6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 16:31

CYCLE ARTHURIEN 3/10

Lancelot du lac est, avec Le procès de Jeanne d'Arc, le seul film d'époque de Robert Bresson. Autant on peut aisément comprendre l'intérêt du cinéaste pour la confrontation verbale entre la pucelle Jeanne touchée par la grâce et ses juges incrédules, autant le lyrisme et l'héroïsme de la geste arthurienne semblent a priori mal lui convenir. Un a priori que paraissent confirmer les premiers plans de Lancelot du lac, quelque un peu risibles : un combat très lent où seul le bas du corps des chevaliers est filmé. Ceux-ci lancent des « Oh! » et des « Ah! » assez peu convaincants, et les « effets spéciaux » (décapitation, sang qui coule) laissent pour le moins perplexes. Heureusement, le film abandonne vite la dimension épique du récit pour se concentre sur l'intime - et en particulier sur le conflit intérieur de Lancelot, tiraillé entre son amour pour la reine Guenièvre et son devoir envers le roi Arthur (qui s'appelle ici Artus, je ne sais trop pourquoi).

Minimaliste, Lancelot du lac est unique en son genre et a le mérite de ne pas paraître daté ou kitsch. C'est que Bresson fait du Bresson, et évite de se confronter trop directement à l'imagerie du film de chevalerie. La scène du tournoi est exemplaire de ceci. Bresson n'y filme quasiment que les sabots des chevaux et les duels sont hors champ : on entend uniquement les bruits des armures et des lances qui s'entrechoquent. Cette sobriété est un peu hors-sujet mais elle sert le film, dont les quelques tentatives de faire « chevaleresque » sont des échecs. Bresson filme un moment de relâche dans la quête du Graal, s'attarde sur les gestes quotidiens et les scènes d'intérieur. La reconstitution est minimale (bien que Lancelot bénéficie du budget le plus important parmi tous les films de Bresson) et l'on peut se demander si le beau sens de l'ellipse dont le cinéaste fait preuve n'est pas dû à son embarras vis-à-vis de son sujet... On pariera plutôt qu'il cherche à rester fidèle à lui même : et en effet, le dépouillement du style et la diction neutre et épurée de ses modèles sont bressoniens au possible.

Le film dégage une espèce de raideur qui finit par restituer au mythe sa puissance brute et son réalisme (il est filmé comme s'il était contemporain). Ni kitsch, ni épique, ni ludique, ce Lancelot, pour décalé et déconnecté qu'il soit, n'en est pas moins fort beau.  




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Published by lucyinthesky4 - dans Derrière les fagots
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