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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 19:00
Warner Bros.

Je ne vous apprends rien : Invictus, le dernier film de Clint Eastwood, raconte que la victoire à la Coupe du Monde 1995 de rugby fut pour l’Afrique du Sud un vecteur de réconciliation après la fin du régime d’apartheid. Vu la façon qu'a Eastwood de présenter la chose, on a déjà un peu de mal à y croire (qu’elle en soit le symbole, oui, mais le moteur ?), mais les bons sentiments envahissent tellement l’espace du film qu’il en devient par moments franchement exaspérant. Aucun coup d’éclat de mise en scène ne vient malheureusement pallier ce défaut majeur.

Le point de vue de départ est relativement intéressant et original : c’est celui des gardes du corps de Mandela. Les anciens, noirs, voient arriver les nouveaux, blancs, d’un mauvais œil. Bien évidemment, au terme du film se sera nouée entre eux une solide complicité qui fait chaud au cœur. Eastwood offre une vision de l’Afrique du Sud réunifiée autour des valeurs du sport : effort (de réconciliation), solidarité (entre les peuples), ténacité (dans la lutte pour la justice). C’est beau mais ça ne tient pas sur la durée. La naïveté du propos est parfois confondante… Pas seulement, celle du propos, d’ailleurs. L’overdose de niaiseries est atteinte quand, lors d’un voyage de Mandela en hélicoptère, Eastwood nous sert une chanson de variétoche sirupeuse totalement imbuvable.

Morgan Freeman et Matt Damon. Warner Bros. France

Si Matt Damon hérite de l’un de ses rôles les plus ternes, Morgan Freeman en revanche est absolument remarquable, impressionnant de classe, de sérénité, de conviction, d’humanité. Le côté hagiographique d’Invictus existe certainement mais ne m’a pas choquée outre mesure. Après tout, Mandela est incontestablement un homme admirable. Et le portrait qu’en fait Eastwood est plutôt beau : un acharné paisible, un soldat tranquille et - peut-être pour cela - toujours « invaincu » voire « invincible » (c’est le sens du titre, qui est celui d’un beau poème de W.E. Henley, le favori de Mandela). À part Mandela, donc, Invictus est un film sans véritables personnages. Ils n’ont aucune épaisseur et ne servent qu’à illustrer le propos, certes généreux, du cinéaste.

Un cinéma sans méchant, sans cruauté, sans opposition (autre que les intempéries!) au désir de justice de son héros. On sait pourtant Eastwood très capable de montrer la part d’ombre immanquablement présente dans tout ce qu'il y a d'humain. C’est peut-être cela qui manque ici. Un contrepoint, quel qu’il soit, qui fasse comprendre que tout n’est pas si évident. Alors oui, Eastwood a choisi le ton de la fable et du conte utopique. Mais le monde qu’il présente est tellement simplifié (simplet) qu’il en devient totalement irréel. D’autre part (rien à voir mais il fallait le dire), le rugby est filmé de façon très désagréable, en particulier les mêlées en gros plan et en ralentis, avec gémissements en prime (!).

Morgan Freeman. Warner Bros. France

Eastwood a le sens du récit, mais celui-ci s’essouffle tout de même assez rapidement et le film se traîne en longueur sur la fin. Invictus n’est au final rien qu’une fable simpliste et lisse sur les bienfaits rassembleurs du sport et la nécessité pour un peuple de se réconcilier, de s’unir et de pardonner pour pouvoir avancer (version niaise de l’effet Obama, en somme… étonnant pour un élu républicain, non ?). Rien de grave là dedans, mais rien de bien passionnant non plus.

À voir aussi sur le blog
Films de Clint Eastwood : Jugé coupable, Lettres d'Iwo Jima, Mystic river, Sur la route de Madison


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash solicitor 09/08/2011 03:52

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carpes et carnassiers 27/09/2010 14:33

Invictus et la pensée des bons sentimentsEntièrement d'accord avec votre commentaire, que de déception en voyant ce film ...
Le sport ne véhicule pas que de bonnes valeurs, par exemple, la devise du sport n'est elle pas : "toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus fort", ce n'est pas le haut, loin, fort qui me dérange, c'est le "toujours plus", ramenez cela à l'économie, au capitalisme, à l'écologie .... ?

Cela contraste fortement avec : l'effort (de réconciliation), solidarité (entre les peuples), ténacité (dans la lutte pour la justice) non ?

Anna 20/09/2010 18:38

C'est vrai, implants, que mes critiques sont souvent difficiles à assimiler, du fait de leur extrême complexité. Je suis heureuse que tu l'aies noté, tu es bien le seul.

implants de cheveux 20/09/2010 17:28

cheveuxJe trouves votre article et votre dossier intéressant, Je vais avoir besoin d'un peu de temps pour bien assimiler le tout quand même. Bonne continuation et longue vie à votre site !

pL 09/02/2010 21:47

Je l'ai enfin vu, et c'est l'un des plus mauvais films de Clint Eastwood. Mais je me suis laissé prendre dans le déluge de bons sentiments, pauvre de moi...

Ashtray-girl 21/01/2010 12:09

Je suppose que, de loin, je comprends ton point de vue. Moi il m'a touché, ce film. Peut-être est-ce pour cela que je n'ai aps prêté d'avantage attention à tout ce qui aurait pu me gêner... Mais quand bien même! Na! ;-)

Anna 21/01/2010 06:48

@ Nostalgic & Ashtray : Je n'ai pas dit que le sport ne pouvait pas être facteur de cohésion national, c'est évident qu'il le peut. Je dit simplement que la façon dont Eastwood le présente est niaise et simplificatrice, et m'exaspère grandement.

@ Ashtray : Les persos que tu donnes en exemple pour la face d'ombre, on les voit deux minutes, et ils finissent par devenir gentils (en tout cas la famille, qui emmène la domestique noire au match... mais que c'est beau!!!). Je veux bien adhérer à la naïveté d'un film, mais il faut que celle-ci me paraisse cohérente et convaincante, et ça n'a jamais été le cas avec ce film malheureusement. Je n'y crois pas une seconde, quoi...
Quant au "énième pampglet sur l'apartheid", tu trouves qu'il y en a tant que ça ? Anyway, je préfère les pamphlets aux fables gentillettes. Et je n'ai pas appris grand chose sur l'apartheid. Peut-être que certains oui, c'est déjà ça...

@spon & Chris : merci de venir à ma rescousse! Voilà une "part d'ombre" qui aurait pu être évoqué : le fait que les Box n'ont pas gagné parce qu'il étaient les plus méritants, mais aussi largement aidés par les circonstances. Un coup de pouce du destin en quelque sorte (ou du porte-monnaie ?^^).
Et la grande réconciliation sud-africaine est loin d'avoir eu lieu au point où le laisse entendre le film. Ça ne m'aurait pas dérangé si ce beau message d'espoir avait été convaincant. Or il ne l'est pas pour moi.

Ashtray-girl 20/01/2010 23:47

Okay, comme d'hab', je vais me poser là avec ma naïveté à pleurer et mon enthousiasme exaspérant, mais Invictus est mon (second) méga coup de coeur de ce début d'année.
C'est vrai, moi aussi, j'ai tiqué sur la musique "sirupeuse" accompagnant la venue de Mandela sur le terrain d'entraînement des Bokkes, mais c'est le seul bémol que je ferais à ce film.
La part d'ombre, certes, n'est pas franchement marquée, encore qu'elle soit présente, en la personne de Zitzie, la propre fille de Mandela, pleine de ressentiment et de haine, si froide et distante, ou encore chez les Pienaar, couple de bêtas absolument affligeants retranchés dans leurs idées colonialistes à deux ronds. Les ombres se font discrètes dans ce récit et, franchement, doit-on en blâmer Eastwood? Devait-il nous livrer un énième pamphlet plein de stigmates sur l'apartheid? Je trouve sa démarche plutôt honnête: celle de livrer une part de l'histoire d'un pays malmené sous de beaux auspices (pour changer). Doit-on forcément y voir un manque de discernement, ou de créativité, ou de hargne? A sa manière, de la plus délicate et élégante qui soit, Eastwood donne à entrevoir au plus grand nombre le visage d'un homme courageux et sage qui s'est dévoué corps et âme à son pays. Et s'il réussi son pari, il aura tout réussi. Car peu de gens connaissent (ou souhaitent connaître) l'histoire de l'Afrique du Sud. Parvenir à les y intéresser sera déjà très fort.
Le sport, ça fait tâche? Pourtant c'est un fait: le sport est un formidable vecteur de cohésion nationale (cf. CDM 1998), et quand c'est du rugby, ça fait jamais de mal. Là encore, gros désaccord: j'ai trouvé sa façon de filmer les matchs en accord parfait avec le sport.
Bref, tu l'auras compris, moi, j'ai adoré. Et c'est pas peu dire! :-)

Chris 20/01/2010 20:40

Tout à fait d'accord avec toi, même si je dois avouer que malgré tous ses défauts le film m'a arraché des larmes.
Les scènes de rugby sont incroyablement ratées pour les connaisseurs et j'approuve à 100 % l'analyse complète et documentée de Spon. Je parle de ce fameux match contre les Français dans mon billet.

spon 20/01/2010 16:56

Invictus, oui mais... non !Invictus tente le difficile pari de parler de l'Afrique du Sud aussi à travers le rugby, ce qui est là-bas pour la population blanche l'équivalent du Foot pour les brésiliens. Cela peut paraître anecdotique pour nous, mais ne peut-être laissé de côté dans l'analyse cinématographique du film.
Et patatra, tout ce qui touche à la réalisation de ce sport est :
un : totalement raté (sans parler de la majorité des actions de certains joueurs qui ne sont même pas dignes dans la gestuelle d'un mauvais amateur de votre village)
deux : les dessous de l'affaire de cette victoire sont ignorés... La France volée en 1/2 finale (3 essais parfaits refusés pour un accordé aux Sud-Africains qui ont même avoué qu'il n'y était pas) par un arbitre qui se verra offrir une montre en or à plus de 50 000 Fs par le président de la Fédération Sud-Africaine -ce qui provoquera la sortie de la salle lors d'une réunion très officielle des équipes de France, d'Angleterre,etc.
- la gastro générale et foudroyante de tous les joueurs All Black 48 hs avant la finale (certains vomissaient encore sur le terrain durant la finale), etc, etc.
Anecdotique me direz-vous, pas vraiment, pour que l'histoire fut belle à raconter (et encore, ce film convenu non réalisé par Eastwood aurait sans doute été détruit par la critique), il eut fallu qu'elle soit belle tout court.
Malheureusement, elle fut aussi très sordide sportivement et humainement.
Bof, pas grave, Hollywood et les USA post Obama n'ont pas envie d'entendre un autre son de cloche que celui de la grande réconciliation...
Bref, une mauvaise idée pour un film que l'on préféra éviter si l'on aime Clint.
Désolé...

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