Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 20:58
[censure de l'hideuse affiche française]

Précédé d'un gros buzz, ce premier film des scénaristes Glenn Ficarra et John Requa a été présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs cette année, alors même qu'il a subi les pires problèmes de distribution aux États-Unis. Je ne m'explique toujours pas la frilosité des distributeurs américains qui ont choisi de ne pas sortir ce film en salles. L'homosexualité est-elle un tabou à ce point là ? Évidemment, certaines scènes surprennent dans le cadre d'une comédie américaine mainstream : entendre un type demander à Jim Carrey de lui « gicler dans le cul », ou voir Ewan McGregor recracher le sperme de son amant a de quoi déclencher des hauts le cœur chez les plus puritains ! Mais ce sont là deux des rares exemples de représentation crue de l'homosexualité dans le film, le reste relevant plus d'une sentimentalité équivalente à celle d'une comédie (ou d'un drame) romantique classique.

En outre, l'homosexualité des deux protagonistes n'est absolument pas le sujet du film et tout ce qui pourrait dans le film relever de l'homophobie ou de l'intolérance crasse n'est jamais appuyé par le scénario mais, seulement parfois, sous-entendu dans quelques répliques incongrues (« Il y a un rapport entre l'homosexualité et la cleptomanie ? »). Et même, on se moque de façon totalement décomplexée des homos eux-mêmes, clichés désopilants à la clé. Et au final, c'est tant mieux que l'homosexualité des personnages ne soient qu'un élément de l'histoire parmi d'autres, et en rien son moteur principal. Car I love you Philip Morris est avant tout un film sur l'amour fou et vorace entre deux hommes qui aspirent à être ensemble sans entraves.

Jim Carrey et Ewan McGregor. EuropaCorp Distribution

La première partie du film est des plus brillantes, elle commence par le portrait féroce de la parfaite famille américaine, et suit les pas d'un Steven Russell assumant enfin son homosexualité et se livrant à des arnaques à l'assurance (parce que « être gay, ça coûte cher »). En prison, il rencontre celui qui deviendra l'homme de sa vie, le Philip Morris du titre, dans une scène de coup de foudre absolument charmante. La peinture du milieu carcéral est d'une acuité et d'une ironie remarquables. Par la suite, un romantisme un peu trop exacerbé prend le pas sur la satire, mais ne gâche pas le plaisir d'un film aux dialogues constamment hilarants.

I love you Philip Morris est également le fascinant portrait d'un arnaqueur, qui ne parvient à vivre que dans la dissimulation et le faux semblant, si bien que sa sincérité est régulièrement mise en doute. Un drôle de personnage central, que Jim Carrey porte de bout en bout avec une passion rare. Il est un acteur de génie et le prouve une fois de plus avec ce rôle complexe et jusqu'au-boutiste, drôle et tragique à la fois. Quant à Ewan McGregor, il est surprenant, renversant, stupéfiant et donne corps à son personnage de gay ultra sensible, d'abord exaspérant tant il paraît se conformer à un cliché, puis profondément émouvant quand confronté au malheur amoureux.

Ewan McGregor. EuropaCorp Distribution

Une excellente et attachante comédie, orgie comique insolente, un peu inégale mais dotée d'un scénario dingue (tiré d'une histoire vraie !) et de dialogues tranchants, portée surtout par deux acteurs exceptionnels.


Partager cet article

Repost 0
Published by lucyinthesky4 - dans Nouveautés
commenter cet article

commentaires

mymp 03/02/2010 21:57

Carrément inégal, tu veux dire ! Quelle déception en tout cas, j'ai même réussi à trouver Carrey sans surprise (la vraie, c'est McGregor).

Vincent 02/06/2009 01:14

Puisse Yohan Gourcuff te pardonner. En tout cas, même si t'as raté l'évènement bordelais de l'année, tu ne l'as pas raté pour rien, pour l'instant le film n'a aucune date de sortie, donc t'as méga de la chance (grrr). T'as vu d'autres films cannois ?

Anna 02/06/2009 00:46

C'est pas pour ça que j'étais à Paris, mais j'en ai profité... En fait je me suis aperçue que j'allais manquer les Girondins une fois que j'avais pris mes billets de train, donc bon, triste erreur mais je n'y pouvais plus grand chose!

Vincent 02/06/2009 00:41

Ah c'est pour ça que t'étais à Paris ! ... n'empêche, j'appelle ça de la traitrise !

Anna 02/06/2009 00:31

A Paris au Forum des images, ils passent les films de la Quinzaine en ce moment. J'ai raté les Girondins, du coup, mais j'ai pu voir au moins celui-là^^

Vincent 01/06/2009 23:19

Veinarde ! Comment t'as fait pour le voir ?

  • : Goin' to the movies
  • Goin' to the movies
  • : Blog de critiques cinéma d'Anna M. «Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)
  • Contact

GOIN' TO THE MOVIES

Blog de critiques cinéma d'Anna M.

«Le cinéma, c’est comme l’amour, quand c’est bien, c’est formidable, quand c’est pas bien, c’est pas mal quand même.» (George Cukor)

Recherche