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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 23:39

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Il y a plusieurs films dans Journal de France. Voyage et rétrospective, portrait d'un pays et déclaration d'amour tout à la fois, ce film à deux voix (celles de Raymond Depardon et de sa compagne et collaboratrice de toujours Claudine Nougaret) fait le pari de fondre en un seul deux projets de films.


Il y a, d'abord, Depardon qui s'offre un voyage en solitaire sur les routes de France, une expédition automobile durant laquelle il photographie inlassablement les lieux et les gens de la France des villes et des villages qu'il n'a cessé de raconter et d'inventer. Cet assez plaisant road trip est scandé d'images d'archives plus (les débuts derrière la caméra, Depardon filmant Nougaret) ou moins (extraits de ses célèbres et célébrés 1974 une partie de campagne, Reporters, 10e chambre instants d'audience...) inédites - que Nougaret, restée à Paris pendant ce temps, commente en un retour chronologique et linéaire sur la carrière de son cinéaste adoré.

La superposition de ces deux idées pour le moins dissemblables n'est cependant guère féconde et aboutit tristement à une œuvre extrêmement scolaire et répétitive où rien ne dialogue véritablement. Le voyage de Raymond et le récit de Claudine, le présent et le passé, sont juxtaposés sans que rien ne naisse de leur rencontre pourtant potentiellement « choc » (un bonhomme taiseux déambulant dans le désert français, le chaos du monde qu'il a autrefois capturé et raconté). Sous son titre très ronflant, rien ne se cache dans Journal de France qu'une rétrospective quasiment dénuée de point de vue : on peine à voir ce que ce « journal » nous apprend, sur la France, sur Depardon (à moins ne pas du tout le connaître) ou sur Nougaret. Si l'on entend par endroits, dans les commentaires de celle-ci en voix off, une tendresse et une admiration émouvantes, ils sont malheureusement dans l'ensemble d'une platitude lénifiante.

Par moments, nécessairement, on est pris en à peine quelques secondes par la puissance des images, même celles vues et revues, de Depardon - par l'actualité de son cinéma, par sa capacité à capter des bouts de réels fascinants et bouleversants. On n'avait cependant pas besoin de Journal de France pour cela. La partie la plus singulière et touchante du film reste le voyage de Depardon, son personnage de routier affable et modeste, ces instants où il commente ses propres gestes d'artiste, s'adresse à ses modèles ou fait une remarque discrètement mélancolique en arrêtant sa camionnette sur le bas-côté. Le film émeut également par endroits lorsqu'il nous dévoile ce qu'il a échoué ou renoncé à être : un vibrant autoportrait de couple (les images de Nougaret jeune filmée par Depardon sont magnifiques). C'est cependant bien peu au regard de la déception que fait naître ce Journal de France aux raccords artificiels et au déroulement redondant.

Il y a bien plusieurs films dans Journal de France. Mais Le portrait amoureux et la plongée dans l'histoire contemporaine de la France, le road trip de Raymond et le montage d'archives se parasitent les uns les autres, si bien que le film finit par s'effondrer et ne plus rien dire. Reste la singularité d'un regard de cinéaste, qui pointe par moment sous cette forme ingrate, et émeut malgré tout.

Notes sur le DVD


Un intéressant petit document, « La France de Raymond Depardon », dans lequel le cinéaste explicite le projet et la genèse du film




Sorti en DVD et Blu-Ray chez Arte le 5 novembre.

 

[DVD reçu dans le cadre de l'opération DVDTrafic, mise en place par Cinetrafic. Découvrez d’autres oeuvres sur Cinetrafic dans des catégories aussi diverses que la liste liée au documentaire ou celle nommée sortie cinema]

 

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Published by Anna - dans Tests DVD
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