relations incestueuses (ici, elles existent plutôt par procuration) qui est traitée de façon extrêmement scabreuse. L’inquiétante et fascinante étrangeté de ces frère et sœur incarnés par Louis Garrel et Eva Green, d’une sensualité assez ahurissante, favorise l’identification au personnage un peu lisse de Michael Pitt (absolument charmant au demeurant), entraîné dans un tourbillon de débauche et de perversité. Les jeux sexuels qui s’ensuivent sont filmés avec une sorte de délectation qui met quelque peu mal à l’aise, reflétant les obsessions de Bertolucci. La découverte douloureuse du corps et de sa matérialité n’est pas sans rappeler les œuvres précédentes du cinéaste, mais le thème est traité avec une sorte de ringardise qui laisse perplexe. L’aspect le plus réussi du film : les multiples références cinéphiliques qui le parcourent, de Top Hat avec Fred Astaire à Bande à part de Godard en passant par La reine Christine avec Greta Garbo et Scarface. Au-delà des dialogues qui évoquent fréquemment le cinéma, Bertolucci de façon assez maligne place à l’intérieur même de son film des inserts de scènes célèbres qui revêtent d’intrigants échos dans la vie des personnages. Ce sont des cinéphiles avertis, on peut donc s’y retrouver quelque peu, mais la cinéphilie s’apparent principalement ici à une fuite du réel voire à une obsession proche de la perversion (voir la teneur des jeux auxquels s’adonnent les frère et sœur). Pas vraiment rassurant. Et mai 68 dans tout ça ? «L'état de la conscience politique actuelle m'atterre tellement qu'à la lecture des souvenirs d'étudiants à Paris, en mai 68, j'ai voulu me servir de la caméra comme d'une machine à remonter le temps.», dit Bertolucci à propos du film. Il n’est pas sûr que la réalité des événements de mai soit sensible dans The dreamers, cependant c’est par ce truchement que Bertolucci prend en fin de film une distance salutaire vis-à-vis de ses personnages. Avec une absence totale de peur du ridicule qu’on ne peut que lui reconnaître, le cinéaste brosse un portrait pour le moins original d’une certaine jeunesse cultivée de l’époque qui préfère se replier dans une intimité sécurisante – et finalement malsaine – que de lutter véritablement, dans la rue, sur les barricades. Le retrait de la société plutôt que la lutte pour son changement. La politique est bien là, mais seulement dans les débats sans fin des trois personnages, et ceci au même titre que d’autres sujets : que vaut la révolution maoïste ? Buster Keaton est-il plus talentueux que Charlie Chaplin ? Finalement, il s’agit de parler pour parler. En paroles, jamais en acte : c’est une bien triste image de mai 68 que le film donne, avant de se renverser dans les dernières minutes, qui marquent un nouveau départ pour les trois jeunes. Bertolucci ne donne raison à aucun d’entre eux, ils laissent ces « rêveurs » au moment où leurs chemins se séparent. À l’heure du choix. Ce sera la désillusion pour les uns. Pour les autres, le combat qui commence. Ici, maintenant. Dans la rue.

Michael Pitt, Eva Green, Louis Garrel et Robin Renucci. TFM Distribution

Eva Green. TFM Distribution

À voir également sur le blog
Films avec Louis Garrel : Les Chansons d'amour, Dans Paris

À suivre dans la série mai 68 : La carapate, de Gérard Oury


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Published by lucyinthesky4 - dans En bref
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commentaires

whiplash solicitor 08/08/2011 04:43

The creativity of the writer upon completing this movie is great. I have watch this and it really catches my heart. Thanks to this one.

Dalloway 22/05/2008 21:58

Je dois avouer que j'ai bien aimé ce film. Comme le dit Mickaël, ce film possède de très belles séquences poétiques et politiques. Mais je n'ai pas encore vu "Les Amants réguliers" avec lequel beaucoup comparent ce film...

Carcharoth 04/05/2008 14:38

Et puis comme il y a Garrel, ça ne peut pas être bien. Pour un film sur les révolutions du même genre au Japon, on peut se taper ceux de Oshima...
Et sur l'aspect chinois (mais 89 cette fois), Une jeunesse Chinoise, érotique à souhait lui aussi.

MiKLR37 02/05/2008 17:23

On reste tous un peu perplexe face à ce film singulier... Néanmoins, il est traversé par des élans poétiques (et politiques) assez salvateurs à l'image de cette scène flippante où Eva Green déroule le tuyau du gaz je crois avant qu'une pierre vienne briser le silence, belle métaphore de leur enlisement dans un huis clos stérile et malsain, mais représentatif sans doute de ce qui a fait échouer en partie le post 68, des bourgeois qui en disent beaucoup comme tu le dis, mais qui ont du mal à agir, et puis finalement, ce final exceptionnel, sortie, bouffée d'air, et puis les barricades, les flics, le feu, la révolution à faire...ou pas...

Mélissa 02/05/2008 16:06

Je viens d'écrire ma critique du film et je m'aperçois en fait que l'on a écrit un peu la même chose. A l'exception que j'ai mis une étoile de plus. Un film assez surprenant pour le coup, à la fois malsain et charmant. On prend plaisir à reconnaitre les séquences des films !

diane_selwyn 01/05/2008 19:21

Il y a un côté provoc un peu facile c'est clair, et en même temps ça ne va pas jusqu'au bout de ses réflexions!

VincentLesageCritique 01/05/2008 15:40

Je vois que tu t'es remise au boulot ! :) C'est bien !
Comme toi, j'ai trouvé le film assez malsain mais aussi vicelard et puéril (genre Brisseau)...

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