Date de sortie : 28 Novembre 2001
Réalisé par Shohei Imamura
Avec Koji Yakusho, Misa Shimizu, Mitsuko Baisho
Film japonais.
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h 59min.
Yosuke, un homme d'une quarantaine d'années que sa femme vient de quitter et qui ne supporte plus son travail, se rend, sur les conseils d'un vieux vagabond, dans une maison particulière, située au coeur d'un village de la péninsule de Noto, et d'où l'on peut apercevoir un pont rouge. Dans cette demeure se trouve une jarre qui contiendrait une statue de Bouddha en or, volée dans un temple à Kyoto par ce vieux vagabond.
Yosuke ne trouve pas la jarre mais fait la connaissance de Saeko, une femme étrange et kleptomane. Celle-ci a le pouvoir de faire s'épanouir les fleurs en dehors des saisons et de faire venir les poissons par l'eau qu'elle fait jaillir de son corps lorsqu'elle éprouve le plaisir charnel.Le genre : fable sensuelle
Trivial et poétique, farfelu et délicat à la fois, ce dernier film du
grand Shohei Imamura respire la santé et le bonheur de vivre et de
faire du cinéma. Malgré (ou peut-être à cause de) son âge avancé (il a
alors 76 ans) le cinéaste double-palmé n'a rien perdu de son humour
grinçant, ni de son impressionnante liberté narrative comme filmique.
Ici, il joue au farceur avec une joie perceptible. Présenté en
compétition à Cannes en 2001,
De l'eau tiède sous un pont rouge est une
fable aux couleurs éclatantes sur les affres du désir et la bizarrerie
du monde, d'où l'humour (burlesque comme ironique) surgit toujours de
façon inattendue. Ce qui frappe en particulier, c'est le soin
méticuleux apportés aux détails - personnages folkloriques, décors et
costumes étonnants, musique traditionnelle - qui font de ce film un
merveilleux petit conte en marge du Japon moderne, dont les travers
sont dénoncés avec poésie et fantaisie (par exemple avec le personnage
du marathonien africain stigmatisé par les "braves gens"). Au milieu de
tout cela, une histoire d'amour charnel qui jamais ne sombre dans le
scabreux ; même lorsque l'orgasme féminin devient un ruisseau dont on
ne voit plus la fin - comme la libération, enfin, des pulsions si
longtemps retenues - et qui s'en va fertiliser la rivière voisine. Une
lecture féministe est donc possible, que je ne me gênerai pas pour
valider. Chez Imamura l'effronté, le sexe n'est pas vulgaire, il est
libérateur, il n'est pas chose, il est acte. L'épanouissement du
bonheur sexuel, féminin notamment, s'affirme alors comme le lieu même
de la contestation sociale : l'éternelle étrangeté de la dynamique
désir-plaisir contre la rectitude stérile de la froide modernité. La
beauté et la fraîcheur de Misa Shimizu n'ont à ce titre pas échappé à
l'il malicieux du réalisateur qui la filme avec, disons, enthousiasme.
Comme toute fable,
De l'eau tiède sous un pont rouge a une morale, simple, évidente : en considérant de la même manière, en contemplant avec le même étonnement le fantasque et le réaliste, le film devient un appel
vibrant à la tolérance. Une fable, donc, atypique et d'une poésie
renversante, qui fait ressentir ce qu'elle donne à voir : le plaisir
dans le décalage.

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