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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 13:42

L'argument de Jewishh connection (et un titre « français » débile de plus, un !) semblerait légèrement tiré par les cheveux s'il n'était pas « based on a true story ». Vers la fin des années 90, de jeunes membres d'une communauté juive orthodoxe de New York ont été embarqués dans un trafic de drogue de grande envergure dont beaucoup n'avait pas conscience, pensant faire passer de simples médicaments. L'un d'eux, Sam Gold, est le jeune protagoniste de ce premier film de Kevin Asch. Sortant rapidement de la crédulité, il devient agent actif de ce trafic international. Il avait pourtant tout, en apparence d'un gentil petit juif parfait. Destiné au rabbinat, il étudie l'hébreu et sert fidèlement dans le magasin de tissu de son père.
 
Jewish connection dessine un portrait assez glaçant (même s'il n'est jamais dans la dénonciation directe) d'une communauté religieuse traditionaliste. Sam ne fréquente que rarement des non-juifs, son parcours est tracé d'avance : il deviendra rabbin et épousera la femme que ses parents ont choisi pour lui. Pourtant, ce n'est pas exactement contre cela que Sam se rebelle lorsqu'il verse dans la criminalité, ou en tout cas pas seulement : il est aussi question de pauvreté (sa famille est de condition très modeste) et de désemparement (il subit un revers amoureux). Le film de Kevin Asch évite donc habilement le manichéisme et met en scène des gens qui « ont leur raison » - le personnage du père de Sam est émouvant, comme l'est celui de son ami trafiquant. Au final, le traditionalisme et la criminalité s'avèrent deux trajets pas si différents l'un de l'autre et mènent tout deux à des impasses. Il y a dans Jewish connection une dimension de fatalité et donc de tragédie, malgré une fin qui laisse pointer l'espoir.
 
Le film est une sorte de thriller minimaliste, où l'on retrouve l'influence de quelques grands filmeurs de New York tels Scorsese, mais surtout James Gray, avec la thématique du poids de la communauté (juive en particulier) sur l'individu. La comparaison dessert cependant Jewish connection, qui sur le plan de la forme ne se départ pas de son esthétique de film indépendant estampillé « festival Sundance ». Filmé caméra à l'épaule, dans des tons gris et une atmosphère morne, le film n'est pas vraiment surprenant. Le jeune réalisateur n'est cependant pas sans talent et livre notamment des scènes de boîte de nuit assez saisissantes. Le déroulement du récit est également plutôt uniforme, et son rythme monotone – et on attend longtemps que le film livre véritablement toute sa charge émotionnelle, ce qui finit par arriver dans la dernière demie-heure.
 
Jesse Eisenberg. Pyramide Distribution

Il faut pour finir louer l'absolu génie de Jesse Eisenberg, décidément un grand acteur, qui parvient à donner à Sam une sorte d'obstination émouvante et une inquiétude permanente qui rendent son personnage à la fois ambigu (ses pensées et sentiments nous restent pour beaucoup inaccessibles) et bouleversant. Il est le centre du film, sa raison d'être presque, et parvient par son interprétation à lui insuffler la dose d'incarnation qui lui manque.  
 
3étoiles

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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

Duval Céline 23/02/2011 13:01

L'after pour The social Network?Il n'a échappé à personne que le film est sorti en mai aux USA, dans maximum 20 salles, film confidentiel "de guetto?" (GET TO 500 millions friends...). Il est mieux accueilli en France avec un titre qui rappelle des problèmes de drogue avec le concours gouvernemental, et sort donc de sa petite ruelle au carrefour, pour atteindre non sans risque l'aéroport.
Je ne sais pas si nombre d'amateur ont été surpris par la polémique "interne" du social network, le Social/ hack et le juif seul de l'autre côté, il y avait de quoi fait un vingtaine de scénario juteux, mais Fincher un peu diplomate a préféré la fiction romantique avec le doute laissé sur l'éponymie du personnage principal...
Je pense que les films sont un peu semblable, sur un problème d'intégration encore très réel, l'un est populaire, l'autre plus "culturel".

Jérémy 20/02/2011 12:15

Plutôt d'accord, ce film m'a bien enthousiasmé. Et j'aime beaucoup Jesse Eisenberg aussi.

Pour le titre "Jewsh Connection" il faut (pour une fois) ne pas rejeter la faute sur le distributeur français. Apparemment c'est un souhait du réalisateur, fan du film 'The French Connection' et qui aurait donc souhaité que le film s'appelle comme ça dans l'hexagone.

Et pour te soutenir un peu Anna, j'ai beaucoup 'Carancho' également.

Platinoch 19/02/2011 14:27

Très bonne surprise que ce petit film noir, dont l'urgence et le rythme me rappellent les premiers Scorsese ("Main street") ou Lumet. Quant à Jesse Eisenberg, il est probablement le futur très grand acteur de ces prochaines années.

Anna 18/02/2011 14:27

Non, je ne l'avais pas écrite à l'époque (il y a neuf mois, quand même!) et je ne m'en souviens pas assez maintenant pour écrire dessus!
J'avais juste noté ça dans mon compte-rendu de Cannes : "Carancho de Pablo Trapero (Un certain regard) est un film passionnant, et Martina Guzman et Ricardo Darin de très grands acteurs." Donc tu vois, ça vole pas très haut.
Si j'ai le temps, je vais peut-être retourner le voir dans quelques jours, vu que les critiques relativement négatives que j'en ai lu me laissent assez perplexe...

Chris 18/02/2011 14:03

Tu prends de l'avance pour le festival d'hiver ! J'y vais pour ma part ce week end.... y a-t'il une critique de Carancho sur ton blog ? Je n'en trouve pas....

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