Partager l'article ! Lancelot du lac: CYCLE ARTHURIEN 3/10Lancelot du lac est, avec Le procès de Jeanne d'Arc, le seul film d'époque de Robert Bresson. Autant on peut ai ...

Minimaliste, Lancelot du lac est unique en son genre et a le mérite de ne pas paraître daté ou kitsch. C'est que Bresson fait du Bresson, et évite de se confronter trop directement à l'imagerie du film de chevalerie. La scène du tournoi est exemplaire de ceci. Bresson n'y filme quasiment que les sabots des chevaux et les duels sont hors champ : on entend uniquement les bruits des armures et des lances qui s'entrechoquent. Cette sobriété est un peu hors-sujet mais elle sert le film, dont les quelques tentatives de faire « chevaleresque » sont des échecs. Bresson filme un moment de relâche dans la quête du Graal, s'attarde sur les gestes quotidiens et les scènes d'intérieur. La reconstitution est minimale (bien que Lancelot bénéficie du budget le plus important parmi tous les films de Bresson) et l'on peut se demander si le beau sens de l'ellipse dont le cinéaste fait preuve n'est pas dû à son embarras vis-à-vis de son sujet... On pariera plutôt qu'il cherche à rester fidèle à lui même : et en effet, le dépouillement du style et la diction neutre et épurée de ses modèles sont bressoniens au possible.
Le film dégage une espèce de raideur qui finit par restituer au mythe sa puissance brute et son réalisme (il est filmé comme s'il était contemporain). Ni kitsch, ni épique, ni ludique, ce Lancelot, pour décalé et déconnecté qu'il soit, n'en est pas moins fort beau.

Blog de critiques cinéma d'Anna M.
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