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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 12:10
Pyramide Distribution

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE LA ROCHELLE

Irène est l'une des propositions de cinéma les plus hallucinantes et précieuses de l'année. On a du mal à croire en voyant cet étrange objet qu'Alain Cavalier fut un jour le réalisateur de films « normaux » (c'est-à-dire avec des acteurs et un scénario), comme La chamade ou Le plein de super. Cavalier avait le projet de tourner un film sur sa femme Irène depuis de nombreuses années, même avant le décès de celle-ci dans un accident de voiture. Qu'est-ce qui lui a donné la force ou l'envie, en 2009, de le réaliser ? C'est certainement le plus beau mystère du film ; on sent que bien que plus de trente ans aient passé, la douleur de la perte reste vive.

Comme ses précédents films, La rencontre et Le filmeur, Irène est un journal intime filmé avec une petite caméra que Cavalier porte quasiment toujours avec lui. Le cinéaste s'est certainement dépatouillé de milliers d'heures de vidéo pour ce film bref et intense de 1h25. Le geste est en soi admirable. Irène est un journal de deuil, celui d'une femme jadis aimée et dont la mort en 1972 a marqué le cinéaste pour la vie. Cavalier filme son environnement immédiat, des maisons, des jardins, des rues, des objets, son propre corps vieillissant, parfois des gens mais très peu, pour en faire resurgir les souvenirs d'Irène. Il lit aussi de larges extraits de son journal intime de l'époque tout en le filmant. Il faut quelques minutes pour comprendre et accepter le procédé, puis sa beauté et sa vérité apparaissent comme des évidences.

Pyramide Distribution

Bien qu'Irène soit une plongée vertigineuse dans l'intimité d'un individu comme on a rarement l'occasion d'en faire, jamais il ne donne l'impression d'une part d'être un film prétentieux ou égocentré, d'autre part d'être indécent et racoleur. Car Cavalier ne filme pas gratuitement, il fait véritablement œuvre de cinéaste et recrée le réel pour en exhiber plus évidemment la violence et la douleur. Il cherche inlassablement à sublimer le détail (l'intime, cette relation singulière entre Irène et lui) pour révéler l'ensemble (l'universalité de sentiments comme le deuil, la culpabilité, l'amour, la peur de la mort...). C'est l'œil du cinéaste (sa façon singulière de filmer le monde, son talent de monteur) qui fait d'Irène un véritable film de cinéma et non un simple journal intime en vidéo. Très précis dans son choix des images, Cavalier a cependant conservé également certains imprévus : ainsi a-t-il gardé au montage un moment où il chute dans un escalator du métro parisien, scène assez effrayante (on voit le monde tournoyer puis se figer lorsque Cavalier fait tomber sa caméra) qui se révèle au final totalement cinématographique : comme l'entrée d'un bout de fiction dans le réel.

Le passé et le présent se mêlent dans les images et dans les mots du cinéaste, mots magnifiques dits d'une voix douce. À la manière du poète Jacques Roubaud dans son recueil Quelque chose noir, Cavalier réveille le passé et le fantôme de la femme morte il y a des années par le biais de souvenirs du quotidien et d'objets triviaux. Son film ne décrit en fait qu'une recherche de la meilleure manière de se souvenir d'Irène et de lui rendre hommage. Cette meilleure manière, finalement, ce sera le film lui même dans sa nature hésitante. S'il sublime Irène et dit sans cesse son amour pour elle, le cinéaste n'hésite pas non plus à se coltiner les aspects les plus sordides de leurs relations, sans jamais cependant sombrer dans la vulgarité. Son regard sur le monde et sur les gens est plein de douceur et de compassion.

Pyramide Distribution

Il faut voir ce film modeste et bouleversant (qui sortira le 28 octobre prochain), car on a rarement l'occasion de saisir avec autant d'évidence l'intimité d'un être et de ses sentiments, sans tomber dans le sordide ou se sentir embarrassé. Le talent immense d'Alain Cavalier est de parvenir à faire surgir une vérité et une beauté qui parlent à chaque homme, depuis la moindre parcelle de son monde quotidien, qui devient quelques instants le nôtre.

Critique publiée également sur Le Temps du cinéma


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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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commentaires

whiplash claim 18/08/2011 03:11

The post is written in a very good manner and entails valuable information for me to work on. Thanks for sharing such remarkable ideas! It's my honor to read this blog, it's a very valuable blog.

whiplash solicitor 08/08/2011 04:27

Thanks a lot for sharing us about this update. Hope you will not get tired on making posts as informative as this.

Michel AULAGNIER 23/08/2009 11:37

Nous invitons cette année Alain Cavalier à notre Festival.
J'ai bien aimé ta critique d'Antichrist !

Anna 10/08/2009 00:11

Ah donc tu es bordelais je présume ? J'espère aussi que l'Utopia le passera, c'est un film rare et magnifique.

Swoon 09/08/2009 12:09

J'ai raté ce film au festival, à la place je suis allé voir La fille de quinze ans de Jacques Doillon. J'attends Irène avec impatience en tout cas, en espérant que l'Utopia de ma ville le projette.

Vincent 08/07/2009 12:32

Une heure après ta promesse de réapparaître, tu publies déjà, quel talent !

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