15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 14:19
FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM D'HISTOIRE DE PESSAC - En compétition

2006
Réalisé par Rajko Grlic
Avec Toni Gojanovic, Sergej Trifunovic, Emir Hadzihafizbegovic
Film croate, bosniaque, slovène
Genre : Guerre, Drame
Durée : 1h30



1987, en Yougoslavie, dans un poste frontière avec l’Albanie, soldats serbes, croates, bosniaques vivent une vie de caserne en bonne intelligence. L’officier décide de manœuvres exceptionnelles pour différer son retour auprès de son épouse.

Le genre : film d'avant guerre

En général le cinéma nous parle des événements ayant lieu pendant une guerre (les combats...), parfois après (reconstruction, traumatisme...). Karaula se déroule quant à lui quelques temps avant une guerre, celle terrible qui déchira la Yougoslavie il n'y a pas si longtemps. Karaula signifie « poste-frontière ». En l'occurrence le « karaula » ici est situé entre la Yougoslavie et l'Albanie, où un petit régiment de jeunes soldats attendent d'éventuels affrontements avec les albanais censés les menacer de l'autre côté de la frontière. Le sujet est grave mais le film est léger, en tout cas au début. Le point de départ en effet est tout aussi absurde que drôle : le chef du régiment prolonge de trois semaines la position de la troupe, le temps qu'il guérisse d'une maladie sexuelle contractée dans le lit d'une autre que sa femme... La chronique ironique du quotidien ennuyeux et morne des soldats est vraiment ce que ce Karaula apporte de plus intéressant, de plus original voire de plus subversif. Parce qu'ils ressemblent à tous les garçons de leur âge, tous sont attachants - en particulier les deux protagonistes, Sinisa le héros pur et beau et Ljuba son pote le cancre de service. L'insolence de ce dernier est par moment assez jouissive et entraîne quelques péripéties assez hallucinantes. Cependant ce sont les pas de Sinisa que l'on suit, lui qui sort parfois du camp et retrouve la normalité et l'agitation de la ville. On ne peut que regretter la diversion qu'opère alors dans un deuxième temps le scénario en développant une histoire d'amour aussi improbable que prévisible qui, pour avoir voulu émouvoir, ne pourra au final qu'exaspérer. Laisser Sinisa sortir du « karaula » introduit dès lors dans le film un pathos amoureux malvenu et superflu, tant le propos sur l'absurdité de la situation de ces soldats inexpérimentés et incapables de comprendre ce qu'ils font là était déjà subtil et puissant à la fois dans la première moitié du film. Pourquoi ne pas avoir fait confiance jusqu'au bout à ces dialogues si vifs et drôles entre jeunes soldats, aux relations entre eux et leur supérieur quelque peu dérangé, à l'atmosphère onirique et inquiétante du poste frontière ? C'est dommage, d'autant plus que le final sanglant est lui aussi prévisible même si son aspect profondément tragique reste émouvant. Malheureusement jamais distribué en France, Karaula reste un beau film qui ouvre les yeux sur les contradictions d'un conflit (l'Albanie, érigée en menace constante, n'attaque jamais) et, malgré sa drôlerie, profondément tragique puisque, comme l'annoncent les cartons de la fin, la guerre ne fait que commencer...






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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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