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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 21:52

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Restauré en 2008 par la World Cinema Foundation de Martin Scorsese, La servante (1960), cinquième et plus célèbre film de Kim Ki-Young, s’apprête à ressortir dans les salles françaises en juillet.

Ce drame psychologique outré et virtuose décrit la trajectoire d'une famille bourgeoise, dont le petit théâtre bien rangé va virer au drame puis à la tragédie. Un professeur de piano provoque l'émoi chez ses élèves ouvrières. Lui, très pudibond, fait renvoyer l'une d'elle qui a eu le tort de lui avouer son désir. Désir interdit et rapport de classes, voilà déjà la dialectique du film mise en place. Lorsque l'un des élèves du protagoniste lui présente, à sa demande, une fille susceptible de devenir domestique dans sa maison, il est entraîné dans une chute interminable. La servante ne tarde pas à devenir sa maîtresse, et à menacer et manipuler toute la famille pour parvenir à ses fins. À partir de là, le film devient un étouffant huis clos où l'architecture de la maison est utilisée de façon brillante. Quand la servante monte et descend les escaliers, portant de la nourriture dont on ne sait pas si elle est empoisonnée ou non, on se croirait soudain chez Hitchcock (Psychose, Soupçons).

À l'image de son personnage éponyme, le film sombre peu à peu dans une folie et une rage à la fois fascinantes et harassantes. La tragédie se transforme finalement en farce macabre souvent à la limite du grotesque, pour le meilleur et pour le pire. Mais La servante tient d'un bout à l'autre par la force de la mise en scène brillante de Kim Ki-Young, qui entretient une atmosphère de trouble et de paranoïa ainsi qu'une certaine ambiguïté des personnages et de leurs sentiments, par exemple en cadrant l'homme de façon à ce qu'on ne sache jamais réellement s'il est en train d'agoniser ou de jouir.

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Difficile de s'attacher à qui que ce soit dans La servante, entre un homme médiocre et veule, une femme faible et soumise, la servante folle à lier et des enfants oscillant entre l'insupportable et l'insignifiant. Pourtant, chaque personnage recèle une force et une beauté secrètes qui se révèlent petit à petit - notamment les femmes, l'une mère vertueuse, l'autre catin hystérique, toutes deux victimes d'une société corsetée où seul a droit de cité le souci de la réputation et de l'honneur. On s'interroge d'ailleurs au final sur le degré d'ironie du film vis-à-vis de son récit. Cette conclusion décalée qui nous sort subtiement du récit pour le faire commenter par le protagoniste est-elle cynique, puritaine, subversive ? C'est dans cette ambiguïté même que réside la puissance inquiétante de ce film hallucinant.

35étoiles

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commentaires

dasola 08/11/2012 19:33

Bonsoir, oui, c'est un film hallucinant comme sa fin inattendue avec cet homme qui parle à la caméra. Je ne sais pas quoi en penser. Je n'ai ni aimé, ni détesté. Il m'a laissée perplexe. Il
faudrait que je le revois à tête reposée. Le personnage de l'étudiante qui présente la future servante à la famille est ambigu. Est-ce une vengeance contre le prof qui l'a repoussée. Elle savait
peut-être que la servante était folle à lier. Bonne soirée.

clovis simard 30/04/2012 01:48

Mon Blog(fermaton.over-blog.com),N0-28. THÉORÈME-G. - L'AMOUR EXISTE ENCORE.

Bilbo 24/04/2012 10:02

Ce film m'a l'air très intéressant. En tout cas j'irai le voir! Merci pour l'article!

Bob Morane 21/03/2012 00:06

J'ai hate d'être au 11 juillet pour le voir

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