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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 00:44

En préambule, je remercie Gérard Courant qui m'a personnellement envoyé plusieurs de ses films (tous auront droit à une note ici) et l'excellentissime Dr Orlof qui a rendu cela possible !

L'homme des roubines est le portrait d'un peu moins d'une heure que consacra en 2000 Gérard Courant à son ami Luc Moullet, génial cinéaste cinéphile et touche-à-tout. Moullet est un personnage totalement atypique, d'une intelligence et d'une drôlerie qui n'appartiennent qu'à lui, et le film parvient à retranscrire formellement cette personnalité à part. Il s'organise en une succession de séquences où Moullet part sur les traces de son histoire familiale et de ses films dans les paysages des Alpes du Sud où il a grandi et beaucoup tourné (le terme « roubines » désigne d'ailleurs des terres noires fortement érodées que l'on trouve dans cette région). Ce coq-à-l'âne permanent est particulièrement agréable et fécond.

Le réalisateur d'Une aventure de Billy le Kid délivre ici à la pelle d'inoubliables sentences absurdes, des aphorismes délirants, des anecdotes invraisemblables, des monologues pataphysiques sur la vie et sur le cinéma. Son humour pince-sans-rire fait mouche à chaque fois : impossible de ne pas rire quand, par exemple, il évoque avec flegme la scatophilie de sa grand-mère ! En même temps, ce que raconte Luc Moullet n'est jamais dénué de profondeur, de subtilité et parfois d'une certaine inquiétude, comme lorsqu'il parle de sa crainte de sombrer dans la folie, étant donné la proportion importante de fous dans sa famille – sujet apparemment sensible qu'il exploite dans son délicieux documentaire de 2009, La terre de la folie.

Avec L'homme des roubines, Gérard Courant réalise un film sur Luc Moullet et avec Luc Moullet. Les placements et déplacements de Moullet dans les espaces qu'il nous fait parcourir sont eux-mêmes sources de gags ou d'effets incongrus, qui rappellent qu'il est également un cinéaste et acteur burlesque (l'un des rares du cinéma français). Nous sommes littéralement invités à prendre place dans l'univers absurde de Luc Moullet, que Courant nous rend parfaitement accessible. On repère une probable communauté d'esprit entre les deux hommes, ce qui fait de L'homme des roubines un véritable « film à deux ». Un portrait passionnant, drôle et malin.


[Ma critique figure, parmi d'autres et plein d'infos intéressantes, sur la page du film du site officiel de Gérard Courant.]


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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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commentaires

Dr Orlof 09/02/2011

Mais je t'en prie, chère Anna :) Bravo pour cette note très juste qui, j'espère, donnera envie à tes lecteurs de voir ce portrait (et, qui sait?, à des salles de le programmer)

whiplash solicitor 08/08/2011

Thank you for this article. That's all I can say. You most definitely have made this blog into something special. You clearly know what you are doing, you've covered so many bases. Thanks!

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