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6 novembre 2007 2 06 /11 /novembre /2007 20:15
Date de sortie : 10 Octobre 2007
Réalisé par Andrew Dominik
Avec Brad Pitt, Casey Affleck, Sam Shepard
Film américain.
Genre : Western, Drame
Durée : 2h 39min.

Warner Bros. France

Jesse James fut l'une des premières superstars américaines. On a écrit d'innombrables livres et récits sur le plus célèbre hors-la-loi des Etats-Unis. Ceux que Jesse James pilla, ceux qu'il terrorisa et les familles de ceux qu'il tua ne virent en lui qu'un dangereux criminel. La presse, qui suivit avec passion ses braquages tout au long des années 1870, jetait par contre sur lui et sa bande un regard des plus admiratifs. Un mythe vivant... Robert Ford était l'un des plus ardents admirateurs de Jesse. Ce jeune homme idéaliste et ambitieux rêvait depuis longtemps de partager les aventures de son idole. Il était loin de prévoir qu'il entrerait dans l'Histoire comme "le sale petit lâche" qui tuerait Jesse James dans le dos. Mais qui fut vraiment Jesse James, au-delà du folklore et du battage journalistique ? Et qui fut ce Robert Ford, entré à 19 ans dans le cercle des intimes de Jesse, qui réussirait à abattre chez lui l'homme que poursuivaient les polices de dix Etats ? Comment devinrent-ils amis ? Que se passa-t-il entre eux durant les jours et les heures précédant ce fatal coup de feu qui scellerait leurs destins ?

Le genre : western méditatif

D'ordinaire, j'affectionne les films courts, concis, sans chichi, qui vont droit au but. J'aime au cinéma que rien ne soit gratuit ou superflu, que tout soit essentiel. L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, à l'image de son titre, est d'une longueur considérable, et pourtant, c'est bien le cas. C'est un film parfait, qui ne pouvait être autrement. Atteindre ce résultat fut difficile puisque le réalisateur Andew Dominik l'a remonté une bonne trentaine de fois, l'a considérablement coupé (il durait quatre heures !) pour n'en garder que la substantifique moëlle. Et ça marche : tout dans ce film n'est rien que du beau, du grand cinéma. Il est difficile d'en parler tant sa substance semble insaisissable : il y a quelque chose dans le regard de Jesse James perdu dans ses méandres existentiels, quelque chose dans le vent caressant les paysages désertiques ou enneigés, quelque chose dans la tension qui règne entre les personnages, quelque chose dans la cruauté de leur destin qui respire le sublime (presque au sens kantien : une beauté à couper le souffle, qui nous écrase de toute sa puissance signifiante) et le génie. On avait beau être prévenu que L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford était un western pas comme les autres, rien ne laissait présager un objet aussi singulier. Le film n'est en aucun cas un hommage ni à John Ford, ni à Sergio Leone ni à tout autre grand faiseur de western. Il porte la marque unique d'un réalisateur que l'on n'attendait pas, et qui fera sans aucun doute de grandes choses. La photographie est ahurissante, somptueuse, dans l'obscurité menaçante comme dans la lumière aveuglante des grands espaces de l'Ouest. La mise en scène de Dominik est d'une précision, d'une finesse incroyable. Celui-ci ne fige jamais son chef-d'oeuvre dans une banale contemplation et une lenteur estampillées film d'auteur, il trouve un souffle qui est le sien. Le nombre des fusillades est ici réduit au strict minimum, l'énergie et l'intérêt de l'action reposent sur une tension inhérente aux personnages eux-mêmes, à leur complexité, à leur humanité. Le rythme du film d'Andrew Dominik est méditatif, contemplatif mais lent, jamais, car l'ennui est totalement absent, tant chaque scène respire la puissance, la beauté et fait sentir son caractère essentiel. Le suspense n'a pas ici lieu d'être, L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (titre improbable et génial) est une véritable tragédie en ce sens qu'il mène les personnages vers une fin connue de tous, vers un destin inéluctable. Le film atteint une sorte d'abstraction au moment indéfinissable où les personnages, si passionnants qu'ils soient, semblent dépassés par une résonance supérieure, par des ouvertures métaphysiques universelles. Jesse James devient presque un personnage conceptuel, à travers le regard duquel le film prend tout son sens : le regard de celui qui sait que la mort l'attend, et qui fait tout, même, pour qu'elle arrive au moment où il l'a souhaité. Comme pour la vaincre. Robert Ford, petit cow-boy de seconde zone en quête de gloire, n'est que l'instrument qui permettra la naissance de la légende de Jesse James. Une véritable méditation sur la mort et l'immortalité, d'une intelligence rare, se fait jour sous les yeux du spectateur. Les interprètes font partie intégrante de ce tout essentiel que forme le film : Brad Pitt (prix d'interprétation à Venise) a évacué ses quelques tics agaçants pour incarner avec minimalisme et subtilité une ordure rattrapée par sa propre conscience. Casey Affleck est quant à lui absolument exceptionnel et mériterait toutes les récompenses de la terre tant il donne vie à son personnage sans le vider de son être : le mystère de Robert Ford reste insondable. Entre eux, un face-à-face psychologique informulé mais vertigineux, dans lequel les blessures spirituelles prennent plus de valeur que toute violence physique. Sans être jamais vraiment charnel ou sensuel, L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford s'impose comme une œuvre monumentale, qui prend aux tripes, fait bouillonner les esprits et déclenche des flots de mots au final assez impuissants, qui ne traduisent jamais qu'imparfaitement sa beauté et le foisonnement infini de ses sens et de ses idées de génie.

Jeremy Renner, Brad Pitt et Sam Rockwell. Warner Bros. France

Casey Affleck et Brad Pitt. Warner Bros. France

Brad Pitt. Warner Bros. France


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Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
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commentaires

whiplash solicitors 09/08/2011 05:13

Thanks a lot for a bunch of good tips. I look forward to reading more on the topic in the future. Keep up the good work! This blog is going to be great resource and I love reading it.

mharhy 23/08/2008 03:54

Wow!! Ta critique donne vraiment envie!!Que de beaux mots!! Félicitation!^^'

Keira3 05/08/2008 11:37

J'ai adoré ce film, magnifique, d'une beauté dans la photographie et les paysages éblouissante. Et puis, c'est aussi un des meilleurs rôles de Brad Pitt (après Fight Club et Babel) et la révélation Casey Affleck que je suivais depuis quelques temps. Même mon prof de cinéma a aimé, c'est dire ^^

Sib 23/11/2007 19:53

Oui c'est un peu le genre MG, si tu n'aimes pas Malick, tu risques de ne pas trop accrocher.

MG 08/11/2007 18:47

Ce film a l'air de faire un carton... mais j'ai peur d'y aller au risque de ne pas avoir cette avis si favorable à la sortie. J'ai peur de m'ennuyer si c'est dans le genre du Nouveau monde ou autre Trence Malick

Snifff 08/11/2007 13:10

Très bonne critique, pour un très grand film (un des meilleurs de l'année).

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